Au bout du conte

Le duo Bacri-Jaoui est de retour pour régler ses contes. Rencontre avec une bonne fée.

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Depuis une vingtaine d’années, les célèbres comédiens-auteurs Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri ont inventé un style. Un cinéma corrosif qu’ils interprètent et écrivent à deux mains pour raconter en chœur la lutte de personnages attachants en prise avec leurs propres préjugés.

De Cuisine et dépendances (leur pièce de théâtre adaptée au cinéma) au Goût des autres (qui les consacre auprès du grand public) en passant par Un air de famille ou Comme une image, ils s’amusent à traquer les failles et les petites mesquineries humaines. Pour mieux nous en libérer.

Leur ligne de mire cette fois-ci? Les contes de fées et les croyances populaires. Sur le gril de cette comédie chorale et féerique: Cendrillon, Le Petit Chaperon rouge ou Barbe bleue. "J’aime interroger ce qui nous formate, explique Agnès Jaoui, les modes et les certitudes d’une époque, tout ce qui fait qu’il est parfois difficile de trouver son propre chemin. Je l’ai constaté personnellement. J’avais beau être fille de psychanalyste, féministe, j’attendais mon prince charmant comme toutes les princesses… Ces mythologies nous formatent à leur manière. Il y avait une matière pour jouer avec ça." Autour d’elle (excellente en bonne fée libérée) et de Jean-Pierre Bacri (en éternel grincheux prof d’auto-école à qui on a prédit le jour de sa mort), Agnès Jaoui a rassemblé Arthur Dupont en jeune musicien sans le sou et Benjamin Biolay en grand méchant loup séducteur et sans suite.

Ça s'appelle l'harmonie

Alors, est-ce que la magie prend? Si la comédie chorale revisite de manière parfois trop appuyée les contes de notre enfance, ne permettant pas une vraie critique sociale, les scènes intimistes du duo Bacri-Jaoui régalent toujours. Sur son (ancien) compagnon mais toujours complice, la réalisatrice multicésarisée est intarissable: "Le plaisir de travailler avec Jean-Pierre ne s’altère pas. Au contraire, il se renforce. J’aime écrire avec lui, j’aime jouer avec lui, j’aime passer du temps avec lui. C’est comme ça. Ce que je fais avec lui, je ne le fais pas avec d’autres. L’écriture nous rassemble et ce que nous vivons ensemble sur nos films est unique. Il y a un plaisir immense à se sentir si bien comprise par quelqu’un, et vice versa. C’est précieux".

Mais si Jaoui partage toujours avec Bacri un goût (très français) pour la grogne (voir leur récent taillage de costard à Jamel Debbouze lors de la très controversée soirée des Césars), ne comptez pas sur elle pour s’étaler en politique. "J’ai des opinions mais je n’aime pas qu’on me mette des étiquettes." Et ce qui l’anime le plus aujourd’hui, c’est la musique. Il y a d’ailleurs toujours des musiciens dans ses films (souvenez-vous d’Alain Chabat en flûtiste novice dans Le goût des autres). L’actrice chante dans un groupe latino-jazzy (el Quintet Oficial) et quand on lui demande pourquoi elle aime tant la musique, l’émotion surgit, immédiate. "C’est comme si vous me demandiez pourquoi j’aime la vie. La musique est ce qu’il y a de meilleur au monde. Elle produit ce qu’il peut y avoir de meilleur entre les êtres humains. Ça s’appelle l’harmonie, et je n’ai jamais cessé de m’émerveiller de ça." Agnès Jaoui, on vous suivrait jusqu’au bout du conte.

Au bout du conte
Réalisé par Agnès Jaoui. Avec Agnès Jaoui, Jean-Pierre Bacri, Arthur Dupont, Agathe Bonitzer, Benjamin Biolay – 112’.

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