Alain Bashung: Reprises-surprises

Ses héritiers lui rendent un bel hommage. A la fois décalé et respectueux.

30009

Intégrale, live, DVD, best of,biographie… Nous ne savons pas très bien – mais on le devine – ce qu'aurait pensé Alain Bashung de cette cascade d'hommages, parfois irritants dans leur redondance, depuis sa disparition voici deux ans. Par contre, nous sommes convaincus qu'il aurait jeté une oreille attentive et exigeante sur cet album de reprises de ses chansons. Douze artistes pour douze morceaux tirés d'une œuvre magistrale, ça provoquera bien sûr des débats. Pourquoi la présence de l'obscur 2043 et pas la moindre trace de La nuit je mens? Que cache la maladroite surexposition de Noir Désir qui ouvre l'album avec une relecture trop maniérée d'Aucun express?Pourquoi les BB Brunes au générique et pas notre Arno qu'on aperçoit pourtant dans le DVD making of proposé en bonus?

Eh bien non, nous ne ferons pas la fine bouche, car tout se tient ici. "Tels" sent la sincérité. Une seule écoute permet d'apprécier le courage de ces interprètes. Sans se concerter, ils répondent chacun à leur manière aux critères que s'est imposés Gaëtan Roussel avant d'enregistrer sa cover de J'passe pour une caravane. "Quand on fait une reprise de Bashung, il convient d'être à la fois décalé et respectueux." De son côté, Miossec reconnaît qu'il a dû réfléchir à deux fois avant de monter aux barricades. "Mon album préféré de Bashung est "Play Blessure". Mais voilà, on ne touche pas à "Play Blessures"." Il a finalement osé Osez Joséphine et s'en sort très bien.

Deux femmes sont également embarquées dans cette aventure et offrent deux moments de grâce. Vanessa Paradis avec une version guitare/voix d'Angora et Keren Ann -décidément en grande forme cette année – avec son interprétation éthérée du cultissime Je fume pour oublier que tu bois tiré de l'album "Roulette russe". BB Brunes justifie son choix de Gaby Oh Gaby par le fait que ce premier tube de Bashung parle encore à la génération iPod. N'en déplaise aux censeurs, c'est une réussite bluffante. Et malgré les efforts de Benjamin Biolay (Ma petite entreprise)et la finesse de M (Madame Rêve),c'est Christophe et son héritier Raphael qui atteignent les sommets. Christophe impose un voyage électro futuriste à Alcaline, chanson que Bashung considérait du reste comme un clin d'œil à l'auteur d'Aline. Quant à Raphael, malin comme tout, il attend son heure pour se réapproprier L'apiculteur sur fond d'orgue funèbre et de guitares saturées. Magistral.

Alain Bashung
Tels
Universal

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