7 milliards d’amants

Pratiques, tabous, représentations... La sexualité à travers les âges, des grottes de Lascaux au porno 2.0.

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Quatrième épisode: le XXIe siècle, ou l'âge de tous les possibles…

Le revers de la médaille? Puisqu’on a désormais le droit de choisir sa sexualité, le plaisir doit être obligatoire.

Les années 70 ont apporté la révolution sexuelle, la pilule, l’avortement et le porno à la télé. Le XXIe siècle commence aussi très fort avec l’arrivée d’Internet et le mariage gay, légal depuis 2003 chez nous. Pour autant, s’aime-t-on mieux qu’au temps des Cro-Magnon ou d’une sexualité contrôlée par des siècles de morale chrétienne? En faisant sauter les carcans répressifs, les slogans de Mai 68 sont venus libérer les mœurs et la parole. Au son des "Jouissez sans entrave", "Faites l’amour, pas la guerre", "Mon corps est à moi", la liberté sexuelle est alors en marche. Pour quel résultat?

La réponse dans une édifiante Enquête sur la sexualité en France, publiée en 2006, dont on imagine qu'elle doit valoir peu ou prou aussi pour la Belgique. Qu'y apprend-on? Qu'en l’espace de trente ans, l’âge du premier rapport sexuel chez les femmes est passé de 21 à 17 ans. Que malgré la peur du sida, le nombre de partenaires dans une vie a presque quadruplé. Que l’activité sexuelle après 50 ans s’est raffermie. Et que certaines pratiques (comme la fellation ou la pénétration anale) se sont vulgarisées.

Dans l'intervalle, l’école a commencé à administrer des cours d’éducation sexuelle, l’érotisme puis la pornographie se sont affichés dans les salles de cinoche, faisant reculer les tabous. Et la censure avec elle. Il suffit de comparer l’évolution des scènes érotiques au cinéma. Dans les années 20, un baiser sur la bouche est déjà le comble du hot. Dans les années 50, Rita Hayworth retirait ses gants dans Gilda et faisait perdre la tête aux messieurs. Aujourd’hui, Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos s’éclatent au pieu sous la caméra d’Abdellatif Kechiche dans La Vie d’Adèle (sur nos écrans en octobre). Et obtiennent la palme d’or au dernier festival de Cannes en pleine polémique sur le mariage gay en France. Le revers de la médaille? Puisqu’on a désormais le droit de choisir sa sexualité, le plaisir doit être obligatoire. C’est la tyrannie de l’orgasme, qui fait entrer la sexualité dans l’ère de la performance. Bienvenue dans la sexualité compétitive. Qui en dit long sur nos sociétés occidentales construites sur le culte de la réussite. Il faut dire que Michel Foucault le premier, dans sa magistrale Histoire de la sexualité publiée en trois tommes chez Gallimard entre 1976 et 1984, avait déjà bien "dénaturalisé" la sexualité. Elle est désormais comprise comme une construction culturelle et sociale particulièrement révélatrice des rapports sociaux. Notamment de ce que les sociologues appellent les rapports "de genre". C’est-à-dire les rapports homme-femme.

La suite dans le Moustique de ce 31 juillet 2013.

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