Barbara – Une femme qui chante (intégrale 19 CD)

Double best of, triple best of, DVD best of, intégrale spectaculaire: le quinzième anniversaire de la disparition de Barbara se joue sous un feu nourri qui vise les fans au cœur. 

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Les anniversaires les plus tristes sont toujours l’occasion de refaire parler les morts. Ou même de les refaire chanter. L’industrie sort donc ses cierges et ses châles noirs pour saluer le quinzième anniversaire de la disparition de Barbara et, parole de fan, la veillée est de toute beauté. Universal fait donc paraître deux nouveaux best of (un double et un triple – il faut au moins ça pour rendre un peu l’essence d’un répertoire d’une profondeur abyssale), une nouvelle édition du Live à Pantin de 1981 (sans doute le plus beau témoignage en public de la chanteuse) et un coffret de deux DVD (avec des images rétro 60-70 à tomber à la renverse). Bref, du matériel déjà disponible sur le marché, mais rhabillé au goût du jour.

L’objet le plus affolant de cette offensive commerciale reste toutefois l’intégrale des chansons de celle dont on dit qu’elle a appris à écrire à plusieurs générations d’auteurs. Une intégrale qui, elle aussi, avait déjà été produite en son temps mais qui portait mal son nom puisque les treize CD qui la composaient ne reprenaient pas tous les enregistrements de Barbara.

Baptisé Une femme qui chante, cette réédition compte dix-neuf CD pour 350 titres et se présente comme une réelle mise à jour, reprenant tous les enregistrements d’avant la période Philips – à savoir ceux livrés pour les labels Decca, Pathé, Odéon et Columbia. Toute une partie de l’œuvre qui amorce évidemment la mise en place du personnage de Barbara qui, avant d’être la "longue dame brune" de la chanson française, était la "chanteuse de minuit".

Ce surnom, elle l’avait gagné à la sueur de ses récitals nocturnes dans des cabarets grands comme des mouchoirs de poche (les premiers étant d’ailleurs situés à  Bruxelles et à Charleroi). C’est aussi le titre de son deuxième disque paru en 1958 et qui contient déjà une chanson – J’ai troqué – dans laquelle la dextérité de Barbara à jouer avec les mots et à raconter une histoire saute aux oreilles. Un "storytelling" qui fera la force de ses chansons et donnera les grand chefs-d’œuvre – Nantes, Ma plus belle histoire d’amour, Göttingen, L’aigle noir

Parmi les moments les plus rares, et donc les plus précieux de ce coffret au design soigné, on trouve le premier Olympia de Barbara, captation de 1968 jusqu’ici restée inédite. On tombe également sur des choses, sinon exotiques, plutôt aventureuses comme une version stupéfiante de Même si tu revenais, tube de Claude François datant de 1965; L’ombre et la lumière, un duo avec Johnny Hallyday dont elle a toujours admiré la présence animale; ou une version d’office étonnante de Nous ne sommes pas des anges, chanson yéyé de Gainsbourg popularisée par France Gall en 1965 également.

On trouve aussi ici, moins rares mais tout aussi précieux, les fameux premiers albums où elle chante Brassens et Brel – sortes de parrains de chansons rencontrés dans l’antichambre du succès. Le tout est, selon les exigences de l’exercice,  accompagné d’un livre reprenant commentaires et discographie complète. Reste le principal: l’envoûtement que provoque – encore et toujours – l’écoute de ces chansons qui, des plus connues aux plus inconnues (et Dieu sait s’il y a des merveilles dans cette dernière catégorie), ont amené la langue au plus haut niveau de la syntaxe mélodique.  

Barbara
Une femme qui chante (intégrale 19 CD)
Universal.

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