L’Amérique de Bret Easton Ellis

Livre scandale, American Psycho de Bret Easton Ellis fête son trentième anniversaire. Un documentaire revient sur la saga d’un roman gorgé d’acide sulfurique.

L’Amérique de Bret Easton Ellis
Diffusion le 6 octobre à 22h45 sur Arte

On se serait volontiers passé des interludes visuels montrant les mille et une façons (gore) de clouer un livre aux piloris, façon kitsch d’insister sur la mauvaise réputation d’American Psycho, livre à forte concentration d’hémoglobine. Le film est pourtant à la hauteur du sujet, revenant sur le choc sismique provoqué par un roman américain qui fête ses trente ans et qui, aujourd’hui encore, suscite fascination, dégoût et curiosité.

En épine dorsale du documentaire, l’entretien récent avec Bret Easton Ellis, auteur de cette bombe dont il dit d’emblée qu’elle le poursuivra jusqu’à sa tombe.  En 1991, avant même la parution du roman – le troisième d’Easton Ellis (il a alors 27 ans) – le scandale couve, et explose à sa sortie, nourri par une réception médiatique déchaînée et les protestations d’associations féministes qui accusent le jeune romancier d’être un misogyne versé dans la culture du viol.

American Psycho met en scène les crimes odieux – et décrits avec beaucoup de minutie, de Patrick Bateman, trader à Wall Street le jour, serial killer la nuit. Sa position dans l’échelle sociale, sa supériorité de classe, son obsession maladive pour les marques forment le terreau d’un nihilisme noir qui le pousse à torturer et à tuer des femmes, mais aussi des sans-abri qu’il considère comme des parasites. Le documentaire rappelle la polémique, qui a consolidé l’image sulfureuse de Bret Easton Ellis, donne la parole à ceux et à celles qui continuent de penser que le livre est toxique. Roger Rosenblatt, critique qui avait passé au lance-flammes le roman dans le New York Times, précise qu’aujourd’hui il préférerait se pendre plutôt que de le relire!

D’autres avancent qu’American Psycho est victime d’un énorme malentendu, que sa lecture réclame une certaine distance de point de vue et qu’il est – surtout, un violent pamphlet contre le matérialisme mortifère des années 80. Une dénonciation des travers d’une époque prise dans le vertige du fric – ce fric qui autoriserait tout, et notamment, le plaisir d’écraser, voire d’éliminer, les dominés. Mais personne ne sera vraiment jamais d’accord sur l’intérêt ou le danger de ce livre qui a offert à son auteur célébrité, menaces de mort et glamour.

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