Armadillo: Janus s’en va-t-en guerre

Mads et Daniel ont 20 ans à tout casser. Ils sont soldats. Et Danois. Leur première campagne, ils vont la passer six mois durant dans le camp retranché d'Armadillo, aux portes d'un bled paumé d'Afghanistan.

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Mads et Daniel ont 20 ans à tout casser. Ils sont soldats. Et Danois. Leur première campagne, ils vont la passer six mois durant dans le camp retranché d’Armadillo, aux portes d’un bled paumé d’Afghanistan.

Collés aux basques de ces jeunes recrues, au cœur même des combats, la caméra et le micro de Janus Metz et de son chef-op, Lars Skree. Car Armadillo, film fort, percutant, sans cesse sur le fil, profondément déstabilisant et cru, n’est pas un film de fiction.

Pourquoi donc Metz a-t-il pris des risques aussi insensés? « Je voulais montrer un témoignage brut du quotidien de ces soldats. Je voulais être les yeux du public à l’intérieur de l’enfer. »

 Ce pari-là est réussi. Au péril de sa vie, Janus s’en va-t-en guerre et suit les jeunes soldats depuis les préparatifs de départ et les au revoir douloureux, jusqu’à l’intimité de leur peur lors de patrouilles sur le terrain. Histoire de nous rappeler que si on regarde un film – Metz prend magnifiquement parti de ces paysages quasi lunaires -, on y tire à balles réelles! Metz a décidé de ne faire « que » montrer.

C’est à la fois la force et la limite de son documentaire. D’autres films de fiction, comme Jaread de Sam Mendes, ont fait ressentir avec beaucoup plus d’impact l’ennui mortel de soldats isolés, le cynisme progressif dans lequel ils s’enfoncent et leur volonté, à force toujours plus farouche, de vouloir en découdre avec l’ennemi invisible et menaçant.

 Paradoxalement, c’est ce qu’il ébauche et ne montre pas de manière brute (certaines images sont très dures, quasi insoutenables) qui frappe dans Armadillo. C’est le dialogue de sourds entre des soldats harnachés comme dans un film de science-fiction et une population désœuvrée qui ne comprend pas ce que ces militaires surarmés censés la protéger fichent là.

Eux non plus d’ailleurs. C’est surtout cette question éthique posée avec audace, après que les soldats danois ont achevé des prisonniers talibans. « Le plus proprement possible », dira l’un d’eux, lors d’un débriefing tendu. Une révélation choquante mais un fait évident pour Metz: les conditions extrêmes dans lesquelles se retrouvent les soldats dans l’incandescence de l’action peuvent parfois justifier l’injustifiable. Sans le moindre jugement de valeur, il nous dit crûment, au fond, ce qu’est la guerre: l’horreur, rien d’autre. – T.V.W.
Sortie le 16/2 – 100′.

Armadillo
Réalisé par Janus Metz (2010). Avec Mads, Daniel, leurs compagnons d’armes.
Notre avis: 2 étoiles

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