Allergiques de naissance?

Une étude universitaire belge observe des enfants depuis trois ans. Les premiers résultats viennent d'être divulgués et ils vont à l'encontre de bien des idées reçues.

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Pour les besoins du projet "Cristall", des chercheurs vont accompagner 225 enfants depuis leur naissance jusqu’à leurs 5 ans. "On espère être un jour capable de déterminer les facteurs de l’allergie et qui sont les nouveau-nés à risque pour prévenir l’apparition de ces allergies. Mais jusqu’à présent, en dehors des antécédents familiaux et de certains paramètres comme le tabagisme de la mère, nous ne disposons d’aucun indicateur", explique le Professeur Françoise Smet, pédiatre et membre du Centre de l’allergie de l’UCL.

 "Les rhinites allergiques et l’asthme se déclarent souvent plus tard, mais certains enfants ont déjà développé des intolérances alimentaires et de l’eczéma." Dans la majorité des cas, ces allergies disparaissent avec l’âge, mais elles font alors de plus en plus souvent place à d’autres formes d’irritations.

Ce qu’on ignorait jusqu’ici, c’est le rôle capital de la flore intestinale, et ce même avant la naissance! "On a découvert que les enfants qui naissent par voie basse risquent moins de développer des allergies et de l’asthme que ceux qui naissent par césarienne. L’explication, c’est que la flore intestinale du premier groupe a été colonisée au moment du passage dans le bassin de la maman lors de l’accouchement. Tandis que celle de l’autre groupe est restée "naïve". Or, on sait que la mise en place de l’équilibre immunitaire de l’enfant contre les allergies se fait dans les premières années par l’interaction entre son système immunitaire et sa flore intestinale." Plus cette dernière sera solide, plus il a de chance d’échapper au rhume saisonnier.

L’alimentation de la femme enceinte est également importante. "Plus elle mangera varié et équilibré pendant sa grossesse, plus la flore de l’enfant sera solide."

Après la naissance, les mamans peuvent aider leurs enfants en les allaitant et, dans les mois qui suivent, en leur donnant du lait prébiotique ou probiotique. La composition du premier lait se rapproche très fort (de 80 à 90 %) du lait maternel. Dans le second, on a ajouté des bactéries afin de stimuler le système digestif du nourrisson.

Au cours du dernier congrès francophone d’allergologie, des spécialistes ont attiré l’attention sur la relation entre le stress et les allergies.

Il s’agit non seulement d’un facteur aggravant mais aussi déclencheur. Y compris pour le fœtus. On a ainsi constaté que les mères stressées, voire dépressives, donnaient naissance à davantage d’enfants asthmatiques que les mamans zen.

Revenons-en au projet "Cristall" et à ce qu’il nous apprend de notre système immunitaire. Il confirme une nouvelles fois ce que d’autres études avaient déjà mis en évidence: l’hygiénisme ne nous rend pas service!

Briquer sa maison au Déthol et conditionner ses enfants à se laver les mains dès qu’ils ont touché un ver de terre, c’est réduire leurs chances de se fabriquer un système immunitaire capable de se défendre contre les bactéries et les allergènes. "S’il est vrai qu’avant les enfants mouraient à cause des infections, nous avons tendance aujourd’hui à aller dans l’excès en matière d’hygiène quotidienne. Les enfants issus de familles nombreuses sont moins exposés que les enfants uniques, de même que ceux qui fréquentent les crèches ou qui vivent à la campagne et qui sont donc plus souvent en contact avec les bactéries." Autre découverte, et non des moindres: l’administration de paracétamol augmenterait significativement la sensibilité des enfants. "Nous conseillons aux parents de ne surtout pas en donner de façon préventive mais de ne pas le bannir non plus, car ces alternatives entraînent encore plus d’effets secondaires négatifs."

Dossier complet dans le Moustique du 8 mai.

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