Air voyage dans la Lune

Le très chic duo versaillais offre un soundtrack psychédélique au chef-d'œuvre de Georges Méliès. Cosmic rock...

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Air n’a pas attendu Georges Méliès pour s’intéresser à l’espace. Avec un premier album intitulé "Moon Safari" et des chansons aux titres évocateurs comme Kelly Watch The Stars ou Surfing On A Rocket, leur musique tout entière semble évoquer l’apesanteur. "Richard Branson a pris "Moon Safari" dans la playlist du premier vol spatial", annoncent-ils fièrement. "Le voyage dans la Lune", pourtant, est moins accessible, plus rugueux que d’ordinaire. Présenté à Cannes en mai dernier, ce soundtrack du film de Méliès paru en 1902 (mais restauré et re-présenté à Cannes l'an dernier) est une commande passée très tardivement. Nicolas Godin et Jean-Benoît Dunckel ont eu à peine trois semaines pour l’écrire, mais ont tenu à relever le défi. "On avait des musiques en réserve. Quand on est musicien, on a des mélodies en tête, toujours des trucs qui traînent. Et puis c’était un film de 14 minutes, ça ne paraissait pas insurmontable."

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Et vous en avez fait un album de plus de 30 minutes…
Nicolas Godin – Nous avons découvert que pour un film muet, il fallait faire une musique pour chaque scène alors que dans un film normal, on crée un thème qu’on fait évoluer. A la fin, on s’est rendu compte que ce que nous avions fait ressemblait à un album. Et on l’a complété parce qu'un album de 14 minutes, ça faisait un peu short…

L’exercice est quasiment psychédélique par moments.
N.G. – Autant Méliès a été peu visionnaire scientifiquement parlant, autant il a vu avant tout le monde le Londres des années 60 avec les Stones, les Beatles, les champignons hallucinogènes… Sur la pochette de "Their Satanic Majesties Request", les Stones sont habillés comme les héros du film et la parade finale, c’est clairement "Sgt. Peppers".

La bande originale que vous avez réalisée pour Virgin Suicides, le film de Sofia Coppola, est une réussite majeure. Une musique de film, c’était un rêve de musicien?
Jean-Benoît Dunckel. – Pas vraiment. Mais la musique de film nécessite d’avoir un vocabulaire musical beaucoup plus étendu. Ça nous a permis de faire des choses qu’on n’avait pas faites avant. Comme il faut suivre l’image, ça donne des structures très étranges. Il y a aussi des contraintes imposées par le réalisateur qui veut des violons ou qui souhaite un thème répétitif, ou encore un crescendo… On ne ferait pas ça dans des chansons.

Sofia Coppola était très directive?
N.G. – Non, mais en revanche, elle a fait ce qu’elle voulait de la musique qu’on a proposée. On n’avait aucun moyen de contrôle. Ici, c’était très différent. Georges Méliès n’est plus de ce monde et les délais étaient tellement courts qu’aucun producteur n’a rien pu nous dire. Ils étaient déjà tellement contents d’avoir la musique pour le Festival de Cannes…

Les chanteuses invitées sur l'album sont les filles du groupe Au Revoir Simone et Victoria Legrand de Beach House. Celle-ci est aussi la nièce de Michel Legrand. Un hasard?
N.G. – Au Revoir Simone, on les connaît très bien, on a fait une tournée mondiale avec elles en première partie. Mais Victoria Legrand, on ne la connaît pas, on s’est juste parlé au téléphone. On adore son groupe Beach House. Cela dit, on adore aussi Michel Legrand. Dimanche soir, j’ai encore vu Le sauvage de Rappeneau, avec Deneuve et Montand. Un film dont il a fait la musique. Et c’était vraiment une pure beauté, bouleversant. Mais j’aime plus encore ses musiques pour L’affaire Thomas Crown et Peau d’âne.

Quelles sont vos musiques de film fétiches?
N.G. – Celles d'Ennio Morricone, John Barry, John Williams… Mais c’est vrai que l’âge d’or de la musique de film s’est un peu perdu. C’est devenu hyper-rare qu’on sorte d’un film en chantant la musique. On ne retient rien. Alors qu’à l’époque des James Bond, des westerns, des musiques de Michel Legrand… Aujourd’hui, la musique accompagne les films alors qu’à cette époque-là, la musique et le film faisaient une offre commune.

Vous avez toujours semblé jouir d’une liberté artistique absolue qui fait tant défaut en ces temps de formatage.
N.G. – Pour nous, c’est la chose la plus naturelle qui soit. Quand j’entends dire: "j’ai pris des risques sur cet album", ça me fait marrer. On prend des risques quand on va à la guerre. Prendre des risques quand on est artiste, c’est la moindre des choses. Etre artiste, c’est faire ce qui vous passe par la tête. Et si vous avez de la chance, vous en ferez un tube. Nous, deux ou trois fois dans notre vie, on a fait des petits tubes par hasard et ça c’est génial. Quand l’original devient commercial, c’est le plus beau cocktail qu’il puisse y avoir. L’autre jour, je lisais un magazine où Nicola Sirkis d’Indochine reparlait de leur tube J’ai demandé à La Lune. Faire quelque chose de complètement décalé et arriver à toucher les gens d’une manière universelle, c’est ça le génie.

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