Avengers, d’où viennent-ils? Où vont-ils?

Jack Kirby, Stan Lee, Kevin Feige. Ils sont super-raconteurs, super-dessinateurs, superproducteurs. Ils sont les hommes derrière les super-héros Marvel!

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C'est l'un des événements ciné de l'année. Cette semaine, sort le deuxième volet de la saga Avengers de Marvel. La réunion au sommet des principaux super-héros maison: Thor, Iron Man, Hulk, Captain America, Œil de Faucon, la Veuve Noire et tous leurs super-copains en collants trop serrantS. Du pur divertissement made in America avec des superstars, des effets spéciaux, de la 3D et un tiroir-caisse qui s'affole à chaque nouveau film. Un seul exemple: le premier volet d'Avengers sorti en 2012 a rapporté plus d'un milliard et demi de dollars. Devenant le troisième film le plus rentable de l'histoire du cinéma derrière Avatar et Titanic. Un phénomène.

Et pourtant, ce n'était pas gagné d'avance. Car s'ils font partie de la légende américaine, les super-héros n'ont pas toujours eu la cote chez nous. Du jeans au chewing-gum en passant par la musique et le cinéma, nous n'avons jamais rechigné à adopter les icônes culturelles américaines. Mais les comics (bandes dessinées typiquement US, souples et pas chères) ne sont jamais vraiment entrés dans les mœurs des jeunes Européens. Qui leur ont préféré la BD franco-belge et le manga. Trop américains sur le papier, les super-héros ont dû compter sur le cinéma pour envahir la planète.

Il a fallu attendre la trilogie Batman de Tim Burton dans les années nonante pour que le monde entier succombe au phénomène. Qui ne s'est plus arrêté depuis. Et a même pris une tournure quasi industrielle depuis 2009 et la grande opération de rachats orchestrée par Disney. Un peu d'histoire s'impose. A cette époque, Disney est au plus mal. Le géant a saturé les ménages des DVD de ses dessins animés et Blanche-Neige peine à faire rentrer les dollars sur les comptes de la maison mère. C'est alors qu'un certain Bob Iger arrive à la tête de la société. Il a un plan: les icônes de Disney n'étant plus bancables, il faut impérativement développer de nouveaux personnages forts. Ce genre de trésor ne se trouvant pas sous un tapis, Bob Iger va alors casser la tirelire de Disney et réaliser un coup de génie. En l'espace de deux ans, il rachète Pixar pour 7 milliards de dollars mais aussi Marvel et Lucasfilm (la célèbre franchise Star Wars) pour 4 milliards chacun. Il voulait de nouveaux personnages forts. Le voici dirigeant les destinées de Dark Vador, Woody le Cow-boy et bien sûr Iron Man et tous ses amis Marvel.

Une histoire américaine

Historiquement, les super-héros ne pouvaient naître qu'en Amérique, pays du patriotisme et de la paranoïa par excellence. Ce sont en effet ces deux ingrédients qui nourrissent les comics depuis la fin des années trente. Et particulièrement la maison Marvel créée en 1939 (elle s'appelait alors encore Timely Comics) par Martin Goodman. En donnant naissance à leurs premiers personnages (la Torche humaine et Namor), les créateurs de chez Marvel réalisent qu'un super-héros n'existe que s'il a face à lui un super-vilain.

L'Amérique n'étant jamais aussi patriotique que lorsqu'elle est attaquée ou même simplement menacée, le destin de Marvel se dessinera donc en filigrane des grands événements de l'histoire du vingtième siècle. C'est ainsi qu'en 1940, un an seulement après la création du Studio, Hitler offre aux comics le grand vilain qu'ils attendaient.

C'est ici qu'entre en scène le premier homme providentiel de la légende Marvel: Jack Kirby. De son vrai nom Jacob Kurtzberg, fils d'une famille juive émigrée d'Autriche, il fait alors ses premiers pas dans la bande dessinée et a l'idée d'un grand héros patriotique. En décembre 1940, il crée Captain America, un jeune homme malingre scientifiquement modifié pour devenir un super-soldat dont l'unique objectif dans la vie sera alors de mettre la pâtée à tout ce qui ressemble de près ou de loin à un nazi.

La série est un succès et pour la première fois de son histoire, l'éditeur Timely Comics réalise un tirage de plus d'un million d'exemplaires. Kirby a trouvé sa voie: il créera de grands justiciers, défenseurs des Etats-Unis d'Amérique. Ce patriotisme, Kirby le touchera d'ailleurs de près puisqu'en 43, il est envoyé en France où il débarque en Normandie une dizaine de jours après le jour J. Il participe à la bataille de Metz et notamment aux combats de Dornot qui coûtent la vie à trois quarts des G.I. présents ce jour-là.

Après la guerre, le péril nazi ayant été balayé, la vie reprend sur terre. Le Plan Marshall est lancé et avec lui l'espoir de jours meilleurs. Croissance de la production industrielle, baby-boom, plein emploi, c'est le début des Trente Glorieuses. Résultat, les ventes de comics se mettent à chuter. Kirby lance alors des comics de romance avec super-héros et histoires d'amour à la clé qui deviennent de vrais succès. Et permettent de garder la maison Marvel à flot. Ce n'est qu'à la fin des années cinquante, à la faveur des tensions grandissantes entre l'Amérique et son grand ennemi soviétique, que les comics connaîtront un nouveau souffle.

L'association

Au début des années soixante, c'est le grand concurrent de Marvel, DC Comics, qui a pris la main. Ses héros maison s'appellent Batman, Superman, Wonder Woman et ils cartonnent auprès de la jeunesse dorée des golden sixties. Tellement d'ailleurs que DC a l'idée de créer en 1960 la Ligue de justice d'Amérique, un univers qui regroupe dans des histoires communes les principaux héros de la maison. Martin Goodman, grand patron de Marvel se met alors dans l'idée de copier la géniale idée de ses concurrents. Il demande à son neveu, Stan Lee (de son vrai nom Stanley Martin Lieber), de potasser sur un projet similaire. La décision va donner naissance à la plus grande association de l'histoire de la bande dessinée américaine. Très bientôt, les noms de Stan Lee et Jack Kirby deviendront indissociables.

Leur première réalisation commune date de 1961. Les Quatre Fantastiques se différencient immédiatement de la production de l'époque car Kirby et Lee n'hésitent pas à raconter l'envers du décor, à savoir les relations sentimentales et familiales de leurs héros en dehors des bastons contre l'ennemi. Entre 62 et 63, alors que les tensions américano-soviétiques sont à leur comble en raison de la crise des missiles de Cuba, ils créent à quatre mains une poignée de héros devenus depuis légendaires: Hulk, Thor, les X-Men et bien sûr les Avengers. De son côté, à la même époque, Stan Lee donnera seul naissance à Iron Man, Docteur Strange, Daredevil et Spider-Man (sur une idée de Kirby qui trouve le nom et l'idée d'octroyer les pouvoirs d'une araignée à un être humain). C'est ce qu'on appelle une équipe qui gagne.

A eux deux, Kirby et Lee ont façonné une image de l'Amérique imprimée depuis dans l'imaginaire collectif: celle du super-héros patriote, prêt à donner sa vie pour le drapeau étoilé. Ils ont créé des personnages capables de rassurer toute une nation et lui rappeler, lorsque le trouble s'installe, qu'elle est bel et bien protégée. Ils l'ont fait en créant et en dessinant des personnages à la limite du ridicule. Avec des noms à coucher dehors, des costumes trop près du corps, des pouvoirs abracadabrants. Et des couleurs flashy. En réalité, le grand génie de Marvel est d'avoir décrit l'Amérique terrifiée en version pop.

Un homme avec une vision

Si les comics cartonnaient plus que de raison aux Etats-Unis, ils ne parvenaient pourtant pas à s'exporter. Bien sûr, quelques films avaient réussi à conquérir les foules (les sagas Batman, Spider-Man, Superman), mais ils restaient une spécialité américaine réservée aux Américains. Il a fallu une fabrication industrielle pour que les super-héros conquièrent véritablement la planète. Devenant l'argument numéro un du divertissement mondial. Cette percée, ils la doivent à un troisième homme providentiel.

En 2009, alors que Bob Iger rachète Marvel, il lui faut mettre à la tête de la division un homme capable de mener son rêve à bien. Il n'hésite pas longtemps et nomme le jeune Kevin Feige. L'homme a le C.V. taillé pour la fonction. En effet, depuis l'an 2000, Feige (alors qu'il n'a que 27 ans) produit des films de super-héros: X-Men, les trois Spider-Man avec Tobey Maguire dans le rôle titre mais aussi Hulk et Daredevil. Il est l'homme de la situation.

Dès son arrivée, Feige expose ses envies. Il appelle ses équipes à respecter scrupuleusement les bandes dessinées et les personnages originaux. "Rien ne sert d'inventer de nouvelles histoires, déclarait-il. Tout est dans les bandes dessinées. Il faut juste scénariser, se faire croiser les personnages. Mais conserver intacte l'idée originale de la BD." Tout est dans cette phrase, le respect des histoires originales. Mais surtout le fait de faire se croiser les personnages et les histoires. En effet, lorsqu'il hérite de la présidence des studios, Feige a à sa disposition quelque 8.000 personnages issus de l'univers Marvel. Dont la plupart sont inconnus du grand public. Il développe alors le "Marvel Cinematic Universe".

L'idée est excellente: imposer quelques personnages-clés (ce sera Iron Man, Thor et Captain America) et présenter dans ces films des super-héros totalement méconnus dans les seconds rôles, pour que le public fasse peu à peu connaissance avec eux. Il suffit dès lors, en fonction des goûts du public, de les faire remonter vers le sommet de l'affiche. En bref, créer un univers partagé où tout le monde croise tout le monde. Exactement comme l'avaient fait Kirby et Lee dans leurs comics de l'époque.

Feige crée lui-même les stars de ses prochains films. Et n'a plus qu'à encaisser les dollars. C'est quasi une certitude. C'est bête comme chou, mais il fallait y penser! Et surtout être capable de mettre le plan en œuvre. Un plan qui est d'ailleurs loin d'être arrivé à terme puisque selon certaines sources, les studios Marvel auraient d'ores et déjà un planning de sortie établi jusqu'en 2030.

Cette année, après le carton déjà annoncé des Avengers, c'est Ant-Man qui prendra la relève dès cet été. Viendront ensuite Dr Strange (probablement interprété par Benedict Cumberbatch), Black Panther, Captain Marvel, Inhumans et les nouveaux volets de Captain America, Thor, Les Gardiens de la Galaxie,ainsi que les deux nouveaux Avengers prévus pour 2018 et 2019. Aujourd'hui, les studios tournent aux alentours de deux films par an. Dès 2017, Feige a annoncé qu'il y aurait trois sorties chaque année. La vitesse supérieure est donc enclenchée. Si vous n'aimez pas les super-héros, il va falloir vous exiler sur une autre planète. A moins que vous ne préfériez l'un des neuf mondes d'Asgard. Mais là, vous risquez d'y croiser Thor et son joli marteau. Bref, inutile de résister, les super-héros américains nous ont envahis. Et plus rien ne les arrêtera!

Dossier spécial Marvel sur www.moustique.be

Marvel aussi en séries

Après une adaptation cinématographique du comic book Daredevil en 2003 avec Ben Affleck en Matt Murdock, les studios Marvel réitèrent avec la série. Diffusée depuis le 10 avril sur Netflix, l’adaptation est une réussite avec un casting sans faute. Charlie Cox (Une merveilleuse histoire du temps) y campe le rôle du super-héros aveugle. A ses côtés, Deborah Ann Woll (True Blood) et Vincent D’Onofrio (New York, section criminelle). La série insiste sur les sens hypra-développés de son héros: ouïe, toucher et odorat. Elle laisse aussi une place importante à des scènes de combat à mains nues très réalistes.

Matt Murdock est, certes, un super-héros mais il est avant tout un humain. Il met du temps pour coucher à terre ses ennemis, et on aime ça! D’autres adaptations de Marvel sont d’ores et déjà en préparation pour Netflix. Les aventures de Jessica Jones, ex-super-héroïne reconvertie en détective privée après un stress post-traumatique, débarqueront dans le courant de l’année. Les super-héros Luke Cage et Iron Fist auront eux aussi leur série.

 

Tiens, dans ta gueule!

Avengers: L'ère d'Ultron

 Réalisé par Joss Whedon. Avec Robert Downey Jr, Chris Hemsworth, Scarlett Johansson, Chris Evans, Mark Ruffalo, Jeremy Renner – 150'.

 

Ils sont tous là, dès la première scène, à bastonner grave: Thor, Captain America, la Veuve Noire, Œil de Faucon, Hulk, Iron Man. Eux, ce sont les Avengers, dream team de chez Marvel, dressés pour défendre le monde des méchants qui nous voudraient du mal. Et pour ce deuxième épisode, le méchant est à la hauteur, Ultron, un organisme informatique surpuissant qui a un objectif tout simple: anéantir la race humaine. Les Avengers vont donc devoir se surpasser et compter sur l'aide de deux nouveaux venus pour parvenir à leurs fins, les fameux jumeaux Maximoff (Scarlet Witch et Quicksilver). Elle peut perturber l'âme humaine tandis que lui, est aussi rapide que la lumière. Au programme: de la 3D discrète, des combats en veux-tu en voilà un peu plus, une pseudo-histoire d'amour entre Scarlett Johansson et Hulk, et des héros très… héroïques. En filigrane, les scénaristes de la superproduction ont placé leur discours sur les dangers de l'intelligence artificielle et un couplet sur la capacité de l'homme à détruire ce qu'il possède de plus cher, à savoir sa mère, la terre nourricière.

Comme d'habitude chez Marvel, l'histoire est tirée par les cheveux. Mais on marche finalement car ces héros ont, il faut l'avouer, un certain charme. Ça ne vole pas très haut, le scénario tient sur un timbre-poste, et on plaint ceux qui ne sont pas familiers de l'univers Marvel car ils auront un peu de mal à tout comprendre. Comme les plus petits d'ailleurs, à qui ce film n'est pas destiné en raison d'une histoire trop alambiquée. Les ados, eux, adoreront!

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