Albert II et les Saxe-Cobourg, une famille en or

Notre roi serait à la tête d'une fortune d'un milliard d'euros. C'est que depuis Léopold Ier, la famille royale s'est toujours intéressée de près au contenu de son porte-monnaie.

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C'est un autre clivage entre le nord et le sud de la Belgique: lorsqu'au début du printemps 2010 sort le livre Het verloren geld van de Coburgs (L'argent perdu des Cobourg), la presse flamande en fait ses choux gras, notamment parce que Thierry Debels estime la fortune d'Albert II à un milliard d'euros. Côté francophone, les publications qui parlent de l'ouvrage préfèrent prudemment rappeler que, selon la version officielle du Palais, la fortune du roi est estimée à 12,4 millions d'euros, plus son yacht et sa résidence de Châteauneuf de Grasse.

Pourtant, un vrai scoop se cache au sein de ce livre qui vient d'être traduit en français: la maison royale détiendrait encore entre 4 et 7 % de parts au sein du holding Société Générale de Belgique, qui appartient désormais à Suez. Valeur estimée de ces actions: au moins un milliard d'euros. Désormais traduit en français, sous le titre L'argent de nos rois, le livre se présente comme une succession d'anecdotes sur les boires et déboires financiers non seulement de nos souverains successifs mais de toute la branche belge des Saxe-Cobourg. C'est tour à tour instructif, amusant et croustillant.

Vous maintenez votre estimation selon laquelle la fortune d'Albert II s'élèverait à 1 milliard d'euros?
Thierry Debels – Oui. Juste après la parution du livre en flamand, j'ai reçu un e-mail d'une personne apparemment bien informée sur le sujet qui m'a signalé que mon calcul était bon mais que j'avais utilisé un mauvais cours pour les actions de la Société Générale. Apparemment, la monarchie, dans le temps, a eu droit à un cours privilégié. Mon chiffre de 1 milliard est donc sous-évalué.

Quand le Palais annonce 12,4 millions d'euros, il ment?
Sur ce point-là, oui. D'autant que ce n'est plus correct. Entre-temps, Albert II a encore acheté deux appartements à Ostende. En tant qu'homme de sciences, je suis prêt à discuter mais il y a beaucoup d'informations disponibles sur l'argent des Cobourg entre 1830 et 1950. C'est pourquoi je ne comprends pas qu'aujourd'hui, on puisse affirmer qu'Albert II n'a qu'une fortune de 12,4 millions d'euros. Il y a des points de repère: je peux certifier, par exemple, de manière formelle que Baudouin était riche de 300 millions d'euros. Cet argent ne s'est pas envolé tout de même.

Aujourd'hui, a-t-on accès à beaucoup d'informations sur le patrimoine financier du roi?
Il n'y a plus grand-chose, si ce n'est des rumeurs comme celle voulant qu'Albert II ait perdu de l'argent en étant actionnaire de Lernout & Hauspie. Je crois que ce n'est pas vrai. Par contre, selon quelques sources, il aurait investi dans le Moneytron de Jean-Pierre Van Rossem, via une société panaméenne, et y aurait perdu une belle somme. C'est évidemment très difficile à prouver.

C'est un fil rouge de votre livre: les membres de la famille royale sont loin d'avoir toujours été des gestionnaires responsables.
En effet, c'est une sorte de tradition chez les Cobourg. En cela, le prince Laurent est bien un membre de la famille. Je suis en train de travailler sur une biographie et je découvre plein de choses à propos de constructions financières qu'il est en train de mettre sur pied. Évidemment, son nom n'apparaît nulle part, tout est géré par des hommes de paille. Quand Albert II acquiert une nouvelle Porsche Cayenne, comme récemment, ce n'est pas lui qui s'occupe de l'achat.

Autre tradition familiale selon vous: les comptes secrets. C'est encore le cas aujourd'hui?
Oui, bien sûr. Mais c'est normal: être roi des Belges aujourd'hui n'est pas une grosse garantie d'avenir, il faut se garder une pomme pour la soif. À une époque, Léopold II a voulu transférer toute sa fortune sur des comptes luxembourgeois. Le prince Charles a eu cette volonté également. Je pense que leurs conseillers financiers veulent conserver cette tradition.

C'est un livre à visée politique, une attaque contre la famille royale?
Non, pas du tout. Il est vrai que j'ai travaillé avec Jean-Marie Dedecker mais je ne suis pas républicain, ni flamingant. Cela part d'un intérêt historique: l'argent reste le dernier tabou de la famille royale. On peut parler des enfants nés de relations adultères mais pas de la fortune du roi. J'aimerais un peu plus de transparence et d'ouverture à ce niveau.

 

L'argent de nos rois. La face cachée de leur fortune et de leurs dépenses, Thierry Debels, Editions Jourdan, 209

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