Axelle Red: La vie en rouge

Un disque hors mode et une expo very fashion pour la chanteuse qui fête ses 20 ans de carrière. On adore.

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Inaugurée le 23 janvier au Musée de la mode de Hasselt (sa ville natale), l'expo "Axelle Red, Fashion Victim" rappelle que la chanteuse a toujours eu le flair pour défricher les nouvelles tendances vestimentaires et combiner avec goût les pièces les plus improbables. Son nouvel album "Rouge Ardent" est une autre preuve de son feeling. Enregistré entre Bruxelles, Memphis et New York, "Rouge Ardent" malaxe avec classe une pop ciselée avec cette soul vintage qui a toujours été chère à Axelle. Mais "Rouge Ardent" se démarque aussi joliment de ses prédécesseurs ("Sisters And Empathy" en 2009 et "Un Cœur Comme le Mien" en 2011) par son propos altruiste et ses mélodies lumineuses. L'évidence radiophonique de Sur la route sablée, l'émotion de la ballade piano/voix Quelque part ailleurs ou le blues tout en nuances de La Maison désertée…    

Didier Vervaeren, gourou belge de la mode et co-curateur de Fashion Victim, dit que vous vous habillez avec l'instinct de "l'exceptionnel au quotidien". Cette formule convient-elle aussi à votre musique?
Axelle Red – Les gens ne me montrent pas du doigt à cent mètres en me voyant dans la rue. Je ne porte rien d'extravagant, mais rien de commun non plus. Ce qui fait peut-être la différence, ma différence, c'est qu'il y a toujours ce petit facteur dérangeant dans mon look qui va interpeller. J'essaie toujours d'apporter une valeur ajoutée. Pour ma musique, c'est pareil. Certains de mes disques n'ont pas toujours été compris à cause de cette démarche, peut-être parce qu'ils arrivaient trop tôt ou qu'ils n'étaient pas dans les codes du moment.

Fashion victim mais pas suiveuse de mode?
Oui, c'est un peu ça. Je ne suis pas la mode, je suis mes propres tendances et mon feeling. J'ai porté la toute première collection de la Liégeoise Véronique Leroy ou de l'Anversoise Ann Demeulemeester. Martin Margiela n'était pas tendance quand je m'affichais avec ses robes à l'époque de mon premier album. Quand la tendance musicale était aux guitares au milieu des années 2000, j'arrivais avec ma soul de Memphis et un album "Jardin secret" qui a un peu dérouté. Et quelques années plus tard, lorsque j'ai enregistré "Un cœur comme le mien" qui avait des sonorités plus country, on me disait: "Axelle, pourquoi tu nous fais pas un truc soul comme Adele?"

Que symbolise pour vous la couleur rouge ardent qui donne son titre à votre nouvel album?
Je fonctionne toujours par code couleur. "Jardin secret" est un disque jaune doré. Le double "Sisters and Empathy" est dans les tonalités bleues tandis que "Un cœur comme le mien" est dominé par le brun. Pour mon nouvel album, j'avais envie de grandes chansons pop, intenses, chaudes et lumineuses. J'avais d'abord pensé mettre un ciel bleu, mais le rouge du titre et de la pochette s'est très vite imposé.

Où vous situez-vous dans la chanson française?
En dehors, quelque part dans la marge. Quand j'ai commencé à avoir du succès en France, on disait que je faisais de la "bonne variété française" et j'ai toujours pris ça comme quelque chose de négatif. Pour moi, la variété, c'est quelque chose qui varie et qui n'a pas de style. Moi, j'ai un style. Mes influences viennent de Memphis, de Nashville, voire de New York. Mon approche est anglo-saxonne, sauf pour les textes en français, bien sûr, qui s'ajoutent à la fin.

Vous évoquez la quête de l'idéal dans la chanson Rouge Ardent. L'avez-vous trouvé?
Oui, mais il m'a fallu du temps. J'ai été heureuse jusqu'à mes 14-15 ans, à moitié heureuse de 15 à 30 ans avant d'atteindre enfin cet idéal avec la découverte de la maternité et le sentiment d'avoir acquis ma liberté artistique. Je n'ai pas du tout aimé mon adolescence. J'étais épanouie dans ma famille, j'étudiais, j'avais une vie sociale, j'étais avec les autres mais je ne voulais pas être comme les autres. Je songeais déjà à une carrière dans la musique. C'était une obsession, je ne pensais qu'à ça et le reste ne m'intéressait pas. Comme je n'ai pas étudié la musique, je partais avec de mauvaises bases et je me sentais très vulnérable comme artiste, même lorsque j'ai connu mes premiers succès.

Vos filles vont-elles suivre la même destinée?
Mes deux filles aînées font du solfège. J'insiste là-dessus, sans doute par frustration de ne pas l'avoir appris à leur âge. Janelle, la plus grande, a une oreille parfaite, une voix de soprano et a suivi des camps de musique rock aux Etats-Unis, mais elle n'a pas mordu. Elle veut être comédienne et, comme sa maman avec la musique, c'est déjà devenu une obsession pour elle. Je sais par quelle phase elle va passer et ce ne sera pas facile, même si elle est douée. Le talent, c'est 50 %, le plus important c'est le feu. Il faut l'avoir et ne jamais lâcher.

Le feu, vous l'avez toujours?
Oui, plus que jamais.

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