1995: « Ecoutez du rap, vous comprendrez mieux vos enfants »

Le crew de rap parisien sort son premier album "Paris Sud Minute", hip hop old-school mais innovant. Un phénomène.

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Appeler son disque "Paris Sud Minute" en hommage à vos quartiers, c'est faire comme Jennifer Lopez quand elle chantait Jenny From The Block?
Alpha Wann – (Rire.) Non, parce que techniquement elle venait d'un quartier riche dans le nord du Bronx.
Sneazzy – Il connaît même l'histoire de J.Lo!
Alpha Wann – On vient vraiment tous de Paris sud, nous. Le "minute" vient d'une expression new-yorkaise qui dit qu'il se passe plus de choses en une minute à New York que n'importe où ailleurs. On voulait explorer ce concept et le transposer dans nos quartiers. Et puis, tout a déjà été dit sur le nord de Paris et ses banlieues.

L'enregistrement s'est passé sans embrouilles?
Sneazzy – Oui! On a construit notre propre studio, donc nous n'avions plus de limites horaires, on dormait souvent sur place. Ça a été deux mois intensifs.
Fonky Flav' – On a surtout eu beaucoup de pression, parce qu'on était très en retard. Enregistrer 17 titres en deux mois, c'est un record. Dans cet album, on montre vraiment ce dont on est capables. Il y a une véritable attente, de nos fans comme de nos détracteurs, donc nous voulions être au top.

Vous parlez beaucoup des problèmes rencontrés au début de votre jeune carrière. Vous pouvez nous en dire plus?
Fonky Flav' – Très vite, certaines personnes ont senti un potentiel chez nous. Ils ont tenté de nous mettre le grappin dessus alors qu'ils n'avaient pas du tout d'argent pour gérer derrière. Ils se sont cassé les dents sur de la pierre. Du coup, nous sommes très méfiants, on se protège. C'est ce qui a fait ce que nous sommes aujourd'hui: on travaille en indépendance, on a créé notre label, on fait tout contresigner par nos avocats… Un mal pour un bien finalement.

Vous critiquez la coke dans Pétasse blanche mais n'hésitez pas à faire l'apologie de la marijuana dans d'autres morceaux. C'est un sacré parallèle entre le monde de la hype et celui de la rue. Une façon de montrer à vos potes que vous n'avez pas changé?
Fonky Flav' – Si la weed a été légalisée dans plusieurs pays, c'est pour une bonne raison. La coke est devenue vraiment banale, les jeunes commencent à se dire que c'est cool d'en prendre vu qu'ils voient ça dans tous les clips. Nous voulions prendre le contrepied.
Hologram Lo' – La coke, c'est une drogue qui fait pitié.
Alpha Wann – Nous n'avons pas fait ce morceau dans un trip moralisateur, on veut juste signaler les dangers de cette substance au lieu de faire comme tout le monde et dire que c'est génial. Mais chacun fait ce qu'il veut.

Sneazzy – Je ne veux pas que mes enfants grandissent dans un monde où prendre de la coke est aussi banal que de prendre un café. Donc on fait ce qu'on peut pour éviter ça.

Vous répondez quoi aux gens qui disent que vous êtes un boys band du rap?
Alpha Wann – (Rire.) Que c'est vrai!
DJ Lo' – Une bande de beaux gosses qui font de la musique et des chorégraphies: c'est nous. Je ne vois pas où est le mal. (Rire.)

Vous êtes très solidaires avec les rappeurs peu connus que vous appréciez. Vous n'hésitez pas à les tirer vers le haut. On ne voit ça que dans le rap. Comment expliquez-vous ça?
Fonky Flav' – C'est un délire de partage. Nous sommes arrivés avec plein de gens et nous sommes les premiers à percer. Du coup, on les aide comme on peut. Chacun aura son heure de gloire.
Hologram Lo' – Quand je produit un E.P. avec Caballero (rappeur belge – NDLR) et Lomepal, c'est surtout parce qu'il y a une bonne entente derrière. Le reste, je suis content de le partager.

Sortir un disque le 31 décembre, ça ne se fait jamais. C'est un pied de nez à la prophétie ou à la profession?
Sneazzy – Un peu des deux. Tout le monde matraque ses disques avant les fêtes, donc la période est très creuse pour l'instant. Ça nous laisse le champ médiatique complètement libre. C'est aussi un risque à prendre, mais on compte sur nos fans. S'il ne décolle pas la première semaine, ce sera pour la deuxième semaine!

Quel est le plus gros malentendu concernant 1995?
Sneazzy – Quand on dit qu'on est des petits bourges qui n'ont rien vécu. Qu'on fait du rap alors qu'on n'a rien à dire. Les gens qui lâchent ça peuvent se taire.
Alpha Wann – Juger par l'apparence, c'est trop facile. C'est limite raciste.

Vous allez jouer au Palais des Sports de Paris, comme NTM à l'époque. C'est un gros challenge…
Alpha Wann – Nous avons déjà fait le Zénith, le Bataclan et l'Olympia en termes de prestige. Complets à chaque fois. On a envie de prendre des risques et faire des choses que les autres ne font pas.
Fonky Flav' – Je me délecte des gens qui me disent qu'on va se planter. On va leur prouver le contraire.

Vous êtes plutôt du genre à voir le verre à moitié plein ou à moitié vide?
Hologram Lo' – Je ne bois plus d'alcool…
Fonky Flav' – J'ai tendance à me dire que tout est possible dans la vie. Et on le prouve chaque jour.
Sneazzy – Je suis pessimiste mais super-ambitieux. Donc les deux s'annulent. Si je vis un échec: c'est pas grave, ça ira mieux après. On a pris assez de claques pour mesurer la valeur des choses.

C'est qui le plus mégalo du groupe?
Alpha Wann – On est tous extrêmement mégalos… Et on a intérêt à l'être!

Vous diriez quoi aux parents qui ne veulent pas que leurs enfants écoutent du rap?
Hologram Lo' – En leur interdisant, ils auront d'autant plus envie de le faire. C'est ce que mes parents faisaient et ça a eu l'effet inverse au final.
Sneazzy – On peut aussi dire aux adultes d'écouter du rap, ils comprendront mieux leurs enfants. Il n'y a rien de violent dans notre musique. On est loin du bling-bling que balancent d'autres rappeurs…

Percer dans le rap, c'est un rêve qui se réalise. C'est quoi le prochain?
Sneazzy – Ce n'est pas vraiment un rêve, la musique est venue à moi. Je voulais être footballeur, tant que je ne le deviens pas, mon rêve ne se réalisera pas.
Alpha Wann – Je veux être tranquille toute ma vie.
Fonky Flav' – Et mettre ma famille à l'abri du besoin. Si on arrive à faire tout ça, on sera heureux. On ne demande rien de plus.

 

1995
"Paris Sud Minute"
Polydor

Le 12/7 aux Ardentes.

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