Alain Resnais : l’oeuvre d’un jeune homme

Décédé ce 1er mars 2014 à l'âge de 91 ans, Alain Resnais avait révolutionné le récit cinématographique. Close-up sur ses six meilleurs films. 

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Dix-neuf films en plus de cinquante années de carrière, Alain Resnais était un géant du cinéma français. Pour avoir signé quelques chefs-d'œuvre bien entendu. Pour avoir été primé aux Oscars, aux Césars, à Cannes, Berlin ou Venise. Mais surtout parce qu'il ne s'est jamais départi de sa jeunesse, de sa passion de filmer, de son besoin de se réinventer à chaque film. En mélangeant allégrement son cinéma à la littérature, la peinture et bien sûr la musique. Resnais a traversé les époques en capitalisant sur son expérience de vieux loup, tout en conservant la naïveté du jeune homme sur les questions qui ont traversé son œuvre: l'art, l'amour et la mort.

A nonante ans, la flamme Resnais était encore loin d'être éteinte. En 2009, il avait fait forte émotion en présentant au festival de Cannes Les herbes folles. Il avait décontenancé trois ans plus tard avec Vous n'avez encore rien vu, rappelant sa passion pour les acteurs et le théâtre. Enfin, il y a quelques jours à peine, Resnais présentait au festival de Berlin son ultime réalisation: Aimer, boire et chanter avec Sandrine Kiberlain et ses acteurs fétiches André Dussollier et Sabine Azéma, qui sortira chez nous le 26 mars prochain. Il était par ailleurs en train de travailler sur un nouveau film. Encore et toujours. C'est donc un jeune homme de 91 printemps qui s'en est allé. Ce qui vaut bien un ciné-club…

#1 Hiroshima mon amour – 1959

A Hiroshima, une actrice française rencontre un Japonais qui devient son amant. Entre eux se noue un dialogue autour de la guerre, rythmé par la mélodie d’une phrase entêtante: "Tu n’as rien vu à Hiroshima"… Cette musicalité découle du scénario de Marguerite Duras que Resnais met en images avec une modernité glaçante et un soin extrême pour le cadrage. Un classique du cinéma mondial.

#2 Providence – 1977

Dans le dédale de la mémoire d’un vieillard le temps d’une nuit… Souvenirs, images rêvées, personnages inventés – le brouillard mental enivre le spectateur, guidé entre fantasmes et réalité. Sans doute l’un des films les plus originaux de Resnais, une référence ultime consacrée par sept césars.

#3 Mon oncle d’Amérique – 1980

Resnais innove et enrôle dans son récit Henri Laborit, neurobiologiste. Trois histoires d’hommes et de femmes – somme toute banales – dont le scientifique déchiffre les mécanismes de domination et de soumission. Les explications théoriques sur le fonctionnement du cerveau ne viennent jamais défigurer la narration cinématographique qu’une fois encore Resnais élève au plus haut niveau.

#4 Smoking/No Smoking – 1993

César du meilleur film, voilà l'exemple type du cinéma de Resnais. Théâtral, fantaisiste, ludique mais aussi exercice de style précis et rigoureux, Smoking/No Smokingmontre deux personnages (interprétés par Sabine Azéma et Pierre Arditi) qui nous proposeront alors six versions de leur propre vie. En fonction du choix que fait l'un d'entre eux, au début de chaque film, à savoir de fumer ou pas une cigarette. Film sur le destin et le hasard, une leçon de cinéma. Et un nouvel hommage à ses acteurs, qu'il aimait tant.

#5 On connaît la chanson – 1997

Quand le film sort, Resnais a septante-cinq ans. Et pourtant, il s'agit là du film français le plus rafraîchissant et joliment naïf de cette année 97. Couronné césar du meilleur film, il utilise une histoire prétexte (un couple installé dans la routine voit son quotidien bouleversé par le retour d'un ancien amant) pour permettre une fois de plus à Resnais de s'amuser avec le genre cinéma. A de nombreuses reprises, des morceaux de chansons populaires sont en effet intégrés dans le film et interprétés en play-back par les personnages qui s'approprient alors le sens des chansons. Un pur bonheur.

#6 Les herbes folles – 2009

C'est l'histoire d'une femme qui se fait voler son sac à la sortie d'un magasin. D'un voleur qui en jette le contenu dans le parking d'un centre commercial. Et d'un homme qui ramasse ces papiers au pied de sa voiture et va s'éprendre d'amour pour la dame. C'est aussi, à près de nonante ans, une véritable œuvre de jeunesse sur la folie qu'est l'état amoureux. Le film, drôle en plus, d'un garnement qui jouit encore à la seule idée de parler d'amour et de désir. Prix exceptionnel du jury au festival de Cannes.

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