Allô Brandon? C’est Dylan

L'influence des séries US dans la société est évidente. Notamment sur le choix de prénoms. Les registres nationaux débordent de Heather, de Kelly et de Jordan. Welcome in Wallifornia.

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Avec sa dernière campagne de publicité "Share A Coke", Coca-Cola a eu l’idée du siècle: inscrire des prénoms sur les bouteilles pour créer l’envie d’achat. Un coup d’œil dans le rayon boissons des supermarchés suffit à confirmer que ça a cartonné… Qu’on soit à Morlanwelz ou à Saint-Gilles, il y a toujours un Pierre, Paul ou Jacques trépignant, occupé à farfouiller pour trouver SA canette. Et limite pour se prendre en photo avec et la poster fièrement sur Facebook.

Au-delà de ce phénomène un peu vain, zieuter vers les étiquettes permet surtout de mesurer la densité des prénoms en fonction des invendus. Au milieu des classiques Laura, Nicolas et Louise, trônent énormément de Kevin, Michael ou Kimberley. Une telle campagne en 1983 n’aurait jamais donné les mêmes résultats. En cause? L’influence des séries américaines. Et ce n’est pas près de s’arrêter: le mois dernier en France, naissait une petite Khaleesi, nommée ainsi d’après un personnage phare de Game Of Thrones. Il y en aurait déjà 146 autres aux States.

"Quand j’étais petit, je ne comprenais pas d’où venait mon prénom et ça m’allait très bien comme ça. Puis, vers 10-12 ans, on a commencé à me faire des blagues du genre "Eh, tu sais pas où est Kelly?" et j’avoue, j’en ai un peu voulu à ma mère de m’avoir appelé Dylan." Pas facile de porter un prénom issu du feuilleton Beverly Hills 90210. Pourtant, ils sont des milliers de la même génération à s’appeler comme lui.

Impossible de tergiverser sur l’origine de ce choix: début des années 80, il n’y avait qu’une petite dizaine de Dylan référencés en Belgique ou en France. Il aura suffi que la série ultra-populaire avecses jumeaux Brandon et Brenda, Kelly et Donna soit diffusée sur nos écrans pour que leur nombre explose littéralement dans les registres communaux. En 1992, plus de 7.000 petits garçons sont affectueusement nommés Dylan. Tu parles d’une originalité.

Les goûts et les couleurs…

Dis-moi comment tu t’appelles, je te dirai ce qu’ont aimé tes parents. C’est en résumé la leçon à retenir selon le psychanalyste français François Bonifaix auteur de l’ouvrage Le traumatisme du prénom. "Plus de 50 % de la population nomme sa progéniture selon un ouvrage, un film ou une série. Ça diffère évidemment en fonction des classes sociales. Des prénoms tirés de L’Iliade correspondent aux classes élevées alors que d’autres inspirés des séries américaines proviennent souvent de la couche ouvrière de la population. Ça a un certain côté péjoratif. Cela peut choquer, mais c’est un fait avéré."

Et cette décision a une véritable implication sur la vie future du bambin. "Quand on s’appelle Kimberley ou Sue Ellen, on est traité différemment qu’une Laure ou qu’une Manon, dans la recherche d’emploi par exemple. C’est très stigmatisant. Ça a exactement le même impact que si l’on s’appelle Mohammed." Fallone, 26 ans, explique. "Je m’appelle comme ça à cause de la série Dynastie. L’actrice qui jouait ce rôle est superbe, mais il fallait assumer. Comme ce n’est pas courant, on m’a très souvent demandé l’origine de mon prénom… Et à chaque fois j’avais honte de l’expliquer. Le pire, c’est quand j’ai commencé à chercher du travail. Soit on ne répondait pas à mes C.V., soit les employeurs, plus âgés, me parlaient du feuilleton. On m’a même demandé si j’étais aussi avide que le personnage qui est une jeune femme fascinée par le pouvoir…"

Mais n’allez pas croire qu’appeler son fils Kevin ou sa fille Brenda part d’un mauvais sentiment. Au contraire. "Les gens pensent que cela sera porteur de donner un prénom à la mode, que ça va le booster. Mais au contraire, ça tombe très vite dans le ringard. D’ailleurs, ce n’est pas tant le prénom qui a une influence, continue François Bonifaix, mais bien les raisons qui ont motivé ce choix. Ce faisant, les parents veulent vous identifier à un personnage, de manière délibérée ou non. Quand on s’appelle Alexandre, on mesure directement l’ambition placée dans l’enfant. C’est la même chose avec Pamela: la fillette est nommée ainsi parce que les géniteurs trouvaient l’actrice de Dallas ravissante. Et soit vous vous y conformez, soit au contraire vous le rejetez."

En vrac, les papa-maman qui décident de nommer leur enfant Clark espèrent qu’il sauvera le monde comme Superman, ceux qui optent pour Buffy rêvent d’une fille forte et combative pendant que ceux qui choisissent Phoebe préféreraient une marrante déjantée à la Friends. Une chose est sûre: avec ses longues dreads brunes et son style à la cool, Dylan, lui, a clairement choisi de s’éloigner du play-boy de Beverly Hills.

Mais d’autres s’accommodent très bien de leurs sobriquets un rien spéciaux. C’est le cas de Valène, 25 ans. "Ça vient d’une série qui s’appelle Côte Ouest. Mon père a trouvé ça dans le programme télé, il ne connaissait pas le feuilleton à la base. Personne de ma génération ne connaît la série, donc les seuls et rares ayant fait le rapprochement ont la quarantaine. Je n’ai jamais regretté. C’est un prénom peu connu, du coup je me sens un peu unique."

[…]

Article complet dans le Moustique du 10 juillet.

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