Appelez-le saint Jean-Paul II

Dimanche 27 avril, feu le pape Jean-Paul II sera élevé au rang de saint, en même temps que son prédécesseur Jean XXIII. Par cette canonisation pas tout à fait comme les autres, l'Eglise honore une personnalité hors du commun et soigne au passage son image.

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Il avait lui-même institué cette fête en l'an 2000. La Divine Miséricorde, premier dimanche après Pâques, devait être un jour de grâce pour toutes les âmes qui cherchent un refuge. Jean-Paul II, décédé en 2005 à la veille de cette fête qui lui tenait particulièrement à cœur, sera canonisé cette année le jour de sa célébration, ce dimanche 27 avril, au Vatican. La date a été choisie l'été dernier par l'actuel pape François. "On pensait au 8 décembre (2013 – NDLR), mais il y a un gros problème: ceux qui viennent de la Pologne en bus. En décembre, les routes sont gelées", avait déclaré le souverain pontife.

C'est que cinq millions de personnes venues du monde entier, dont une soixantaine de jeunes Belges, sont attendues à Rome pour cette canonisation de Jean-Paul II, couplée à celle de son prédécesseur Jean XXIII. Avant comme après sa mort, Karol Wojtyla a toujours attiré les foules: à ses funérailles, pas moins de trois millions de fidèles s'étaient réunis dans la Ville éternelle pour lui dire adieu. Cette popularité lui a d'ailleurs valu un processus de canonisation accéléré et soumis à moins de conditions que ne le veut la tradition.

La voix du peuple

"Santo subito! Santo subito!" Le 8 avril 2005, la foule émue, rassemblée devant la basilique Saint-Pierre pour les obsèques de son pape, réclamait déjà à l'unisson la canonisation immédiate de Jean-Paul II. Dans les jours qui suivent, c'est l'Eglise qui prend le relais. Le cardinal Francesco Marchisano, archiprêtre de la basilique vaticane, affirme dans la presse avoir été guéri d'une tumeur après avoir été touché par Jean-Paul II. Le secrétaire du pape, Monseigneur Dziwisz, évoque quant à lui la guérison d'un malade ayant reçu la communion des mains de Jean-Paul II, tandis que d'autres prétendus miraculés se manifestent à travers le monde. Avant même le début du conclave pour élire le nouveau pape, une pétition, signée par 170 cardinaux, formule la même requête: Jean-Paul II doit être fait saint.

Le 13 mai 2005, soit un mois à peine après sa mort, le cardinal Joseph Ratzinger, devenu entre-temps le pape Benoît XVI, autorise l'ouverture du procès diocésain pour sa béatification. Du jamais vu depuis 1588 et l'instauration des nouvelles normes de procédure. Au Moyen Âge, les canonisations populaires avaient laissé cours à certaines  manipulations. Outre l'obligation de mener une enquête approfondie, un délai entre le décès et l'ouverture du procès (ramené de 30 ans à 5 ans en 1983 par Jean-Paul II lui-même) avait dès lors été imposé et, jusqu'ici, généralement respecté.

Pour expliquer cette inhabituelle dispense (??) pour le pape Jean-Paul II, le Vatican évoque sobrement un "contexte particulier". Traduisez: une ferveur populaire sans précédent et tellement puissante que l'Eglise accepte de remettre en cause quatre siècles de pratique. Au soir de l'annonce de l'ouverture du procès en béatification, le préfet de la Congrégation pour les causes des saints déclare ainsi: "Vox populi, vox Dei. Quand le peuple considère qu'une personne est sainte, alors cela veut dire qu'elle l'est vraiment". Une petite révolution.

La procédure de béatification se déroule ensuite comme prévu. A l'issue de longs mois d'investigation dans l'archidiocèse de Cracovie, où il a officié, puis à Rome, sans oublier l'étude de tous ses écrits, textes officiels, notes personnelles et correspondances, ainsi que l'audition de nombreux témoins, l'enquête diocésaine sur l'exemplarité de la vie et les vertus de Jean-Paul II est clôturée le 2 avril 2007, jour du deuxième anniversaire de sa mort. Pour faire aboutir le dossier de béatification, il faut qu'un miracle, qui doit s'être produit après sa mort et être authentifié par une commission médicale et théologique, lui soit attribué.

C'est la guérison d'une religieuse française, Marie Simon-Pierre Normand, atteinte de la maladie de Parkinson, le même mal qui rongeait Jean-Paul II, qui est retenue. Elle se serait miraculeusement réveillée sans plus aucun symptôme de la maladie un matin de juin 2005. La veille, elle avait écrit de sa main tremblante le nom de Jean-Paul II sur un papier.

L'ancien pape est béatifié le 1ermai 2011, jour de la Divine Miséricorde. Ce même jour, une Costaricienne souffrant d'une maladie incurable guérit subitement alors que sa famille est en train de prier à la mémoire de Jean-Paul II. Le Vatican lui attribue ce second miracle en juillet 2013 et annonce dans la foulée sa canonisation.

Un nouveau souffle

La rapidité exceptionnelle du processus de canonisation de Jean-Paul II est doublement significative. D'une part, elle indique que Jean-Paul II a lui-même été un pape exceptionnel. Par sa fonction de premier pape non italien depuis 500 ans et sa longévité, tout d'abord: seuls saint Pierre et le pape Pie IX au dix-neuvième siècle ont dépassé les 26 ans de pontificat de Jean-Paul II. Mais c'est surtout le rôle politique qu'a joué ce champion de la communication et ami de la jeunesse, à la fois symbole de la résistance au communisme et emblème du dialogue entre les religions, qui en a fait le mythe qu'il est aujourd'hui.

En dépit de ses positions très débattues sur la contraception, le rôle des femmes dans l'Eglise ou le sida, il est parvenu à créer un quasi-consensus autour de son personnage, que beaucoup qualifient d'ailleurs de "prophète moderne". Certains observateurs affirment même que le fait de le canoniser en même temps qu'un autre pape, Jean XXIII, est une façon d'éviter un trop grand culte à sa personnalité.

D'autre part, cette canonisation témoigne de la volonté affichée de l'Eglise d'être plus innovante et plus souple dans ses traditions. Pour Jean-Paul II, le Vatican a choisi de ne pas tenir compte du délai obligatoire pour la béatification. Pour Jean XXIII, qui a régné de 1958 à 1963, il lui a délibérément épargné l'authentification d'un second miracle, normalement indispensable à tout processus de canonisation. "Le pape François a récemment canonisé différents saints pour lesquels aucun miracle n'a été reconnu, mais dont il estimait que la sainteté était une évidence au vu de leurs accomplissements", explique Tommy Scholtès, porte-parole de la Conférence épiscopale de Belgique. "Cela dit quelque chose de l'Eglise d'aujourd'hui: on juge plus important le fait de mener une vie exemplaire que d'appliquer des règles de droit canon. Il y a un désir de simplifier les choses."

Dans cette perspective, le fait que les deux papes soient canonisés en même temps n'est sans doute pas tout à fait anodin. "Jean XXIII et Jean-Paul II sont deux personnalités très différentes, mais qui ont toutes les deux donné un nouveau souffle à l'Eglise, poursuit Tommy Scholtès. Le premier a ouvert l'Eglise au monde avec le grand Concile œcuménique Vatican II, en transformant la liturgie, en abandonnant le latin pour la langue locale et en essayant de toucher tous les peuples. Le second, originaire du bloc de l'Est, a marqué une grande ouverture sur l'Europe et le monde." Plus qu'un simple témoignage de reconnaissance pour deux grands personnages, cette double canonisation est un message, une "manière pour le pape François de signer cette ouverture que ses deux prédécesseurs ont donnée à leur manière à l'Eglise"

La cérémonie de dimanche prochain réunira trois papes: Jean XXIII, Jean-Paul II et François. Trois papes connus, à des époques différentes, pour leur image de pasteurs proches des gens. Le 27 avril à Rome, c'est aussi l'image d'une certaine Eglise qui sera célébrée.

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