Angelina Jolie: « Je ne m’intéresse pas à moi »

Belle et rebelle, elle partage sa vie entre les paillettes d’Hollywood et le bruit des mitraillettes. La preuve par Au pays du sang et du miel, son premier film en tant que réalisatrice.

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Pourquoi avoir choisi l’angle d’une histoire d’amour entre un soldat serbe et une prisonnière bosniaque comme cadre pour le sujet?
Angelina Jolie – Parce que cette passion qui arrive au mauvais moment est un symbole parfait de l’unité qui régnait avant le conflit et qui s’est déchirée ensuite. J’ai aussi tourné, en parallèle à la version anglophone, le film en langue bosniaque. Pour présenter aux individus qui ont chacun vécu le conflit en leur for intérieur une version complète et plus globale de ce qui s’était passé là-bas.

Une version complète mais visiblement pas tout à fait objective. Car ce film est ouvertement pro-musulmans, voire carrément anti-Serbes…
Même si les deux camps se sont évidemment livrés à toute une série d’atrocités, vous avez raison sur ce point précis. Mais la grosse nuance est que d’un côté, il y avait une armée, serbe en l’occurrence, qui a organisé l’épuration ethnique en finalité et le viol comme arme de guerre. De façon parfaitement mécanique et concertée. Alors que de l’autre côté, nous avons affaire à des grappes de combattants, plutôt désorganisés, qui ne poursuivaient en tout cas pas un objectif de destruction aussi planifié.

Vous considérez le fait de réaliser ce type de film comme la suite logique de vos engagements auprès des Nations unies et du Haut-Commissariat aux réfugiés?
Si on me dit jolie et célèbre, et que j’ai accès aux grands de ce monde pour de bonnes ou de moins bonnes raisons, autant que j’en profite pour me rendre utile. J’essaie donc de toujours coller à l’agenda d’une manière ou d’une autre. J’ai, par exemple, profité de ma dernière entrevue en date avec Barack Obama pour lui parler de la Libye. Mais je ne suis qu’un maillon de la chaîne, restons réalistes. D’un autre côté, je ne sais pas comment je pourrais m’impliquer davantage en restant totalement fidèle à moi-même.

En vous lançant dans la politique?
(Elle sourit.) C’est justement de ça que je voulais parler en vous disant "En restant totalement fidèle à moi-même". En d’autres termes, je ne me vois pas faire de la vraie politique car je redoute la discipline de parti. Autrement dit, je serais incapable de suivre aveuglément les directives dictées par le Q.G. d’un parti en faisant abstraction de ma propre sensibilité.

Même si le parti en question épouse vos sensibilités?
Oui. Car même si je suis plutôt de gauche et progressiste, je ne suis pour autant pas toujours parfaitement en phase avec toutes les décisions de partis dits "de gauche". J’ai un jour effectué l’exercice en me demandant si je prendrais exactement les mêmes décisions que Barack Obama dans des matières sociales, politiques ou économiques. Et nous avons inévitablement des points de divergence. Ce qui est logique, mais suffit pour que je refuse de m’impliquer plus en avant en politique. Je n’entends évidemment pas me substituer aux dirigeants. Chacun à sa place!

C’est parce que "chacun doit être à sa place" que vous ne mélangez pas les rôles et, par exemple, ne jouez pas dans le film?
Oui. J’ai pour habitude de ne jamais me regarder à l’écran. Ni quand mes films sont terminés ni pendant le processus de production. Donc, je n’aurais par définition pas été capable de jouer dans le film que je réalisais moi-même. Pour résumer: je ne m’intéresse pas à moi. Priorité au sujet!

Ce qui n’a pas toujours été le cas vous concernant…
Je ne suis dupe de rien. Je sais bien que j’ai souvent été choisie plus pour mon physique que pour mes capacités intellectuelles ou le sujet du film dans lequel j’apparaissais. (Elle rit.) Mais je veux renouer par tous les moyens avec l’esprit du Hollywood des années 70. Qui essayait de sensibiliser le public aux grands problèmes du monde. Alors que le Hollywood d’aujourd’hui essaie surtout de les faire oublier.

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