American Pie revient pour un numéro 4 toujours aussi gras

Pour l'an 2000, on nous avait promis des voitures volantes. On a eu les films de Judd Apatow et American Pie. Le pire? Ils reviennent...

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À l'aube de l’an 2000, vision de presse du premier American Pie à Bruxelles. Et un contraste rarement vu chez les spectateurs! Une partie de la salle tente d’étouffer ses rires pour ne pas se voir prise en flagrant délire face à ce festival de gags en dessous de la ceinture. Tandis qu’en même temps, quelques dizaines de personnes quittent la salle, écœurées par "cette avalanche de scatologie qui en dit long sur les Etats-Unis mais ne marchera jamais en Europe", ulcérées par une série de clichés sur les ados qui passeraient leur vie les organes plongés dans un gant de toilette bourré de nouilles ou dans une tarte aux pommes tiède en guise de plaisir solitaire. "Personne ne m’avait encore raconté cette anecdote, rigole Jason Biggs, acteur principal de la série. Peut-être que les journalistes dont vous me parlez espéraient autre chose comme premier succès cinématographique des années 2000", se marre-t-il. Sans doute…

American Pie restera bel et bien inscrit dans le Guinness Book pour avoir fait tinter le tiroir-caisse dès janvier 2000 avec un bénéfice net de plus de 200 millions de dollars. Depuis, chaque épisode a été couronné d’autant de succès. Et il ne devrait pas en aller différemment de cette nouvelle salve, jouant d’entrée de jeu sur la très bonne idée de faire évoluer ses personnages. Qui sont maintenant casés, ou aimeraient bien. Qui fantasment sur la jeune ado qui vit à côté et pourrait être leur fille. Sans cracher complètement sur son fonds de commerce et un humour parfois bien gras comme on pouvait s’y attendre, AP4 (pour les intimes) s’ouvre également à plus de sentiments. Voire à un soupçon de spleen bienvenu. Tout ça pour le meilleur et pour le rire. Moralité: les super-zéros d’American Pie ont bien vieilli.

"Je suis né en 1978, reprend Biggs. À l’école, on nous présentait l’an 2000 comme une période de tous les possibles technologiques, de la téléportation, des vacances dans l’espace. Et puis voilà…" Voilà que le premier ovni du XXIe siècle s’appelle American Pie. Avec un humour pas du tout spatial. Mais plutôt outrageusement pipi-caca. "Mais attention, reprend Biggs, si nous en sommes au quatrième épisode, c’est bien parce qu’il y a plus que de l’humour gras, que je ne renie pas par ailleurs. Jamais une branlette loupée ou un concours de pets n’ont été les uniques garants de la confiance aveugle du public. American Pie possède aussi une autre caractéristique fondamentale qui explique à la fois son succès et sa longévité: ses personnages sont juste normaux. Il est facile de s’y identifier."

Judd Apatow, autre ténor de l’humour gras (En cloque, mode d’emploi), confirme d’ailleurs. "Mes films ne mettent en scène ni des héros ni des losers. De plus, les comédies américaines des années 2000 explorent ces personnages sous toutes leurs coutures. Nous ne sommes plus dans le registre de Crocodile Dundee, qui ne devait jamais aller aux toilettes, ne pétait jamais sous la couette, n’était jamais victime de soucis intestinaux et ne se préoccupait pas de la perte de sa virginité", explique celui qui a d’ailleurs tiré un film entier de cette fameuse première fois avec 40 ans, toujours puceau. Propulsant du même coup Steve Carell, autre tête à claques emblématique de l’humour geek des années 2000, au sommet de la popularité.

"En fait,souligne Biggs, quand on observe le cinéma américain produit depuis une dizaine d’années, on découvre que cette starification des gens "normaux" a touché tous les styles. Et c’est donc le même phénomène qui explique le succès de films d’horreur du genre Rec, Saw ou Hostel. Les filles y sont jolies mais pas trop, du genre accessible. Et les garçons un peu balourds, avec de l’acné plus ou moins prononcée."

Derrière l'humour régressif et les provocations politiquement incorrectes, se dessine donc une carte tendre du mâle américain, inadapté à la société moderne. "40 ans, toujours puceau abordait mes interrogations sur la sexualité et En cloque, mode d'emploi, celles liées à mon mariage et à ma paternité. Quant à Funny People, il évoque ma peur de la maladie et de la mort. Ce devrait logiquement être mon dernier film puisqu'il n'y a plus rien après, non?", déclarait Apatow voici quelques années. Mais il s’est ravisé depuis. Pour mettre en chantier This Is 40 annoncé en fin d’année, sorte de suite d’En cloque, mode d’emploi consacrée à la crise de la quarantaine. Qui, selon la recette éprouvée, s’annonce comme un astucieux mélange d’humour vache, d’amour potache et de quelques saillies graveleuses, histoire de ne pas perdre le rythme.

Voir les salles où ce film est à l'affiche

American Pie 4 (American: Reunion)
Réalisé par Jon Hurwitz & Hayden Schlossberg (2011). Avec Jason Biggs, Alyson Hannigan, Chris Klein – 114’.

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