?> Sept questions pour tout comprendre sur les pilules anti-Covid
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Sept questions pour tout comprendre sur les pilules anti-Covid

Un an après l’arrivée des vaccins, c’est au tour des médicaments d’entrer en scène. Grâce au Paxlovid et au Molnupiravir notamment, des milliers de patients pourraient être soignés chez eux et éviter l’hospitalisation.

pilule anti covid Paxlovid

Le traitement de Pfizer (Paxlovid) pourrait atteindre les 500 €. © BelgaImage

Trois comprimés à avaler deux fois par jour, pendant cinq jours. Simple, rapide, et visiblement efficace, le médicament anti-Covid Paxlovid de Pfizer pourrait bien permettre aux hôpitaux d’enfin souffler, en réduisant le risque de mortalité chez les patients atteints du virus. La pilule est scrutée par les pays du monde entier, et pour cause: avec le Molnupiravir de Merck, c’est le premier antiviral par voie orale qui donne des résultats, quand les autres traitements disponibles nécessitent tous une prise en charge à l’hôpital. Les malades à risque du Covid pourraient donc bientôt se soigner chez eux, grâce à une petite boîte de comprimés dans le placard.

Déjà utilisée aux États-Unis et en Israël depuis fin décembre, en Europe la pilule anti-Covid doit encore être formellement autorisée par l’Agence européenne des médicaments. En attendant, les pays peuvent déjà acquérir des doses, urgence de la situation oblige. La boîte de Paxlovid a donc débarqué dans les pharmacies françaises début février et devrait arriver en Belgique d’ici mars. Peu de monde, pourtant, en verra vraiment la ­couleur… Explications en sept questions.

1. Comment ces pilules fonctionnent-elles?

Paxlovid et Molnupiravir sont deux antiviraux, sous forme de comprimés à avaler. Le premier, développé par Pfizer, est un traitement spécialement conçu contre le SARS-CoV-2. Paxlovid est le fruit d’une association entre deux médicaments: une nouvelle molécule, appelée nirmatrelvir, qui bloque la réplication du virus; et le ritonavir, un comprimé déjà utilisé dans le traitement contre le VIH, qui ralentit la destruction de la première molécule dans l’organisme pour en prolonger l’effet. “Le principe du médicament est d’intervenir dans une ou plusieurs étapes de réplication du virus, en bloquant ainsi la charge virale”, explicite le ­professeur émérite en maladies infectieuses Nathan Clumeck, auteur du livre La menace virale. Pour être efficace, le traitement doit donc être administré dès les premiers symptômes, dans les cinq premiers jours de l’infection. Passé ce délai, la maladie a déjà eu le temps de s’installer et le médicament ne peut plus agir correctement. Même principe pour le Molnupiravir de Merck, dont la molécule est, elle, connue depuis les années 80. Il est initialement destiné à soigner la grippe et l’hépatite C, mais présente des effets bénéfiques contre le Covid-19.

2. À quel point sont-elles efficaces?

Concernant le Paxlovid, l’étude clinique principale, réalisée sur un peu plus de 2.000 patients à risque, a permis de démontrer une réelle baisse du taux d’hospitalisation. Seulement 0,8 % des personnes atteintes du virus et ayant reçu le traitement ont dû être hospitalisées, contre 6,3 % chez les personnes ayant reçu un placebo. Membre de la Task Force Covid Therapeutics et directeur du département pharmacie de l’UNamur, Jean- Michel Dogné souligne que le Paxlovid offre un autre avantage: “Son mécanisme d’action est moins sensible aux variants, contrairement aux anticorps monoclonaux. Les premières données montrent ainsi que son efficacité est maintenue”.

De son côté, le Molnupiravir semble moins ­performant: après une première étude chiffrant son efficacité à 50 % de réduction du taux d’hospitalisation, une deuxième a finalement fait tomber ce pourcentage à 30 %. Si ce n’est pas encore le cas pour la pilule de Merck, plusieurs molécules ont déjà été recalées pour manque d’efficacité, comme la fameuse chloroquine.

Le Molnupiravir de Merck était initialement destiné à soigner la grippe et l’hépatite C. Mais il présente des effets bénéfiques contre le Covid-19. © BelgaImage

3. Pourquoi arrivent-elles après le vaccin?

En règle générale, estime Jean-Michel Dogné, il faut entre sept et dix ans pour développer un ­nouveau traitement. Comme pour le vaccin, le processus a été fortement accéléré cette fois-ci. “Une partie de l’industrie s’est concentrée sur le développement du traitement, tant au niveau humain que financier. La durée des études reste la même, mais les modalités administratives sont raccourcies, ce qui permet également d’aller plus vite.” Plus vite, oui, mais le Paxlovid arrive tout de même un an après les premiers vaccins. Nathan Clumeck explique: “Pour les vaccins, nous avons bénéficié de technologies déjà ­connues depuis des dizaines d’années, ou de recherches qui ont pu être transposées en ce qui concerne les ­vaccins ARN. Pour les molécules, il faut en tester des milliers pour trouver celles qui sont candidates, cela prend du temps”. Albert Bourla, directeur général de Pfizer, affirme dans un entretien au Figaro que 600 molécules ont pu être testées rapidement “grâce au pouvoir de l’informatique et des algo­rithmes”, afin de mettre au point le Paxlovid.

4. Qui pourra bénéficier de ces traitements?

Disons-le tout de suite, le Paxlovid ne deviendra pas le nouveau Dafalgan. Pour l’instant, seules 10.000 doses de la pilule de Pfizer et 10.000 doses de celle de Merck ont été commandées par la ­Belgique. Dans un premier temps, elles seront donc délivrées au compte-gouttes, dans le cadre d’une étude dont les contours doivent encore être fixés. “Des appels seront passés via les hôpitaux pour identifier des personnes qui pourront être incluses dans l’étude, selon des critères précis”, explique Jean-Michel Dogné. Passé cette phase d’étude, si les résultats de la pilule sont toujours concluants et qu’il est possible d’obtenir plus de doses, l’utilisation deviendra plus générale. “Mais avec des critères tout de même bien stricts car le médicament doit être réservé aux personnes à risque et ne doit pas entrer en interaction avec certains autres traitements.” Le laboratoire Pfizer espère pouvoir produire jusqu’à 120 millions de boîtes de Paxlovid dans le monde en 2022, dont une partie pourrait être élaborée en France.

5. Seront-elles disponibles en pharmacie?

Si des boîtes de Paxlovid ont déjà rejoint les rayons des pharmacies françaises, chez nous il faudra encore attendre. Lorsque le nombre de doses sera suffisant, estime cependant Jean-Michel Dogné, le traitement pourra être prescrit par le médecin et récupéré en pharmacie. À charge alors pour les médecins – ou les centres spécialisés, comme pour le VIH, pointe Nathan Clumeck – de déterminer à qui ce traitement sera bénéfique en fonction de critères précis et sur la base d’un test PCR positif. “Il ne sera pas prescrit aux personnes ayant un simple rhume, mais bien à celles vulnérables”, résume le professeur en maladies infectieuses.

La pilule anti-covid de Pfizer distribuée aux Etats-Unis. © BelgaImage

6. Combien cela va-t-il coûter?

Le tarif des fameux comprimés doit encore être négocié au niveau de la Commission européenne, mais aux États-Unis le traitement coûte entre 600 et 700 dollars. “C’est plus cher que les vaccins, c’est une évidence”, commente Jean-Michel Dogné. Une facture qui risque donc de coûter cher à l’État… mais dont les citoyens ne devraient pas ressentir directement le prix. “À mon avis, le traitement sera totalement remboursé, ou quasiment, pour autant que le patient rentre dans les critères.” Interrogé dans Knack, le virologue Marc Van Ranst estime que le remboursement pourrait dépendre du statut vaccinal du patient, ce que critiquent les professeurs Dogné et Clumeck. “Ce serait vraiment une discrimination.

7. Vont-elles permettre d’alléger les mesures sanitaires?

Ce n’est pas l’objectif premier, tranche d’emblée Jean-Michel Dogné. Je ne pense pas que le Paxlovid va, du jour au lendemain, empêcher toutes les ­hospitalisations, en tout cas pas de façon suffisante. Néanmoins, c’est une arme supplémentaire pour retrouver peu à peu une vie normale.” Si les pilules anti-Covid représentent une pièce importante dans la lutte contre le virus, les deux experts ­insistent sur le fait que la vaccination reste tout de même primordiale. “L’association de l’immunité de la population, des médicaments et de l’immunoglobuline (anticorps injecté via perfusion – NDLR) nous conduira au stade endémique, c’est-à-dire que le virus circule toujours mais ne provoque plus des vagues qui désarticulent complètement le système de santé”, ­conclut, optimiste, Nathan Clumeck.