Alain Chabat: « Venez avec vos problèmes! »

Dix ans après Astérix et Cléopâtre, Alain Chabat se penche sur un autre joyau de la bande dessinée belge: Le marsupilami.

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Rencontre avec un homme de cinquante-trois ans qui aime encore bien l’humour pipi-caca.

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Le Tintin de Spielberg était très respectueux. Vous, par contre, vous vous plaisez à prendre vos libertés. Pourquoi?
Alain Chabat – Parce que c’est ma nature. Mais je fais aussi très attention à ne pas trahir l’œuvre originale. Dans le film, j’ai mis mon humour. Je voulais être fidèle au personnage et libre autour. Comme je l’avais fait pour Astérix.

Franquin est un artiste qui vous passionne?
Oui, totalement. Ce que j’aime, c’est que l’on peut lire son œuvre de mille façons différentes. Je peux la lire en ne regardant que l’artiste et son trait. Je peux la lire d’un point de vue presque politique, en regardant comment il arrive à placer son point de vue sur la vie sans en avoir l’air. Je peux la lire pour pleurer de rire. Je peux aussi la lire à l’ancienne, en suivant follement les aventures dans lesquelles il m’embarque. De Spirou à Gaston, c’est une œuvre magistrale.

Pourquoi avoir choisi le marsupilami?
Je ne sais pas pourquoi. Ça revenait tout le temps en fait. Je n’ai pas de réponse rationnelle mais obsessionnelle. Chaque fois que je laissais tomber, il revenait… Je suis content de parler de ce film en Belgique car vous percevez la grandeur de la bande dessinée. Ailleurs, on me dit que tout cela est enfantin. Les journalistes ont tendance à réduire la bande dessinée à Mickey. En Belgique, vous savez que ça va bien plus loin que ça, qu’elle n’est pas qu’un art enfantin, un peu vide.

Justement, vous avez fait gaffe à ce que le film ne soit pas enfantin?
J’ai fait gaffe à ce que les enfants ne soient pas paumés. Car moi, j’ai plus l’impression d’être parti sur un film adulte. J’ai fait une comédie d’aventures susceptible de plaire à toutes les tranches d’âge. Dans ma carrière, je trouve que Didier ou le jeu Burger Quiz étaient des projets pour enfants. Il y a toujours chez moi un truc un peu bêta. Ce que je veux conserver dans mon travail, c’est ma capacité de curiosité et d’émerveillement. Exactement comme un enfant.

Votre film sort en pleine campagne présidentielle française. Ça vous plait?
D’un côté, ça m’inquiète. Je me dis que les gens sont tellement braqués sur cette campagne qu’ils ne doivent pas avoir envie d’aller au cinéma. Mais plus le jour de la sortie approche, plus je me dis que ça tombe peut-être bien. En fait, j’ai envie de dire aux gens: après tout, venez avec vos problèmes. Nous, on va essayer de vous embrouiller pour qu’au bout d’un quart d’heure, vous soyez en Palombie à la rencontre d’une petite bestiole jaune et noir. On va vous embrouiller en vous faisant rigoler, histoire que vous ne pensiez à rien d’autre pendant une heure trente. On va vous divertir. Si je parviens à distraire les gens dans cette période de merde, alors j’estimerai avoir bien fait mon job.

Est-ce qu’en pleine crise, le boulot des humoristes est encore plus important que d’habitude?
Non, je ne crois pas. Il faut pouvoir se recentrer par rapport à ça. On a tous un truc à faire sur terre pour que la vie soit un peu plus belle autour de nous. Chacun le fait à sa façon. En l’occurrence, chez moi, ça passe par le cinéma. Par le fait de faire des films qui sont censés faire plaisir aux gens. C’est mon travail de citoyen, de vie quotidienne. Ce n’est rien de plus que ça. Mais je le fais avec cœur et le mieux possible. Donner la banane aux gens, ça fait du bien…

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