Anthony Hopkins: Et Dieu dans tout ça?

A 73 balais, l'acteur multifacettes se cherche encore. Et salue la nouvelle génération pour son scepticisme.

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Depuis Le silence des agneaux, Anthony Hopkins a une telle image de psychopathe que lorsque vous lui serrez la main, c’est Hannibal que vous dévisagez. Dans The Rite, il rempile, avec plus d’application que de jubilation, dans le rôle qu’il connaît le mieux: celui du démoniaque en devenir. Très classe, ponctuel et détendu, l’homme qui affirme détester se livrer a pris sur lui durant un entretien où il exorcise ses démons: un père et un Lecter abrutissants, des hommes et des dieux envahissants. « Savez-vous qu’à Rome, l’un des proches de Benoît XVI est spécialisé dans la pratique et l’étude des exorcismes? Que l’on y croie ou non, ça fait réfléchir, surtout quand on sait que l’Eglise ne compte dans ses rangs aucun spécialiste de la théorie de l’évolution. »

Dans The Rite, vous donnez la réplique à la jeune comédienne qui monte: Alice Braga. Comme vous aviez porté Jodie Foster à l’époque du Silence des agneaux. Vous vous sentez une sorte de devoir de transmission?
Anthony Hopkins – Le mot est exagéré et un peu trop mystique. Mais je trouve que cela fait partie des devoirs de notre métier que des acteurs connus mettent leur popularité au service de jeunes comédiens. Si mon nom sur l’affiche à côté de ceux d’Alice ou de Jodie leur a donné un coup de pouce, tant mieux…

L’exorcisme est surexploité au cinéma. Pourquoi avez-vous succombé à votre tour à la tentation?
L’exorciste demeure à mon avis le chef-d’œuvre absolu du genre. Mais je pense que tout n’avait pas encore été fait dans d’autres variantes. The Rite aborde le sujet en amenant une réflexion sur les relations étranges et occultes entre la religion et l’exorcisme. Avant le tournage, je me suis beaucoup documenté sur le sujet, et je me suis découvert un intérêt surprenant pour le surnaturel. Preuve que je me cherche encore, même à 73 ans. Plus l’âge avance, plus je sais que je ne sais pas.

[…]

Aux Etats-Unis, de plus en plus de gens critiquent les théories de l’évolution et de la sélection naturelle de Darwin…
C’est fou, ces gens qui nient tout en bloc alors que Darwin a mis une vie pour étayer ses théories! Qui sommes-nous pour douter de lui? Mais bon, l’âge aidant, je relativise de plus en plus. Et même si je ne partage pas leur façon de concevoir la vie, je me force à comprendre que des gens puissent s’aveugler de la sorte juste pour les besoins d’une croyance. En fait, je partage le scepticisme de la nouvelle génération! Les jeunes sont surinformés et donc nettement mieux armés pour ne pas se laisser abuser par ce qu’ils entendent ici ou là sans vérifier. Si j’avais eu accès à Internet lorsque j’étais ado, je n’aurais certainement pas perdu autant de temps au catéchisme. Dans un registre plus léger, le cinéma, ce sont peut-être bien les plus jeunes fans qui vont aider à rétablir certaines vérités à mon sujet, justement grâce à Internet.

Du genre?
« Hopkins, il n’a fait que Hannibal. » Ce que beaucoup de gens qui ne regardent que quelques films par an à la télé croient encore. Alors que je n’ai aucune obsession pour l’horreur. D’ailleurs, mon prochain film (360 avec Rachel Weisz) sera un film d’amour. Eh bien, grâce aux plus jeunes qui me consacrent des sites Web ou mettent mes films en téléchargement, on me considère de plus en plus souvent comme l’acteur multifacettes que je revendique être. Il y a de tout dans mes prochains films. Je vais incarner tour à tour le dieu Odin dans Thor et le dieu du polar dans une biographie d’Alfred Hitchcock.

[…]

Vous vous rabaissez! Un texte lu par Anthony Hopkins n’est pas égal à ce même texte lu par un inconnu. Justement parce que vous disposez d’une énorme expérience.
Ah, l’expérience! (En français lors de l’interview.) Tout ce qu’on ne me demande pas de faire en son nom! C’est envahissan

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