Balthazar, roi des Nuits

Avant de présenter son nouvel album au festival du Botanique, la formation belge était en mini-tournée triomphale en Angleterre. Nous étions du voyage.

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Bristol, un samedi après-midi. Des mouettes rieuses s’esclaffent sous un ciel bleu. Sur la terre ferme, le spectacle se passe dans la rue. Partout, des graffitis s’offrent à la vue du passant. En couleur ou en noir et blanc. Recouverts d’idées géniales, les murs de la ville exhibent les œuvres d’art des superstars locales (Banksy, Nick Walker…). Embarqué sur les chemins de ce musée grandeur nature, on prend la direction du port. C’est là que Balthazar nous a fixé rendez-vous.

En pleine tournée anglaise, le groupe belge s’affaire à bord du Thekla, un ancien navire transformé en salle de concert. A Bristol, le lieu est une véritable institution. C’est ici que Massive Attack et Portishead ont livré leurs premières prestations. Autrement dit, le bateau a fendu les flots et colporté la vague trip-hop à travers le monde. "Quand on joue en France, en Allemagne ou en Belgique, on dresse la table à notre arrivée, on nous sert à manger, on installe notre matos sur scène. C’est le grand luxe", remarque le chanteur et guitariste Jinte Deprez en matant à travers le hublot. "Ici, on n’a aucun traitement de faveur. Tourner en Angleterre, c’est dur. Tous les groupes de rock veulent s’y montrer. Mais les places sont chères. L’industrie européenne du disque est conditionnée par les diktats du marché britannique. Londres donne le ton. Mais pour espérer s’imposer dans la capitale anglaise, il faut d’abord faire ses armes sur les scènes du pays."

Fraîchement arrivé de Manchester, Balthazar aborde le show du jour avec une certaine décontraction. "En débarquant en Grande-Bretagne, on appréhendait un peu cette tournée. L’idée de jouer dans des salles vides nous angoissait. Mais le public anglais nous suit. En plus, il est hyper-démonstratif. Quand la musique leur plaît, les gens se laissent aller. Et comme on les voit danser chaque soir, on se dit que c’est plutôt bon signe", jubile le grand blond Maarten Devoldere, l’autre voix du groupe flamand. C’est que Balthazar a de solides arguments pour s’exporter. Après le succès de "Rats", les Belges se positionnent désormais à l’échelon international avec "Thin Walls", un troisième album à l’élégance rare et aux chansons percutantes. Raffinée à souhait, l’œuvre repose par ailleurs sur une production en béton armé. "Quand tu te mets à la recherche d’un producteur, tu commences à explorer les crédits de tes disques préférés. En réécoutant l’album "Think Tank" de Blur, on est tombé sur le nom de Ben Hillier. En prenant des renseignements, on s’est aperçu qu’il avait aussi bossé avec des pointures comme Elbow ou Depeche Mode. Mais bon, l’idée n’était pas de faire apparaître son nom au casting. On cherchait d’abord quelqu’un susceptible de comprendre notre musique." Pour peaufiner l’ouvrage, Balthazar s’est tourné vers l’ingé son Jason Cox, une autre sommité des studios anglais (Massive Attack, Gorillaz). "Pour un musicien, enregistrer un disque, c’est comme un accouchement. Quand tu sors de la maternité, tu ne files pas ton gosse à n’importe qui… C’est d’abord une question de confiance."

Ambitions internationales

Partiellement imaginé dans un monastère gantois, "Thin Walls" s’est surtout érigé au cours de la tournée précédente. "L’album a été écrit sur la route. Mais ce n’est pas un compte rendu de nos périples, insiste Jinte Deprez. On n’a pas cherché à éditer le "Manuel de la vie du groupe en tournée". Les paroles sont en lien direct avec notre vécu en dehors de la scène." Affalés dans les cales du bateau au beau milieu de l’après-midi, les musiciens semblent flotter dans le temps. Entre la fatigue, les nuits courtes et les journées trop longues, on en vient même à se demander si la tournée est vraiment le meilleur moment pour composer un disque. "Pas forcément. Cela dit, on a tiré profit de la situation. À force d’enchaîner les concerts, tu es claqué, totalement désinhibé. Tu oses des choses que tu n’essaierais  jamais d’ordinaire. Cet état altéré de la conscience devient alors une force. La pop est une question d’instinct. De toute façon, réfléchir pendant des heures à une idée de mélodie, c’est la meilleure façon de lui enlever sa spontanéité."

"Sur la route, l’espace et le temps nous jouent quand même des tours , reconnaît Maarten Devoldere. Parfois, on perd nos repères. Pour rester connectés à la réalité, on a pris l’habitude de s’interroger sur la date du jour, sur la ville dans laquelle on joue. Aujourd’hui, par exemple, c’est facile. On est à bord d’un bateau, à Bristol. C’est la seule date de la tournée qui se joue sur l’eau." A la nuit tombée, sur la scène du Thekla, Balthazar mène parfaitement sa barque. Nonchalantes, langoureuses et sexy, les voix des garçons s’entremêlent au point de faire chavirer l’assistance. Le violon de la jolie Patricia Vanneste enroule ses cordes autour des guitares dans une atmosphère moite et électrique. D’entrée de jeu, Decency fait craquer les cœurs d’un simple claquement de doigts. Le rythme dans la peau, la mélodie chevillée au corps, Balthazar enrichit son répertoire avec un sens de l’économie soigneusement étudié. "Pour ça, on est convaincus d’avoir enregistré notre album le plus accessible. On n’a pas cherché à compliquer les choses. Pas besoin de faire péter les cloches et de multiplier les effets spéciaux quand on a une bonne idée."

Excellents orateurs mais mauvais en calcul, les musiciens enfilent en réalité dix bonnes idées et se donnent sur scène sans compter. "Je suis persuadé que "Thin Walls" est notre meilleur album, confie Maarten Devoldere. Avec ce disque, on peut aller partout. Notre prochaine étape, c’est le marché américain." Un rêve à portée de main.

Le 14/5 aux Nuits Botanique (complet), le 26/6 à Rock Werchter, le 17/7 aux Ardentes, le 1/8 au Ronquières Festival.

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