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Obligation vaccinale: le débat à la Chambre arrive-t-il trop tard ?

Le Parlement a entamé ce mercredi l’audition des 32 experts amenés à se positionner sur la question de la vaccination obligatoire.

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Omicron aurait-il rendu obsolète le débat sur l’obligation vaccinale ? @BELGAIMAGE

Faut-il rendre la vaccination contre le covid-19 obligatoire ? Alors que le débat agite la société depuis des mois, la Vivaldi décidait cet automne de laisser le Parlement s’en emparer. Médecins, juristes, philosophes, psychologues, virologues… Un panel de 32 experts a été constitué, non sans mal, pour aider nos Représentants à trancher la délicate question. Quatre journées sont prévues d’ici au 4 février, pour recueillir les contributions des différents intervenants.

À ce stade, la fin des travaux parlementaires est programmée pour les vacances de carnaval. Mais une prolongation est toujours possible. Comme le résumait il y a quelques jours Eliane Tillieux (PS), présidente de la Chambre, le processus découlant potentiellement sur une vaccination obligatoire " va prendre du temps ".

Omicron rebat les cartes

Or, le variant Omicron est majoritaire en Belgique depuis près d’un mois. Ce qui provoque trois phénomènes, tendant à remettre en cause l’opportunité d’une obligation vaccinale : Omicron offre un surplus d’immunité à de nombreux Belges ; les admissions à l’hôpital restent sous contrôle ; les vaccins sont de moins en moins efficaces pour contrer la transmission, au fur et à mesure que se développent de nouveaux variants.

Le degré de contagiosité inégalé d’Omicron (on estime qu’une personne infectée en infecte 10 autres en moyenne, contre 6 à 7 avec Delta), a en effet hissé les contaminations à des niveaux jamais vus depuis le début de la pandémie. De quoi offrir une dose d’immunité à une large frange de la population, alors que la campagne pour le booster bat son plein. Dans ce contexte, rendre obligatoire la vaccination est-il (encore) un impératif, alors que près de 89% des +18 ans ont reçu deux doses (et 68,4% la dose de rappel) ?

Cité par l’Echo, le professeur de l’ULB Michel Goldman estime ainsi que Omicron a rendu obsolète le débat sur l’obligation vaccinale : "Si l’importance d’une couverture vaccinale la plus large possible reste incontestable, le bénéfice de rendre la vaccination obligatoire s’est considérablement réduit depuis l’arrivée du variant Omicron. La population est en droit de s’interroger sur le bien-fondé d’imposer la vaccination obligatoire aujourd’hui alors que les vaccins disponibles sont mal adaptés au virus en circulation ".

Anticiper

Appelée à se positionner, la députée Sophie Rohonyi (DéFI) concède à L’Echo que le débat " avait plus de sens à l’automne ", mais considère qu’il doit tout de même avoir lieu, " car c’est la première fois que le Parlement est saisi concernant une question importante liée au Covid ". Mais aurait-il vraiment été possible d’aller plus vite, alors que dans les premiers mois de la campagne, on manquait encore de recul quant aux effets secondaires-très rares- des vaccins ?

Du côté du cdH, on se positionne en faveur de l’obligation, tout en nuançant : " Dire que l’obligation vaccinale est la solution, c’est faux, précise la cheffe de file Catherine Fonck. Pour moi, ce débat ne doit pas se résumer à un ‘oui ou non’, mais doit poser les balises pour l’avenir de sorte de pouvoir se positionner sur la question si un nouveau variant nécessitait qu’on le fasse ". Si le débat arrive trop tard à la Chambre pour contrer Omicron, il ne serait ainsi pas inutile pour, une fois n’est pas coutume dans cette crise, programmer une riposte à temps face à de nouveaux variants qui s’avèreraient plus virulents.

Certains disent que c’est trop tard, d’autres disent enfin. Nous sommes heureux de mener ce débat, car nous sommes convaincus que le Parlement a un rôle à jouer das le cadre de cette pandémie ", a en tout cas commenté le président de la commission Thierry Warmoes (PTB), en commission Santé ce mercredi. Premier expert à être interrogé par la Chambre, Luc Herry, président de l’Absym(Association Belge des Syndicats Médicaux),s’est montré favorable à cette vaccination obligatoire pour toute la population.

" Eviter des catastrophes "

La vaccination, c’est une assurance santé pour soi-même et pour la collectivité" , a-t-il développé. " Actuellement, on serait beaucoup plus tranquilles, tant dans l’enseignement que pour le secteur médical. Cela permettrait aussi de soigner avec beaucoup plus d’accessibilité les soins courants. Je suis favorable à une obligation pour tout le monde, car si le soignant doit protéger le soigné, le soigné doit aussi protéger le soignant. (…) Avec les vaccinés 3 doses, on constate une diminution des contaminations de 70% ! Le bienfait de la vaccination en Belgique, avec 9 millions de personnes, nous permet d’éviter des catastrophes ", a-t-il continué.

Le président de l’Absym Luc Herry s’est par contre montré opposé au pass vaccinal, qui pourrait remplacer l’actuel Covid Safe Ticket. " C’est inacceptable. C’est mettre la pression et la responsabilité du contrôle sur certains citoyens. Ça va être ingérable et il y aura des rébellion ".

À l’inverse, le vétérinaire Geert Vanden Bossche a rejeté l’obligation vaccinale, plaidant pour une immunité collective naturelle. Selon le médecin, dont l’audition a été proposée par le Vlaams Belang, la vaccination aurait empêché de mettre sous pression le virus, ce qui aurait fait durer la pandémie au-delà d’une seule année et aurait induit de nouveaux variants. " Vous plaidez pour le modèle brésilien. Pensez-vous que la situation y est meilleure ? ", lui a opposé Sofie Merckx (PTB). Catherine Fonck (cdH) lui a demandé d’apporter " les publications scientifiques " sur lesquelles il a basé ses conclusions. " Je regrette le manque de références" , a complété Laurence Zanchetta (PS).