Allergique, moi?

Vous n'avez jamais déclaré d'allergie? D'où vient alors ce rhume tenace qui vous épuise depuis quelques semaines? Trois pages pour tout comprendre d'un phénomène qui concerne désormais plus d'un tiers des Belges, singulièrement cette année.

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Nathalie s'est réveillée il y a quelques semaines avec le nez qui coulait. Elle a cru à un banal rhume. Sauf que celui-ci, tenace et très handicapant, a refusé de guérir. De guerre lasse, cette jeune quadragénaire a décidé de consulter. Diagnostic: rhinite allergique. Une vraie surprise, car Nathalie n'a jamais été allergique à rien. "Un peu aux acariens, et encore." Frédéric, trentenaire, a connu la même mésaventure. Cette fois, c'était une toux, qui est descendue sur les bronches, frisant l'asthme. Mais une toux allergique, elle aussi. Et à laquelle il n'avait jamais été confronté.

Depuis le début du mois de mars, ils sont des (dizaines de) milliers, en Belgique, à s'être subitement découverts victimes d'allergies. "Ma salle d'attente en est pleine", confirme ce médecin généraliste namurois. Au programme: démangeaisons dans le nez, les yeux, le fond du palais, éternuements, pleurs, nez qui coule, toux, parfois réactions cutanées, voire asthme.

La raison? Elle s'appelle benoîtement le printemps. Toutes les victimes de rhumes de foin et d'allergies aux pollens le savent: pour eux, cette saison est traditionnellement celle de tous les dangers. C'est en effet au printemps que la pollinisation de nombre d'espèces d'arbres, puis de graminées ou d'herbacées, s'effectue. Un pollen qui, lorsqu'il est trop présent dans l'environnement, provoque parfois une surréaction de défense de l'organisme. Yeux et nez qui coulent, éternuements, toux: autant de tentatives, pour le corps, d'évacuer cet hypothétique et minuscule agresseur. Rien que du très classique, en fait.

Pourquoi cette année?

Sauf que cette année, le printemps a été particulièrement précoce. Et la pollinisation d'autant plus importante. Début avril, d'après l'institut scientifique belge de santé publique, la densité de pollen de bouleau, très allergisant, a par exemple dépassé les 2.000 grains par mètre cube. Pour vous donner une idée: en moyenne, cette densité n'est habituellement que de 400 à la même époque. Résultat: des allergies saisonnières d'autant plus sévères. Mais aussi, comme pour Nathalie et Frédéric, l'apparition de symptômes chez des personnes qui, jusqu'ici, s'étaient toujours crues préservées de ce qui s'apparente à un véritable petit fléau quotidien. A tort, visiblement.

"Ces gens qui se découvrent allergiques l'étaient en effet déjà", explique le docteur Alain Michiels, pneumologue à l'hôpital Erasme. Aujourd'hui, 30 à 40 % de la population est dit atopique, c'est-à-dire susceptible de développer des allergies face aux allergènes présents dans l'environnement: acariens, animaux, etc." Et on sait qu'à peu près un tiers d'entre eux développeront des allergies saisonnières aux pollens d'arbres, graminées, herbacées. "Ces nouveaux malades, en fait, n'attendaient qu'une grande concentration de pollen dans l'atmosphère pour déclencher une réaction allergique." Comme un printemps particulièrement précoce.

Est-ce définitif?

Comme tous les allergiques saisonniers, Nathalie et Frédéric sont-ils désormais condamnés à hanter eux aussi les pharmacies chaque année dès les beaux jours venus? Rien n'est pourtant moins sûr. En fait, tout dépendra de la météo des années à venir. "Si les printemps sont moins précoces, il ne se passera rien. Mais à la moindre charge anormale, ils développeront à nouveau des symptômes." Allergiques, nos deux témoins le sont donc réellement. "Mais comme leur seuil de sensibilité est plus élevé, ils déclenchent simplement une réaction moins vite et moins souvent que les autres…" Bienvenue au club, donc.

Un club qui n'ignore pas que même si le printemps était très précoce cette année, il n'en est pas fini pour autant. Traditionnellement, la saison des pollens et des allergies qui en découlent démarre à la mi-février et se poursuit parfois jusqu'à… octobre. Est-ce à dire que les allergiques qui ont développé des symptômes pour la première fois se moucheront jusqu'en automne? "Pas forcément, poursuit le Dr Michiels. Cela dépend vraiment de la météo des prochaines semaines. Si le temps se gâte, ils devraient connaître une accalmie." En cas de pluie, les pollens se gorgent en effet d'eau, et sont plaqués au sol, ce qui diminue fortement leur potentiel agressif.

Surtout, il faut savoir que durant cette période de pollinisation, trois types de pollens se succèdent: arbres, graminées (qui déclenchent le "vrai" rhume des foins), puis herbacées. Pour certains allergiques qui ne sont sensibles qu'aux arbres, bonne nouvelle: la période compliquée est dépassée… Pour les autres, elle s'annonce hélas peut-être seulement, et plus violemment encore. Car nombreux sont les allergiques à réagir à la fois aux bouleaux et graminées, voire aussi aux herbacées. "Chez ceux-là, la forte poussée des pollens de bouleau de ce début de printemps leur a puissamment enflammé l'organisme." Qui surréagira donc d'autant plus quand il sera confronté à leurs successeurs annuels. Ou à des éléments associés…

Car tout serait trop simple si les allergiques saisonniers ne réagissaient qu'aux pollens. Souvent, ils développent, au même moment, une intolérance à d'autres allergènes qui leur ressemblent plus ou moins. On parle alors d'allergies croisées. Qui est sensible au pollen du bouleau peut par exemple déclencher une réaction en mangeant des pommes, des poires, des noix, des amandes ou des kiwis. Qui a du mal avec les graminées peut rencontrer quelques problèmes avec les tomates, les pommes de terre, le melon, les poivrons, etc. Que du bonheur…

Comment se soigner?

Néo-allergiques ou vieux de la vieille, reste maintenant à savoir comment se soigner. L'option la plus simple est la prise de médicaments neutralisant les symptômes: comprimés antihistaminiques, sprays nasaux, aérosols… Sans doute la meilleure solution pour des patients qui ne déclenchent pas de réactions chaque année. Dans ce registre, la science a fait pas mal de progrès. Notamment pour les médicaments à avaler. "On connaît par exemple tous le Zyrtec ou son successeur le Xyzall, célèbres médicaments produits par une firme belge (UCB), explique le Dr Michiels.Mais qui ont comme inconvénient de parfois entraîner de vrais effets sédatifs. Aujourd'hui, de nouvelles molécules sont désormais disponibles sur le marché, sous le nom de Bellozal ou Ruptall, aux effets somnolents encore plus réduits."

Pour les allergiques plus chroniques, et dont les crises peuvent entraîner de vrais handicaps sociaux, la voie royale s'appelle "désensibilisation". Par des piqûres régulières ou via des comprimés ou des gouttes placées sous la langue chaque matin, "on administre des quantités très importantes de l'allergène, beaucoup plus que ce à quoi le malade est exposé habituellement.Face à ces doses énormes, le système immunitaire de l'allergique va réagir en induisant une tolérance." Comprenez, il ne considérera plus les pollens comme agressifs, et ne développera plus de réponse immunitaire. Adieu éternuements, toux et écoulements divers.

Un traitement efficace, mais qui connaît quelques défauts. D'abord, sans qu'on ne sache toujours forcément pourquoi, il ne fonctionne pas toujours. Son taux de succès avoisine "seulement" les 70 à 80 %. En plus, il ne permet qu'une désensibilisation à un seul type de pollen à la fois. Pour les polyallergiques, c'est donc un peu bernique. Enfin, il s'agit d'un traitement assez lourd: il dure minimum trois ans, nécessitant des prises très régulières, et peut se révéler assez cher. Jusqu'à 1.000 €, non remboursés.

Y a-t-il des nouveautés?

Heureusement, depuis quelques années, un autre type de traitement est désormais disponible. Son immense avantage: il traite les symptômes et guérit en même temps. Comme les désensibilisations, il s'inscrit dans un programme d'immunisation à long terme. Il faut donc le prendre tous les jours quatre mois par an durant trois ans. Mais comme les antihistaminiques, il calme assez vite les crises. Il peut (et doit) donc être administré juste avant et durant les périodes de pollinisation. Un bienfait pas du tout négligeable. Car habituellement, les désensibilisations doivent obligatoirement se dérouler hors saison, justement quand le patient ne souffre pas d'allergies, et donc quand il est le moins enclin à suivre scrupuleusement son traitement. "Ici, la motivation est d'autant plus importante que le traitement neutralise immédiatement les symptômes, explique le Dr Michiels. "Les résultats sont très encourageants."

Que disent les autres médecines?

Encourageante, aussi: l'homéopathie. A condition de croire en ses principes, bien sûr. "Notre approche est certes différente, mais c'est une très bonne indication pour ce genre de problèmes", confirme le docteur Christian Bouillon, homéopathe dans la région de Charleroi. Des granules, à prendre en cas de crise ou pour soigner sur le fond, selon un traitement plus ou moins individualisé en fonction des réactions du malade. Avec souvent d'excellents résultats. "Le traitement de fond peut même parfois se révéler plus efficace qu'une désensibilisation classique." Sa caractéristique? Il fonctionne à l'envers. "On commence avec de très grosses doses, puis on augmente la dilution, jusqu'à une définition infinitésimale." Seul inconvénient, sa relative lenteur. Et encore… "On dit que l'homéopathie est plus lente qu'un traitement classique, mais il n'y a rien de plus lent que ce qui ne marche pas. D'ailleurs, parfois, les gens réagissent très très vite. Surtout les enfants, et plus souvent les femmes que les hommes."

Et puis il y a les autres méthodes, comme l'acupuncture, par exemple, pas toujours très efficace. En fait, tout dépendrait du spécialiste. "C'est une médecine très difficile, reconnaît cet acupuncteur,très complexe à maîtriser. Personnellement, quand il s'agit de traiter des allergies saisonnières, je ne m'y risque pas." Certains proposent aussi l'usage d'huiles essentielles. Logique, dans la mesure où elles fonctionnent sur le même principe qu'une désensibilisation classique. A condition de bien maîtriser les concentrations: une huile essentielle, c'est tout sauf de l'infinitésimal, plutôt une dose de cheval. En fait, c'est surtout une matière délicate à ne pas laisser entre les mains de non-spécialistes ou autres habitués de l'auto-médication.

Mais quel que soit le traitement choisi, et en attendant qu'il fonctionne, restera aux néo-allergiques une certitude: ils ne regarderont plus jamais l'arrivée du printemps, des premiers jours de chaleur et de ces masses de pollens qui s'agglutinent sur le capot de leur véhicule avec la même candeur.

La périlleuse existence d'une allergique

Mercredi 7 mai La Une 22h

Quatre trucs fastoches pour diminuer les crises

– Préférez les activités en plein air tôt le matin. A cette période de la journée, le taux de pollen est plus faible.

– Évitez d'étendre votre linge à sécher à l'extérieur. Les pollens pourraient s'y accrocher.

– En voiture, usez de l'air conditionné plutôt qu'ouvrir les fenêtres, et pensez à faire changer le filtre à pollen fréquemment.

– Si vous avez tendance à faire de l'asthme, ne sortez pas après les orages. Certes, les pollens sont plaqués au sol, mais la concentration d'ozone dans l'atmosphère est alors si importante qu'elle peut provoquer une crise à tout moment.

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