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"Quand on parle de cancers, on n’a pas encore atteint le pic de la vague"

Le Covid a empiré la situation des malades du cancer. Mais, paradoxalement, leurs chances de guérison ont augmenté grâce au bond en avant des traitements permis par la pandémie.

une malade du cancer

Quelque 70.000 cancers sont diagnostiqués chaque année en Belgique, dont 26 à 28.000 seront mortels. © Adobe Stock

Le Covid tue. Mais le cancer encore plus. Une réalité que la Journée mondiale de lutte contre le cancer de ce 4 février remet en lumière. 70.000 cancers sont diagnostiqués chaque année en Belgique, dont 26 à 28.000 seront mortels. Or avec le Covid un nombre important de personnes ont été diagnostiquées en retard alors que tout dépistage avait été stoppé lors du premier confinement. “Une bombe à retardement”, s’inquiète François Fuks, directeur du laboratoire d’épigénétique à l’ULB et à l’Institut Bordet. Un cancer découvert tardivement, dans les deux tiers des cas, c’est un cancer avec un mauvais pronostic de guérison. Plus globalement, “quand on parle de cancers, on n’a pas encore atteint le pic de la vague parce qu’ils sont en augmentation chaque année et toutes les prévisions portent à croire que ça va continuer”, s’alarme le docteur Vander Steichel, directeur médical de la Fondation contre le cancer.

En cause? La population belge vieillit et s’expose plus longtemps à tous les facteurs de risques tels que l’alcool, le tabac, le surpoids, le manque d’activité physique, la pollution à particules fines… Il faut ajouter les facteurs génétiques héréditaires. “C’est toujours un mélange de facteurs qui aboutit au cancer. Or si on changeait seulement les comportements en supprimant le tabac, l’alcool, le surpoids, on pourrait diminuer de moitié la mortalité”, avance le docteur Vander Steichel. La Fondation contre le cancer, pour la première fois, vient dans ce but de lancer un appel à projets pour financer de la prévention.

Dans l’UE, la Belgique est le quatrième pays où le cancer est le plus fréquent. Par contre, du point de vue de la mortalité, nous arrivons en 19e place. “C’est le reflet de la qualité des soins en Belgique”, souligne le directeur de la Fondation contre le cancer. Il y a aujourd’hui de nombreux cancers qu’on guérit et qu’on arrive à soigner sur le long terme. “On a des laboratoires de pointe en Belgique. On a fait de grandes avancées ces dernières années. On a des traitements plus ciblés, notamment pour le cancer du sein. En cancérologie, on fait de l’oncologie de plus en plus personnalisée. Le but aujourd’hui est d’individualiser le traitement pour chaque patient”, développe François Fuks.

La technique de l’ARN messager, qui a fait un bond en avant grâce aux vaccins contre le Covid, promet d’incroyables résultats. “On vient de gagner entre 8 à 10 ans grâce à cette technologie qui découle de 40 ans de recherches. La rapidité et la flexibilité sont inégalées. Des tests sont en cours avec déjà des résultats intéressants contre le cancer colorectal. Pour le moment, Pfizer et Moderna retournent se concentrer sur le cancer. C’est une note d’espoir”, sourit François Fuks qui souligne au passage l’importance du Télévie qui fournit 40 % des moyens académiques en faveur de la recherche.

Les plus fréquents

Les cancers les plus fréquents chez la femme sont, dans l’ordre, ceux du sein, du gros intestin et du poumon, qui est en forte augmentation à cause d’un tabagisme grandissant. Chez l’homme, le cancer le plus fréquent est celui de la prostate, suivi de celui du poumon et du gros intestin. À travers le monde, les cancers les plus fréquents sont, par ordre décroissant, le cancer des poumons, du sein, de la prostate et du côlon. La situation est particulièrement mauvaise en Europe. Les Européens, qui ne représentent que 9 % de la population mondiale, totalisent 23,4 % du nombre total de cancers et 20,3 % des décès dus au cancer.

Le cancer du poumon est l’un des plus fréquents, autant chez l’homme que la femme. © BelgaImage

Le plus préoccupant

Le cancer du poumon tue chaque année plus de personnes que les cancers du sein, du côlon et de la prostate réunis, selon les données de l’OMS. D’ici 2030, les projections indiquent qu’il fera 2,45 millions de morts par an. On assiste actuellement à une nette augmentation des cas chez les femmes dès l’âge de 55 ans, alors que, jusqu’à présent, la maladie touchait surtout des hommes de plus de 65 ans. Si pour le cancer du sein, la survie à cinq ans est à 91 %, pour le cancer du poumon elle se situe à 30 % chez la femme. Il se pourrait que le tabagisme soit plus nocif chez la femme. Globalement, un fumeur de longue durée a entre une chance sur deux et deux chances sur trois d’être tué par le tabac, pas forcément d’un cancer. Un fumeur sur six développe un cancer du poumon. Pour un non-fumeur, l’incidence est de une chance sur 77.

Le challenge

Pour le directeur médical de la Fondation contre le cancer, “il reste beaucoup à faire en termes de prévention, de dépistage et en recherches pour construire une solution. On doit parvenir aussi à accompagner les malades pendant leurs traitements et par après. 365.000 personnes ont survécu en Belgique ces dix dernières années. Leur qualité de vie et leur réinsertion dans la vie sociale sont un challenge énorme. Pour ceux qui décéderont, les soins palliatifs sont essentiels.