Amour

Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva magnifiques dans un film sans concession sur l'amour en fin de vie. Palme d'or à Cannes.

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Georges et Anne forment un couple de personnes âgées comme on en voit parfois passer, et comme on aimerait être quand on sera vieux. Il la tient légèrement par le bras quand elle marche. Elle l’aide à mettre son manteau.

Chaque jour, ils mangent et se couchent ensemble. Lorsque Anne est victime d’un accident cérébral, elle demande à Georges de ne pas l’emmener à l’hôpital et de la garder à la maison. Jusqu’à la fin.

Attention. Lorsque le réalisateur autrichien Michael Haneke (connu pour ses films-chocs comme Funny Games ou La pianiste) empoigne sa caméra, pas question de sentimentalisme. Il filme la vieillesse et l’arrivée de la mort comme on a rarement l’occasion de les voir au cinéma.

Sa caméra capte à froid la lente dégradation d’Anne, et la manière dont Georges la supporte. Car ce qui intéresse vraiment Haneke, au delà du constat clinique, c’est ce qui subsiste d’amour dans le rapport intime de ce couple en fin de vie.

"Nous vivons dans une époque où les personnes âgées sont bien moins considérées qu’avant. On les pousse derrière des portes fermées parce qu’on ne veut plus les voir”, nous confiait-il au dernier festival de Cannes. Il a donc décidé de nous les montrer.

Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva incarnent avec une élégance infinie l’intimité ultime de ces amants-là. Il la nourrit, la change, la porte jusqu’aux toilettes, lui fait la lecture, et aussi la regarde souffrir.

Les scènes se succèdent comme de longs tableaux, dans un appartement rempli de livres et de musique. Et Haneke, lentement, nous aide à regarder la mort en face: "Comme tout le monde, j’ai été dans ma vie confronté à cette situation. Et comme tout le monde, je n’ai pu qu’y assister sans pouvoir rien faire. C’est ce qui m’a motivé à faire ce film.

Mais la perception de cet amour terminal pourra varier alors chez le spectateur en fonction du vécu de chacun. Certains le trouveront trop froid, d’autres poignant. Comme toutes ces scènes de piano où retentit la musique de Schubert, Bach ou Mozart. "Bach, c’est le centre de ce film car c’est la pièce que Jean-Louis Trintignant joue lors d’une scène cruciale. C’est un morceau qui s’appelle I Call To You Lord Jesus et il l’arrête en plein milieu. Comme s’il arrêtait une prière. Le film a d’ailleurs failli s’appeler The Music Stops."

La séquence d’après, ce sont les cris d’agonie et de souffrance d’Anne qui retentissent, dans une chambre que Georges ne quitte plus. A peine pour recevoir sa fille (Isabelle Huppert), qu’il écarte de l’agonie de sa mère, pour être seul à l’accompagner au bout du voyage. Celui dont on répète sans cesse que le cinéma est aride et clinique se défend sans se justifier.

"Je m’en moque. je peux le comprendre d’une certaine façon. Mais je n’en tiens pas compte." C’est cette ambiguïté forcenée qui fait toute la complexité du cinéma de Michael Haneke. Et toute sa force. Jusqu’à l’étreinte finale du film, dans laquelle subsiste jusqu’au bout le mystère de l’autre.

Voir les salles où ce film est à l’affiche

Amour
Réalisé par Michael Haneke. Avec Jean-Louis Trintignant, Emmanuelle Riva, Isabelle Huppert – 127′.

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