Pénuries : pourquoi ça va durer

La grande roue de la mondialisation économique est grippée. Il n'y aura sans doute pas de retour à la normale avant début 2023. Explications.

Pénuries : pourquoi ça va durer
Belga

Flambée du prix de l’énergie et des matières premières, pénurie de puces électroniques, de laine, d’épices… Retards dans les chaînes d’approvisionnement. Les effets économiques du Covid se font sentir aujourd’hui. Le virus a déréglé l’économie mondiale. Comment ? De plusieurs façons.

La loi de l’offre et de la demande

En économie, tout se résume à la loi de l’offre et de la demande. Tant que les deux sont en équilibre, tout tourne plein pot. Mais dès qu’il y a un caillou dans la roue, les conséquences peuvent être imprévisibles. Ici, la reprise économique a stimulé la demande dans les pays occidentaux de façon inédite. Or, l’offre ne suit pas. En voici les raisons.

L’Asie tourne au ralenti

La Chine et l’Asie sont les ateliers du monde. Or, quand ceux-ci tournent au ralenti, c’est tout l’approvisionnement mondial qui est impacté. C’est ce qui est en train de se passer. Les usines asiatiques ne suivent plus la cadence de la demande mondiale.

Les raisons ? D’abord, l’Asie n’en a pas fini avec le Covid ! Si elle en était sortie la première, c’était grâce à une politique de confinement très stricte. Mais voilà, au niveau de la vaccination, l’Asie a pris du retard. 28,7% de sa population a été vaccinée contre 51,8% aux Etats-Unis et 58% en Europe. Résultat, avec la variant Delta, plusieurs pays et/ou régions ont décidé de reconfiner. Résultat : des usines et des ports fermés.

En prime, la Chine connaît des coupures d’électricité qui perturbent l’activité des usines. La production de charbon ne suffit plus à répondre à la demande toujours plus grande de son immense population. Les centrales n’augmentent pas la production devant la hausse de son prix, tandis que des provinces en retard sur la transition verte, en profitent pour fermer leurs centrales.

Embouteillages devant les ports maritimes

Il y aurait dans le monde 659 navires en attente de déchargement – une attente qui peut durer jusqu’à trois semaines. Les raisons : augmentation du transport de marchandises, restrictions sanitaires, contrôles plus poussés, fermeture de certains ports chinois et événements imprévus comme l’accident qui a bouché l’entrée du canal de Suez en mars dernier.

A cela s’ajoute le fait que les navires sont plus chargés, étant donné l’augmentation de la demande mondiale – et mettent donc plus de temps à décharger. Les retards s’ajoutent aux retards. Résultat : le temps d’attente au port d’Anvers a augmenter de 14% – et de 70% à Long Beach en Californie. Et une très forte augmentation du prix du fret maritime – multiplié par dix en dix-huit mois.

Les conséquences du changement climatique

Incendies au Canada et en Sibérie, sécheresse à Taïwan, ouragan Ida au Mexique… Tous ces mécontentements de la nature sont autant de perturbations sur la chaîne de l’approvisionnement. Mauvaise récolte de blé, diminution drastique de la production d’hydrocarbures, mise à l’arrêt du transport ferroviaire, usine endommagées… Tout cela crée du retard et des pénuries.

Dès l’été 2020, le cabinet de conseil McKinsey publiait une étude qui prévenait : « La fréquence et la sévérité de plus en plus élevée des dangers climatiques peuvent créer un nombre croissant de perturbations dans les chaînes mondiales d’approvisionnement, en interrompant la production, en augmentant les coûts et les prix et en diminuant les revenus des entreprises ».

Notre dépendance envers l’électronique

De son côté, l’agence de notation S&P Global Ratings ne prévoit pas de retour à la normale « avant douze ou dix-huit mois » dans le secteur de l’électronique. Secteur qui alimente de larges pans de l’économie. Des smartphones aux automobiles. Ainsi, la pénurie de semi-conducteurs, ces puces électroniques qui se trouvent notamment dans nos smartphones et tout ce qui est « smart », fait l’objet d’un enjeu géopolitique sans précédent enter les Etats-Unis, l’Europe et la Chine. Sans électronique, point de croissance. Qui a lancé le mot « décroissance » ?

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