1991: Et le grunge fut

Il y a 20 ans, "Nevermind" de Nirvana inaugurait la mythologie du grunge dont la capitale fut Seattle. Petite brocante d'actualité.

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C’est difficilement imaginable aujourd’hui. Voici tout juste vingt ans, il n’était pas primordial d’avoir beaucoup d’amis sur Faceboook ou de lancer son application iPad pour devenir hype. Non, il fallait venir de Seattle.

C’est là, des caves humides de cette ville terne de l’État de Washington, qu’une poignée de groupes au son brouillon et aux guitares turbulentes émergeait pour cracher son mal-être à la face du monde. Tout était en place pour la révolution: des hit-parades sclérosés par les ballades de Bryan Adams ou la pop peroxydée de Roxette, une jeunesse minée par les frustrations et une industrie du divertissement à la recherche d’un nouveau souffle.

Que reste-t-il aujourd’hui de cette scène de Seattle? Pas grand-chose, en fait. Pearl Jam est le seul groupe issu de cette génération qui a encore une actualité pertinente. « Nevermind », chef-d’œuvre emblématique de Nirvana, n’a rien perdu de sa force et est un classique au même titre que le « White Album » des Beatles ou « Pet Sounds » des Beach Boys.

Contrairement à la plupart des groupes de Seattle qui misaient tout sur l’énergie, Kurt Cobain privilégiait les chansons et celles-ci ont bien vieilli. Mais la bonne nouvelle est peut-être ailleurs. En cet automne 2011, les hit-parades sont sclérosés, la jeunesse bout un peu partout et, avec tout le respect qu’on a pour eux, il ne faut pas compter sur Coldplay pour secouer le cocotier. La relève ne saurait tarder…

La réédition: Nirvana, « Nevermind 20th Anniversary »

Sorti le 24 septembre 1991, « Nevermind » est sans doute l’un des derniers albums rock à avoir créé un vrai choc culturel. En quelques mois, le trio de Seattle va passer du statut alternatif à celui de mainstream, se permettant même le luxe de déloger Michael Jackson (avec « Dangerous ») de la première place du Billboard en janvier 1992. Il s’en est vendu trente millions d’exemplaires. Même si on peut se demander ce que Kurt Cobain aurait pensé d’une version anniversaire « deluxe » remastériséede « Nevermind », celle-ci vaut le détour, notamment pour les nombreuses archives qu’elle propose en outre de la version originale des impérissables Smells Like Teen Spirit, Come As You Are, Lithium ou autre Polly.

Voir aussi: ce que Moustique en disait en 1991

Le modèle: Pearl Jam

On aime ou on déteste Pearl Jam et souvent pour les mêmes raisons. Mais le groupe d’Eddie Vedder reste un modèle d’intégrité. En vingt ans, Pearl Jam n’a jamais donné deux fois le même concert, s’est toujours focalisé sur la musique en se tenant à l’écart du business et a instauré une relation privilégiée avec ses fans. C’est aussi le seul groupe grunge qui a su renouveler son public. Réalisé par Cameron Crowe (Singles), le documentaire Pearl Jam Twenty retrace sans concession leur parcours exemplaire. Le soundtrack est déjà sorti. Le DVD est annoncé pour novembre.

Le look: Grunge et néogrunge

Chemise à carreaux, jeans troués, chaussures de chantier, cheveux longs et gras. Les premiers groupes grunge n’ont pas inventé un look comme les punks qui fréquentaient les boutiques de Carnaby Street. Non, ils s’habillaient comme ça dans la vie pour aller au lycée, au dinner ou à l’usine. « Quand j’ai vu débarquer des touristes japonais dans le centre de Seattle et que les commerçants leur vendaient toute la panoplie du bûcheron à des sommes astronomiques, j’ai compris que ça tournait au cirque »,commente aujourd’hui Eddie Vedder, leader de Pearl Jam et initiateur, bien malgré lui, de la mode grunge. Ah oui, la maison Chanel remet les chemises à carreaux au goût du jour dans sa collection automne.

Le parrain: Neil Young

Il fait l’unanimité auprès des formations grunge, et pas seulement parce qu’il porte des jeans troués et des chemises – canadiennes – de bûcheron. Sorti en 1990, son album « Ragged Glory » enregistré avec le Crazy Horse marque profondément des groupes comme Nirvana et Pearl Jam par la violence de son propos (Fuckin Up, Mansion On The Hill)et ses sonorité brutes. Les musiciens de Pearl Jam ont été enrôlés par Neil Young pour le disque « Mirror Ball » et ont joué ensemble au Pukkelpop en 1995.

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Le DVD: 91: The Year Punk Broke

Sorti en VHS à l’époque, le documentaire 91: The Year Punk Broke est réédité en DVD à l’occasion du vingtième anniversaire de « Nevermind ». Le réalisateur Dave Markey suit les groupes Sonic Youth, Nirvana, Dinosaur Jr., Babes In Toyland ou encore Mudhoney en tournée européenne durant l’été 1991. Plusieurs séquences ont été captées au Pukkelpop. C’est juste avant que le grunge ne devienne mainstream. Le temps de l’innocence, un peu celui des vacances aussi et des concerts bordéliques. Kurt Cobain n’a jamais autant souri face caméra.

A l’occasion des 20 ans de « Nervermind » de Nirvana, retrouvez Laurent Debeuf en compagnie de Luc Lorfèvre et Laurent Rieppi pour une émission spéciale dédiée à cette nouvelle version Super Deluxe de l’album qui a changé la face du rock (et sans doute tué Kurt Cobain) et au mouvement grunge. Vous pourrez aussi tenter votre chance de remporter la lithographie de Nevermind de Nirvana ce 27 septembre via notre page concours sur www.classic21.be .Plus d’infos sur la spéciale Nirvana

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