Avicii, Prince de la mondialisation house

Hystérique et festive, la musique de ce gringalet suédois, marathonien de l'électro, fait danser la terre entière et son dernier single fait des millions de vues sur Youtube en quelques jours. Pourquoi?

1120352

Même le site du Figaro, qui n'est pourtant pas réputé pour être un repère de clubbers acharnés, a relaté en long et en large ses soucis de santé (de mystérieuses crampes d'estomac!) qui, en mars, l'ont contraint à subir une opération et à annuler plusieurs dates de sa tournée. Une tournée mondiale qui, des Etats-Unis à Israël en passant par la Suisse, la Turquie et la Russie, porte la bonne parole de celui qui, avec Hardwell (autre phénomène des dancefloors), attaque frontalement David Guetta, Bob Sinclar et Martin Solveig. Soit la sainte trinité française de la scène électro commerciale.

A 24 ans, Tim Bergling, fils d'une actrice suédoise (Anki Liden), a gagné 20 millions de dollars l'année dernière. Son tube international, Wake Me Up, chanté par Aloe Blacc, est le premier titre à avoir dépassé 200 millions d'écoutes sur Spotify. Le mensuel économique Forbes l'a classé parmi les personnalités les plus influentes dans le domaine de la musique et DJ Magazine (le missel des amateurs de house) l'a hissé à la troisième place des meilleurs DJ du monde. Encore? Tous ses singles – Levels, I Could Be The One, Wake Me Up, Hey Bother, Addicted To Love (ne faites pas semblant, vous les connaissez) – sont matraqués par les radios du monde entier et font danser les foules, électrifiées par l'efficacité de ces morceaux, mélanges hystériques d'eurobeat, de country, de chanson et de citations (inconscientes?) à la culture gay.

Madonna et carioca

Même les artistes rock, prétendument à l'abri de la peste dance, ont succombé à son aura, de Lenny Kravitz (pour l'irrésistible Superlove) à Coldplay (pour le nettement plus sage et fade A Sky Full Of Stars). Quant au radar de Madonna, il a évidemment repéré le jeune garçon, mis à l'œuvre pour un remixe ultra-pouffiasse de Girl Gone Wild, la rumeur laissant entendre que la cougar du clubbing l'a enfermé dans un studio avec ordre de lui pondre son prochain album.

Un peu plus encore? L'année dernière, sa prestation à Tomorrowland a incendié la scène principale, brûlant au troisième degré les neurones des festivaliers à genoux devant ce nouveau dieu des platines qui a commencé à programmer à l'âge de 17 ans sans jamais se douter atteindre ce niveau de reconnaissance mondiale. Enfin, preuve ultime de son statut de boss dans l'industrie de la musique, il a confectionné l'hymne officiel de la Coupe du monde, Dar Um Jeito (morceau électro-carioca d'un goût très foot, c'est-à-dire couci-couça), accompagné par le guitariste vétéran Santana et l'ex-Fugees Wyclef Jean. Autant dire un carambolage digne du grand n'importe quoi.

C'est que, si l'on s'en tient au strict niveau esthétique, la musique d'Avicii n'est pas très – comment dire? – raffinée. Même s'il prétend explorer de nouveaux territoires de la dance, qu'il explique par l'utilisation d'instruments traditionnels dans des compositions purement synthétiques (ce qui est loin d'être nouveau), ce gringalet blondinet s'inscrit dans un revival du son eurobeat années 90, tellement au goût du jour ces derniers temps.

VIP et Macumba

Mais on pourrait longtemps énumérer les exploits, chiffrés et autres, du jeune homme, on n'aurait encore rien dit des raisons de son ascension triomphale dans une époque où, à l'image de l'économie, les goûts musicaux suivent le mouvement de la mondialisation. Le raffinement, ce n'est ni son ambition (enfin, on l'espère), ni celle de son public. Des ados et des préados qui en ont fait l'idole de leurs soirées, les fêtards du Macumba du coin qui ont fait de ses succès la nouvelle Danse des canards, comme les habitués des carrés VIP qui lèvent les bras sur ses tubes autour d'un seau à champagne Piper.

Ce public n'attend rien d'autre que cette cacophonie en flux continu et contrôlé où le hit suivant semble ressembler au précédent… Avicii est l'emblème parfait de cette musique de masse produite pour plaire à San Diego comme à Beyrouth, à Charleroi comme à Phuket, qui semble dire que l'on danse partout de la même manière. Et surtout que l'on a besoin de danser partout. D'une manière ou d'une autre. Musique de crise (musique pour oublier) ou musique de kermesse (musique pour s'amuser), les morceaux gadgets d'Avicii forment une sorte d'espéranto dont le but, utopiste et candide, serait de créer une immense chaîne de l'amitié entre les peuples. Car si la musique adoucit les mœurs, les tubes d'Avicii abolissent les frontières.  

Marque et entreprise

Avec ses yeux de chats égyptiens, et malgré un âge où d'autres sont encore en business school, Tim Bergling dirige une entreprise au centre de laquelle la musique prend moins de temps que le marketing pour la mettre en valeur. La composition des tubes va de quelques heures (cinq pour Wake Me Up, selon l'intéressé) à quelques jours (mais on ne sait pas combien et pour quels morceaux). L'honnêteté du garçon est pourtant là, loin des vieux principes en vigueur dans une vieille industrie du disque qui coule devant nos yeux: Tim Bergling considère Avicii comme une marque.

Avicii est un pur projet de "branding" que les tournées aux quatre coins de la planète (320 dates en 2011, 150 aujourd'hui) et les posts YouTube servent à imposer sur le marché global. Son DJ set tournerait aujourd'hui autour de 250.000 dollars. Mais quand il n'est pas au boulot, Bergling (traqué par les paparazzis avec sa copine sur la plage) avoue "éteindre" Avicii. Preuve de l'automatisation de l'entreprise, même siTrue (Vrai) est le titre qu'il a choisi pour son premier album.

Ecoute intégrale et gratuite avec Deezer

Sur le même sujet
Plus d'actualité