Aubert et Houellebecq s’envoient des poèmes (album intégral)

Inattendu et charmant, l'ex-Téléphone fait des chansons avec les poèmes de l'auteur star.

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Léo Ferré, pourtant déjà bien servi par sa propre plume, a chanté Baudelaire, Verlaine, Rimbaud et Aragon et c'était enivrant. Interprète aventurière depuis qu'elle s'est mis en bouche un très beau texte entré au Lagarde et Michard de la pop (Banana Split), Lio a chanté Jacques Prévert et c'était étonnant. Epaulé (il fallait bien ça) par cette bonne Jeanne Moreau, Etienne Daho s'est frotté à Jean Genet et c'était intéressant.

L'hommage des chanteurs populaires à l'exigence de la langue française se poursuit avec l'album de Jean-Louis Aubert – Les parages du vide – qui met en chanson seize poèmes de Michel Houellebecq extraits de Configuration du dernier rivage. On pourrait s'étonner du flirt entre l'auteur de La bombe humaine et celui des Particules élémentaires, de La possibilité d'une île, Goncourt 2010 pour La carte et le territoire. Et pourtant, l'objet est bien là – un disque faussement tranquille, loin des principes bruyants du rock juvénile, idéal pour fins de soirée arrosées de vin rouge et de murmures sur la vie d'aujourd'hui. Un disque à écouter (on dit bien "écouter" et non "entendre") à la nuit tombée, dans une lumière tamisée ou, au lever, dans les rayons blanchâtres de l'aurore.

Il y a – évidemment – dans ces chansons une préciosité littéraire qui élève le niveau jusqu'à les faire sonner comme des éclats de diamants dont chaque minime reflet renvoie à notre condition humaine. Même si Aubert n'a pas choisi les textes les plus sombres de Houellebecq, Les parages du vide fait état des thèmes chers à l'un des auteurs français les plus lus à l'étranger: l'extra-moderne solitude, l'amour régénérant, le deuil des idées et des amours perdues, la banalité du quotidien…

Malgré une différence d'idiome capitale dans la rythmique de la diction, les arrangements de ces textes en français font néanmoins songer, parfois, à Bob Dylan et, de loin en loin, à Neil Young, période On The Beach, dont Michel Houellebecq est un grand fan, sans savoir s'il l'est de Jean-Louis Aubert à qui revient la paternité du projet. C'est lui qui, par mail, est allé draguer le romancier dont on oublie qu'il est aussi poète. C'est d'ailleurs l'une des réussites du disque: transposer des textes que peu de monde a lus dans une forme plus accessible, même si on n'y a flairé aucun tube radio, en dépit de la portée agréable de chansons comme Novembre, Voilà ce sera toi, La possibilité d'une île ou L'enfant et le cerf-volant. Une prise de risque dont Aubert, gonflé de ses précédents succès, aurait pu se passer. Ou, au contraire, gonflé de la même énergie, qu'il pouvait se permettre.

LES PARAGES DU VIDE, Warner.

AUBERT CHANTE HOUELLEBECQ, le 10/12 au Forum de Liège, le 11/12 à Bozar Bruxelles.      

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