Tac au tac: Frédéric Beigbeder

Expert noceur, il lance une marque de vodka qu’il faut déguster avec sagesse. Même si lui, la sagesse…

Tac au tac: Frédéric Beigbeder
@ Belgaimage

Avec votre frère Charles Beigbeder et Guillaume Rappeneau, vous lancez Le Philtre, une marque de vodka. Cette vodka est-elle née un soir de cuite?
Oui. Guillaume, qui avant d’être alcoolier était producteur de documentaires, a fait un film sur la disparition du sable. Un jour, on se pochetronnait sur une plage qui, depuis trente ans, a diminué de moitié parce que les industriels utilisent du sable pour produire du béton armé ou du verre. On s’est dit que nous ne devrions boire que de la vodka vendue dans des bouteilles en verre recyclé, d’où l’idée de notre bouteille qui n’est pas à base de sable.

Vous êtes sur un produit bio et écoresponsable. On vous a pourtant connu plus irresponsable…
Hé oui! C’est l’âge et la paternité tardive… J’ai des enfants de 3 et 5 ans et pour eux, je ne peux plus me permettre d’être irresponsable.

Les messages de prévention disent qu’il faut boire avec sagesse. Mais pour vous, la sagesse, c’est ennuyeux, non?
Oui, et je trouve que c’est une erreur des écolos, donner trop de leçons de sagesse, de modération – je crois que ça ne marchera pas comme ça. Si on veut que les gens deviennent massivement écologistes, il faut que ce soit un plaisir. La défense de l’environnement, ça doit être sexy, pas une punition. Les gens ont acheté les voitures d’Elon Musk parce qu’elles étaient belles. Avant, les légumes bio étaient dans des magasins sinistres, aujourd’hui, ils sont vendus dans des magasins beaux.

À quel écrivain auriez-vous envie d’offrir votre vodka? Verlaine, Baudelaire, Bukowski?
Je l’offrirais à des buveurs de vodka qui pourraient l’apprécier. Je pense à Dostoïevski ou Ernest Hemingway qui a inventé le bloody mary. Je ne sais pas si Scott Fitzgerald buvait de la vodka… J’aimerais bien trinquer avec Scott Fitzgerald, mais je pense qu’il était plus orienté vers le champagne.

La littérature et l’alcool, ça se marie bien…
Est-ce un hasard si Guillaume Apollinaire a appelé un recueil de poèmes Alcools? Tous mes livres parlent de vodka, je suis un noctambule – ce n’est pas un secret, j’aime la fête. La littérature et la fête ont un lien éternel. Il y a des fêtes chez Homère, dans L’épopée de Gilgamesh, Le banquet de Platon.

Il y a les noces de Cana…
Avec Jésus, mon sosie! Mais j’ai vécu plus vieux que Jésus – même si on a tenté de me crucifier plusieurs fois…

Qui a tenté de vous crucifier?
Des gens qui m’avaient mal compris (rire). Je pense que ma tête est mise à prix auprès de certaines féministes, mais pas toutes. Heureusement, il y en a qui me comprennent. Catherine Millet me comprend, j’espère que Virginie Despentes me comprend toujours – je ne sais pas, je n’ai pas trop de nouvelles… Le combat féministe, je le respecte, en revanche, il y a des intolérances et des paranoïas nouvelles.

Dernière cuite à la vodka?
Mardi dernier, à mon anniversaire.

On marchait sur les people?
Je passais Kool & The Gang quand je vois Guy-Manuel des Daft Punk, et juste à côté Lily-Rose Depp qui dansait comme une folle… Je me suis dit: j’ai réussi dans la vie (rire).

Vous avez souvent écrit ivre?
Hemingway a théorisé la chose: il faut écrire bourré, et corriger sobre.

Elle coûte combien, votre vodka?
49 euros.

Et ça marche?
Ça commence.

 

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