Alceste à bicyclette

Luchini et Wilson dessinent avec drôlerie les contours d’une étrange comédie humaine. Pessimiste mais vivifiant.

750525

Acteur de renom, Serge Tanneur s’est rangé des planches, fatigué des bassesses et des trahisons du métier. Depuis, il vivote plus ou moins tranquillement dans une bicoque mal en point comme lui, sur l’île de Ré.

Mais sa relative quiétude est troublée par l’arrivée inopinée de Gauthier Valence, star de feuilletons télé à l’eau de rose et idole des foules.

Ce dernier n’a qu’une idée en tête: convaincre Serge de monter avec lui sur scène, pour jouer Le misanthrope de Molière.

S’il fallait vous rassurer, autant le faire tout de suite: non, le film n’a rien d’une pièce de théâtre filmée. C’est une comédie, une vraie, stimulante, avec quelques envolées vachardes que s’envoient à la tête deux comédiens épatants, Luchini animé d’une sobre colère et Wilson, gai cynique à l’improbable coupe de cheveux.

Ces deux Rolls, Philippe Le Guay (Les femmes du 6e étage) a eu l’intelligence de les conduire avec délicatesse, laissant tourner leur moteur créatif comme elles l’entendaient et ronronner quelques impros tordantes, comme cette joute sur la façon de dire des alexandrins. Bien entendu, ces vers dépassent le cadre de la pièce.

Il est question ici de lutte d’ego, d’amertume, de gloire, d’art et de l’effroyable petitesse du parisianisme prétentieux. Mais aussi d’amitié et d’amour.

Wilson, Luchini, Molière et un peu de vélo…, voilà une comédie pleine d’entrain que seules quelques facilités scénaristiques empêchent de pédaler vers les cimes du comique. Que ça ne vous empêche surtout pas de rejoindre ce peloton au pessimisme joyeux.    

Alceste à bicyclette
Réalisé par Philippe Le Guay. Avec Fabrice Luchini, Lambert Wilson, Maya Sansa – 104′.

Sur le même sujet
Plus d'actualité