Alleluia à la Quinzaine des réalisateurs : le thriller horrifique de Fabrice Du Welz

Dix ans après Calvaire (présenté à la Semaine de la critique), le réalisateur belge retrouve Cannes dans une sélection qui fait la part belle au cinéma de genre.

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Quand les héros d’un film lisent Simenon, il faut s’attendre au pire. Gloria (éclatante actrice espagnole Lola Duenas, découverte chez Almodovar) travaille à la morgue et a fait une croix sur les hommes (elle a d’ailleurs découpé la tête du père de sa fille sur les photos de famille). Sa rencontre avec Michel, (inquiétant Laurent Lucas), un gigolo fan de Bogart qui séduit les femmes pour de l’argent, vient bouleverser sa vie morne. Pour lui, Gloria est prête à tout. Le couple s’enfonce alors dans une descente aux enfers sanglante où la jalousie de Gloria agit comme un moteur.

Inspiré d’un fait divers américain (l’histoire de Raymond Fernandez et Martha Beck, qui furent zigouillés sur la chaise électrique en 1951) déjà adapté en version Seventies par Leonard Kastle (Les tueurs de la lune de miel) dans une sorte d’anti-Bonnie and Clyde, le troisième long-métrage de Fabrice Du Welz(après Calvaire et Vinyan) brasse la mémoire vive du cinéma trash.

Une image poisseuse à gros grain souligne l’épaisseur psychotique des personnages (on reconnaît la patte du producteur Vincent Tavier, déjà à l’œuvre avec Aaltra de Kervern et Delépine ouKill me please d’Olias Barco) pour un film découpé en quelques actes qui portent le nom des victimes.

Ce qui frappe, c’est l’aisance et l’humour (oui, c’est drôle) avec lesquels Du Welz (gros cinéphile) joue avec sa propre mémoire du cinéma horrifique, et pas seulement. On pense à Hitchcock, avec la maison de Psychose et les fameux fondus au rouge de Marnie plaqués sur le visage d’une Gloria transportée d’amour, comme si la jouissance devenait filtre magique qui modifie le cours même du film. On retrouve d’autres scènes spécifiques du cinéma d’horreur, avec tronçonnement des corps à la hache ou à la scie. Tandis que Michel ne jure que par Humphrey Bogart. Le film reprend d’ailleurs quelques rires dont on ne sait s’ils sont effrayants ou pas, de Bogart et Katharine Hepburn dans Afrikan Queen.

Gloria et Michel voudraient être des acteurs de cinéma, victimes des images projetées d’un bonheur que la vraie vie leur refuse. Le couple fonctionne dans ses contrastes, lui dans la froideur, elle dans la sensualité. Sans être beaux comme Bonnie and Clyde, Laurent Lucas et Lola Duenas sont loin des sordides tueurs du film de Kastle (elle obèse), et Du Welz les pousse dans un certain érotisme (trop rapide scène de danse tribale autour du feu).

Avec quelques dialogues qui claquent, les personnages secondaires et grinçants viennent dire une société dont on rejette les apparences (David Murgia en jeune prêtre à l’œil torve, les vieilles veuves prêtes à se vautrer dans des plumards). Une hypocrisie ambiante que vient rompre soudain la douceur fatale d’Helena Noguerra en Solange candide. Hommage au cinéma oblige, c’est dans une salle obscure que la cavale de Gloria et Michel devra s’achever. Leur destin de maudits soudain pris en tenaille entre l’écran et les lampes torches de la police. Alleluia, il était temps.

 

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