Alain Chabat: « Je n’ai honte de rien! »

Nul en chef, réalisateur de premier choix et acteur tout-terrain, Alain Chabat fait définitivement houba au cinéma!

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Turf est signé Fabien Onteniente, alias Mister Camping, spécialiste de l’humour assez convenu. Pas vraiment votre genre à première vue…
Alain Chabat – Le cinéma de Fabien est ce qu’il est! Une frange du public déteste ça, allant même jusqu’à le trouver honteux. Tandis que d’autres prennent ses films comme un moment de détente. Et ne se posent pas plus de questions que ça. De toute façon, quand vous êtes acteur et pas réalisateur, comme c’est mon cas dans Turf, vous vous laissez prendre en main…

Au point de devenir un acteur inerte, qui suit aveuglément ce qu’on lui demande de faire ?
Pas loin! À certains moments je lui disais: "Franchement, je ne comprends pas mais je te fais confiance. Je suis acteur, donc vas-y! Explique-moi comment tu veux que je le dise! Mais je ne vois pas où est la vanne là-dedans." Et quand j’entends des gens rire ensuite, je me dis qu’en fait, Onteniente capte sans doute un truc que je ne perçois pas. Je ne comprends pas toujours l’humour des autres. Mais je m’adapte.

Et vous comprenez chaque fois pourquoi, vous-même, vous faites rire?
J’incarne mon unique baromètre! Je n’ai pas de recette, mais je me fais juste confiance. Je me dis que si ça me fait marrer moi-même, il y une chance que ça en fasse rire quelques autres. De toute façon, je n’ai honte de rien! Il faut croire que je suis humoristico-compatible avec assez bien de gens! Parce que mon instinct me trompe rarement. Parfois, je me plante. Mais mon pressentiment me guide assez souvent vers les bonnes idées, les bons projets…

Que ce soit en tant que réalisateur ou acteur, qu’est-ce qui vous attire dans un projet?
A.C. – Ce que j’aime, c’est le grain de sable. Ce sont les erreurs, les faiblesses qui me plaisent. Comme dans Turf, mon personnage est un loser. Il perd son pognon, sa femme… Sans fissures, aussi petites soient-elles, il n’y a pas d’histoire, pas de film et pas d’humain. Dans le cinéma fantastique particulièrement, j’adore le ratage de l’"équation cosmique", l’ange qui merde. C’est ma part de gosse qui ne veut pas grandir trop vite. Tous les mômes possèdent un regard en diagonale. L’enfant ne dispose pas de toutes les clés, il vit dans des croyances fausses. Et son existence est basée sur ces erreurs. Lorsqu’on lui apprend quelque chose qu’il ignorait complètement et qui change son monde, c’est un moment extraordinaire! Le petit Parisien qui croit que les voitures du monde entier sont immatriculées "75"! Un jour, vous lui expliquez que ce n’est pas le cas. Et sa vision de l’univers change. Voire s’effondre carrément…

Et votre univers, il s’effondre à quel moment?
Professionnellement, même après plus de trente ans de carrière, je suis encore souvent touché par les critiques négatives. Par exemple, après les quatorze millions et demi de spectateurs d’Astérix, n’importe quoi devient un échec. RRRrrr !!! a tout de même totalisé un million sept cent mille entrées! D’accord, l’accueil a été moins bon. Mais je ne sais pas quelle leçon en tirer. Je comprends l’enthousiasme absolu d’une poignée de fans qui me disent: "C’est un chef-d’œuvre de l’absurde", et je comprends la déception d’une autre frange qui m’engueule: "Il est pourri, ton film!"

Mais avoir travaillé pour la télé apprend à relativiser les échecs, non?
Quand j’étais présent à la télé au quotidien, comme du temps des Nuls, la critique me touchait moins. Parce que quand vous faites un truc génial, vous n’avez pas le temps d’entendre ceux qui vous félicitent. Car vous pensez déjà au sketch du lendemain. Et quand vous vous plantez, il faut aussi de toute façon se remettre au boulot sans trainer. Bref, ce qui compte, c’est le bilan final. Comme le bulletin scolaire. En espérant que les bons moments aient chassé les mauvais. J’ai appris que ce n’était pas grave de se planter. Même si ce n’est jamais agréable de se faire descendre.

Dans ces moments-là, on regrette d’avoir choisi une carrière médiatique, donc très exposée?
Je pense souvent à mon père, qui me disait: "Trouve-toi un boulot sérieux et fais ce que tu aimes à côté!" J’ai finalement bénéficié de la chance de faire ce que j’aimais à temps plein. Même si je le paie parfois très cher! Mais c’est la loi du genre. Le truc dangereux, c’est que si, durant un moment plus ou moins long, je n’entends que des gens me dire que je suis con, je finis par le croire… J’espère pour eux, que les débutants actuels sont plus solides moralement que je ne l’étais à leur âge… Parce qu’aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, plus aucun plantage ne passe inaperçu.

Reste-t-il une possibilité de reformation des Nuls?
Je n’en sais rien! Même s’il y a 99,9% de chances que cela n’arrive jamais, j’aime me laisser cette porte ouverte. Me dire qu’il y a 0,01% de chance que cela se fasse un jour. C’est un peu comme le mec raide dingue amoureux d’une nana: elle lui répond qu’il y a un dixième de pourcent de chance qu’elle finisse par sortir avec lui. Et lui, il n’entend que le mot "chance". Donc, il se dit qu’un jour peut-être…

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