Nick Cave crée la toute grosse surprise à Anvers

Avant son concert avec les Bad Seeds programmé au TW Classic le 25 juin, l’icone australienne se réinvente dans une tournée intime avec son complice Warren Ellis. Nous étions ce mardi 19 octobre à la première de ses deux prestations au Stadsschouwburg, à Anvers. Un moment unique, grandiose et inoubliable.

Nick Cave et Warren Ellis Belga

C’est la grosse surprise de la rentrée en mode Covid Safe Ticket. Alors que la plupart des grosses stars anglo-saxonnes du circuit ne sont pas attendues chez nous avant 2022, Nick Cave a lancé en last minute une tournée d’automne en Europe. Rien de comparable avec celle qu’il a programmée l’été prochain avec son groupe The Bad Seeds et qui s’arrêtera dans la plaine de Werchter le 25 juin. C’est en effet petit comité que l’artiste australien a choisi de se produire dans des salles plus habituées à accueillir des concerts classiques. Inutile de dire que toutes les places pour ses deux prestations belges, ces mardi 19 et mercredi 20 octobre, dans l’ambiance feutrée du magnifique Stadsschouwburg d’Anvers sont parties en moins de temps qu’il ne le faut pour l’écrire.

Complicité avec Warren Ellis

Sur scène, Nick Cave est accompagné de Warren Ellis, fidèle complice qui a rejoint les Bad Seeds en 1990. Ellis, qui a cosigné plusieurs bandes originales de films avec Nick Cave (« The Road », « The Assassination Of Jesse James », « Loin des Hommes », « Comancheria »…), a également l’honneur d’être cocrédité sur la pochette du dix-huitième et dernier disque studio de Nick Cave, « Carnage », paru en mars dernier. Trois choristes gospel et un batteur/bassiste prénommé Johnny (qui avait ses fans dans la salle) complètent le tableau. La complicité musicale et amicale entre Cave et Ellis est tout juste incroyable. Cave assis au piano ou déambulant de gauche à droite de la scène dans des gestes amples, charismatiques et grâcieux. Ellis, assis et gesticulant comme un nounours en attente de câlins. Ellis fait dans l’emphase en lançant des « one two three four »exagérés pour démarrer les morceaux. Il joue sur un clavier portable et sort quand il le faut archet et violon. Il semble faire une -fausse-sieste sur les morceaux en piano/voix, mais rentre en transe, tapant des pieds et des mains, sur les morceaux les plus nerveux, comme cette version dantesque de Hand Of God qui restera dans les mémoires.

Répertoire sublimé

Cave et Warren Ellis Belga

Cette ambiance bon enfant déclenchant souvent des rires dans la salle, se veut le contrepoint parfait du répertoire qui porte essentiellement sur les trois derniers disques de Nick Cave : « Carnage » dont il joue sept morceaux, « Ghosteen » (2019) et « Skeleton Tree » (2017). Trois albums qui ne sont pas forcément les plus joyeux et les plus rock and roll dans la pléthorique discographie de l’auteur de The Mercy Seat. Trois albums marqués par la disparition tragique de son fils en 2015 (il est tombé d’une falaise sur les côtes de Brighton), la culpabilité, le chagrin, et une quête spirituelle allant de pair avec une remise en cause de la condition humaine. Les choristes (deux femmes, un homme) subliment ce répertoire qui tutoie les anges. Il est question de Dieu (Hand of God, God is in the House, Night Raid qui a pour cadre un hôtel de French Quarter à La Nouvelle-Orléans), de fantômes (Ghosteen, Galleon Ship, Balcony Man où il fait fort logiquement participer le public assis au balcon) et, comme souvent chez Nick Cave, de quête impossible de rédemption (le bouleversant Carnage illuminé par le refrain libérateur « It’s only love »). En cerise sur le gâteau, ce petit comité nous revient pour trois rappels en exhumant notamment du back-catalogue Henry Lee (qu’il chantait avec PJ Harvey sur « Murder Ballads » en 1996), Into My Arms (« The Boatman’s Call ») et Love Letter (« No More Shall We Part » en 2001). Un tout tout grand moment.
Nick Cave And The Bad Seeds, le 25/6 à TW Classic, Werchter.

Warren Ellis présente son livre Nina Simone’s Gum à l’Ancienne Belgique le 5/11 dans le cadre du festival littéraire Passa Porta (ce n’est pas un concert).

Nick Cave & Warren Ellis, Carnage. Album paru chez V2.

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