8 mai, oui mais quoi?

On a vérifié ce que nos ados savent de 39-45, alors qu'on s'apprête à commémorer le 70eanniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Mais on a aussi appris quelle importance cette page d'histoire avait encore à leurs yeux.

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Après les commémorations de 14-18, c'est une autre vague de d'images qui déferlent sur nos écrans, pour célébrer le septantième anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe. A cette occasion, nous avons voulu sonder l'état des connaissances des ados d'aujourd'hui, de 15 ou 16 ans. De jeunes garçons, de jeunes filles, dont les grands-parents étaient à peine nés – et encore – quand les hostilités ont commencé. Deux classes du collège Sainte-Gertrude, à Nivelles, se sont successivement prêtées au jeu, chacune durant une heure de cours.

Première question… et premier grand silence: pourquoi vient-on les interroger sur la Seconde Guerre mondiale précisément en cette période? Une jeune fille se lance quand même: "C'est bientôt l'anniversaire de la fin de la guerre, un truc qui a été signé, genre en mai…". Dans le fond de la classe, quelqu'un glisse timidement: "Armistice…". En fait, une capitulation: l'armistice, c'était en 14-18. Mais qu'importe, la glace se brise peu à peu. Les questions de base, d'abord. Quels pays se battant faisaient partie des Alliés? On soumet quelques propositions. La Belgique? C'est un "oui" unanime. La France et l'Angleterre aussi.

Moins facile: la Russie. Il y a débat. Qui pense que l'Union soviétique se battait aux côtés des Alliés? Ils sont quatre. Qui pense qu'elle était dans le camp de l'Allemagne? Ils sont un peu plus. Voilà donc le plus féroce ennemi de l'Allemagne nazie aujourd'hui rangé dans le mauvais camp. Quarante ans de guerre froide ont sans doute laissé des traces. Quoique… l'anticommunisme ne semble pas leur être autrement familier. Quand on leur demande pourquoi Hitler était obsédé par l'anéantissement de l'URSS, les réponses les plus spontanées sont, pour l'un: "Ils étaient beaucoup", pour un autre: "Ils avaient des armes chimiques!" Peut-être les récentes tensions entre l'Occident et la Russie…

Quelles étaient les trois principaux pays à composer les forces de l'Axe? L'Allemagne est reconnue immédiatement. Pour le reste, c'est moins clair. Quelqu'un essaie timidement la Pologne. L'Italie est citée, mais ici encore les avis sont partagés. Jusqu'à ce qu'une jeune cite le nom de Mussolini. Le Japon, lui, est rapidement identifié. Quant au rôle de l'Amérique, ils ont plutôt tendance à dater son entrée en guerre en 1944, lors du Débarquement ("à Calais", précise une élève…), plutôt qu'en 1941. Pourtant, beaucoup d'entre eux admettent avoir vu le film Pearl Harbor.

Passons au rôle de la Belgique. Combien de temps a-t-elle résisté aux assauts hitlériens? Les récentes commémorations de 14-18 ont peut-être embrouillé les esprits. "Quatre ans", entend-on dans le fond de la classe. "Pas longtemps", objecte un autre. Que veut-il dire par là? "Moins d'un an". On précise qu'on est encore loin du compte, "Après deux heures!",essaye un comique. Toute la classe pouffe. Sauf qu'il est moins loin de la vérité que ses camarades. La Belgique, en 40-45, a tenu 18 jours.

Hitler, ce loser

Le bilan, maintenant. À l'échelle du monde, combien de morts? Soyons justes, la plupart des adultes trouveraient cette question difficile. "800.000" tente un gamin dans le fond, "7 millions" à droite, "8 millions",à gauche. Les enchères montent, jusqu'à ce qu'une jeune fille, tout étonnée d'y parvenir par hasard, annonce le compte exact: "60 millions". Nous abordons alors la question plus sensible de la Shoah. En la liant à la récente actualité de Jean-Marie Le Pen, condamné pour avoir redit que les chambres à gaz ne constituaient qu'"un détail de l'histoire". Nous leur demandons quels arguments ils opposeraient à cette affirmation. Immédiatement, c'est le nombre de victimes du génocide juif qui est cité. Un nombre qu'ils situent d'ailleurs avec assez d'exactitude, entre 4 et 5 millions, soit un million de moins que les estimations récentes. Puis, une jeune fille ajoute: "C'étaient des innocents…".     

Autre sujet: les conséquences de la Seconde Guerre mondiale encore visibles aujourd'hui. Une question qui relève de l'abstraction pour ces enfants nés après la chute du Mur. Tout à coup, une jeune fille, parmi les moins timides, se lance: "L'Allemagne a perdu sa dignité!" Intéressant, mais entend-elle par là la même chose que nous? "À la base, Hitler, il voulait se venger d'avoir perdu la première guerre et d'avoir été humilié. Et là, il perd la deuxième. C'est un peu la honte, quoi!" Ça se défend, même si ce n'est pas tout à fait ce qu'on avait imaginé…

Tandis qu'une de ses camarades assène: "A cause de la guerre, on n'aime plus les Allemands", la jeune fille de tout à l'heure poursuit. Pour finalement toucher, à sa façon, un point réellement crucial: "Il y a des blagues qu'on pouvait faire avant et qu'on ne pourrait plus faire aujourd'hui. Sur les Juifs. Il y en a encore qui les considèrent comme un sous-peuple. Mais nous, on ne peut plus". Ce qu'elle trouve d'ailleurs tout à fait légitime.

The Voice Stalingrad

Une heure plus tard, dans la classe de 5e, le contraste est saisissant. Leur prof explique: "Entre la quatrième et la cinquième, c'est vraiment l'année de l'éveil. Ils commencent à tracer des liens entre les différentes matières, à réfléchir par eux-mêmes". Et à s'exprimer, comme on va très vite le constater. Que représente le 8 mai? Un grand garçon blond, dans le fond, explique posément: "Les Allemands se sont rendus le 8 mai. Mais les Russes, à cause du décalage horaire, commémorent la victoire le 9 mai". Impeccable.

En fait, le plus intéressant ici n'est pas tant la précision de leurs réponses que les commentaires qu'ils s'autorisent. Un grand garçon jovial explique ainsi: "En fait, ils avaient commencé en Pologne. Mais tout le monde s'en foutait. Jusqu'à ce que ça arrive ici. Et là, ça a pété partout". Autre exemple, le sort d'Adolf Hitler. Ils savent qu'il s'était suicidé au moment de la capitulation allemande. Le jovial de tout à l'heure trace même un parallèle intéressant, avec un sourire en coin: "On a fait disparaître le corps d'Hitler pour ne pas en faire un objet de culte, comme pour Ben Laden".     

Mais, à propos, d'où tirent-ils leurs connaissances sur le sujet, puisqu'ils ne l'ont pas encore abordé au cours? La télé et ses documentaires, voire ses fictions, le plus souvent. Mais aussi quelques sources inattendues. Ainsi, l'un d'eux assure avoir lu des extraits de Mein Kampf ("complètement taré, ce bouquin…"). Le grand blond du fond, lui, possède une collection de livres sur les grandes batailles du conflit. "Et puis, de toute façon, mes grands-parents m'ont toujours parlé de cette époque à cœur ouvert…"

Quant à ce garçon aux cheveux noirs, il est servi par une expérience familiale assez singulière: "Mon arrière-grand-père a été capturé à l'Est, où il se battait aux côtés des Allemands. Il est parti dans les camps, puis il est revenu en Italie, d'où on l'a renvoyé. Il est alors venu travailler en Belgique". C'est lui qui, quand nous demandons quelle a été la plus grande bataille de la guerre, répondra sans hésiter: Stalingrad.

Et enfin, comment appréhendent-ils le fait de voir leurs chers écrans squattés à toute heure par des sujets sur la Seconde Guerre mondiale? "Avec 14-18 y a pas si longtemps, ça fait un peu beaucoup…, déplore l'un d'eux. Moi, s'il y a The Voice, je regarde The Voice." Sinon, une majorité semble penser que le sujet doit être vu. Même constat pour une éventuelle visite d'un camp de concentration. "C'est important d'y aller. Cela ne doit pas devenir obligatoire mais fortement conseillé…" Mine de rien, à ceux qui auraient nourri quelque inquiétude, ces ados semblent encore très sensibles aux leçons du "plus jamais ça".     

Délivrance: Noël 44 – 8 mai 1945, une fin de guerre

Jeudi 7, TF1 – 20h55

Soirée spéciale: Retour aux sources

Vendredi 8, La Une – 20h55

La guerre des sous-marins

Mardi 12, France 2 – 22h50 et 0h10

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