The Avener, collage electro

Poussé par un tube (con)sensuel - Fade Out Lines -, le premier album de The Avener, phénomène de l'air du temps, marie avec joie chanson et house.

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"The Wanderings Of The Avener", qui porte bien son titre ("Les errances de The Avener") est un disque construit autour de remix, de voix samplées, de voix invitées, de reconstructions d'un morceau à partir de sa matrice, de compositions originales (mais à peine). L'objet, qui fait le lien entre la chanson et la house, a été précédé par un tube irrésistible – Fade Out Lines – qui n'est autre que le remix d'un morceau d'un groupe jamais entendu, Phoebe Killdeer And The Short Straws. La pratique n'est pas nouvelle non plus, mais après avoir marqué une musique de club éloignée du format radio, elle offre des tubes dont l'impact est planétaire. I Follow River de Lykke Li ne serait pas le titre qui a fait le tour du monde sans le travail de The Magician – DJ belge. Prayer In C de Lilly Wood And The Prick ne serait pas le titre que l'on connaît sans l'intervention de Robin Schulz – DJ allemand. Wake Me Up d'Aloe Blacc ne serait pas cet hymne qui fait bouger aux quatre coins du globe sans l'imprimatur d'Avicii – DJ suédois.

The Avener s'inscrit totalement dans l'air du temps et confirme, s'il fallait en convaincre les sourds et malentendants, que l'art mineur du remix a fait du geste technique une esthétique. D'où ce son épais, envoûtant, conquérant et magnétique omniprésent sur "The Wanderings Of The Avener" qui tire à lui le meilleur de la deep house, mais n'évite pas le kitsch bourrin qui donne à certains morceaux un petit côté "fiesta Macumba". L'album est cependant encombré de tubes – et même des gros – en perspective comme Castle In The Snow ou le nouveau single, To Let Myself Go et ses vocaux façon diva en pleine montée de désespoir nocturne deux whiskies à la main. Gros potentiel radio aussi sur Hate Street Dialogue, morceau de Rodriguez, chanteur folk oublié dans les grands fonds des années 70 et redécouvert par la grâce du documentaire Sugar Man, que Tristan Casara a complètement relifté et uplifté. Le même traitement est réservé au morceau de John Lee Hooker, It Serves You Right To Suffer, qui fait la fusion entre house et blues – effet déjà vu et entendu sur le remix de C Lime Woman de Nina Simone ou sur Down The Road de C2C. Quant à Celestial Blues, le bien titré, c'est un "rework" d'un titre d'Andy Bey dont le résultat sonne comme une archive de soul psychédélique comme définie par les Temptations en 1973 – c'est dire les références (inconscientes?) du garçon qui n'a que 27 ans.

On ne pourra pas reprocher à Tristan Casara de ne pas citer ses sources et de ne pas créditer les artistes à l'origine des morceaux qui composent son disque sous forte influence clubbing. On ne pourra pas non plus l'attaquer sur le vol de copyright, chaque morceau retravaillé ayant fait l'objet d'une demande d'autorisation en bonne et due forme. Son style DJ, il se l'est aiguisé dans la région de Nice, pas particulièrement le paradis de l'avant-garde électro. Le succès de Fade Out Lines aidant (il est dans le Top 5 des meilleures ventes dans la plupart des pays européens, ainsi qu'en Australie), les bons de commande commencent à tomber. La preuve par le remix – moins dance, plus atmosphérique – de Lately, le tube qui marque le retour aux charts de Charlie Winston. Reste à savoir si le phénomène The Avener passera l'été ou si Daft Punk et David Guetta comptent désormais un sérieux concurrent sur leur terre de France. 

THE WANDERINGS OF THE AVENER, The Avener, Universal. 

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