Les causes de la panne des réseaux Facebook ce lundi

Les employés ont eu énormément de difficultés à régler le problème, auquel se sont ajoutés plusieurs autres soucis. En bourse, l'action Facebook a plongé.

Les causes de la panne des réseaux Facebook ce lundi
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Pendant près de sept heures, jusqu’aux environs de minuit, il était impossible ce lundi d’envoyer un message via Messenger ou WhatsApp. Publier une photo sur Instagram ou Facebook ? Peine perdue. Tout était paralysé. Selon la plate-forme spécialisée dans les pannes numériques Downdetector, il s’agissait là de la panne est «la plus importante jamais observée». De quoi nourrir un intense débat en ligne sur les raisons de ce crash. Il a fallu attendre ce mardi matin, heure belge, pour avoir de premiers éléments d’explication.

Des employés démunis pour réparer la panne

Dans un communiqué, Facebook a simplement annoncé que cette panne était en réalité le fait d’un «changement de configuration défectueux» des routeurs qui «coordonnent le trafic entre les serveurs». «Nous présentons nos excuses à ceux qui ont été affectés», se contente d’ajouter le réseau social à l’adresse de ses milliards d’utilisateurs.

La question, c’est de savoir pourquoi cette mise-à-jour s’est si mal passée. Il faut d’abord rappeler qu’avec la pandémie, le télétravail a été largement adopté chez Facebook et que le personnel sur place est de fait réduit. Lorsque la panne est arrivée, des employés ont été envoyés en catastrophe pour résoudre le problème mais cela a tourné la scène tragi-comique. «Les employés n’ont pas pu entrer dans les bâtiments ce matin alors même qu’ils voulaient commencer à évaluer l’étendue de la panne parce que leurs badges ne fonctionnaient pas», a fait savoir le New York Times.

Pour les employés qui étaient à l’intérieur, ce n’était pas mieux. Le journaliste Brian Krebs ajoute qu’ils ne sont révélés dans l’incapacité d’annuler les modifications par eux-mêmes car ils «ne pouvaient pas accéder aux outils internes de Facebook vu que ceux-ci étaient tous liés aux domaines bloqués de l’entreprise». «C’est la pagaille ici, tous les systèmes internes sont en panne aussi», a d’ailleurs déclaré une source anonyme à Associated Press. Autant de problèmes qui expliquent une partie de la durée exceptionnelle de ce bug informatique.

Facebook dans la tourmente

Cette panique générale chez Facebook est en tout cas très dommageable pour la société, d’abord parce que cela a boosté les téléchargements de programmes similaires. Aux États-Unis, la messagerie Telegram est passée en un jour de la 56e à la 5e place des applications gratuites les plus téléchargées. Signal a elle aussi souhaité la «bienvenue» à ses très nombreux nouveaux abonnés. Twitter a vu ses utilisateurs devenir remarquablement actifs durant toute la période de la panne.

Par conséquent, Facebook en a payé le prix en bourse. À un moment, son action chutait de 6% à Wall Street. À la clôture du Nasdaq hier soir, la dégringolade se poursuivait à hauteur de 4,89%. Plusieurs sociétés d’enregistrement de domaines en ligne ont même mis le domaine Facebook.com en vente car elles considéraient que le site avait été abandonné ou récemment libéré! Le fruit d’une mésinterprétation de leurs systèmes automatiques.

Le comble de l’histoire, c’est que cette panne arrive au lendemain d’une grande enquête du Wall Street Journal sur Facebook. Une ancienne ingénieure de la société californienne, Frances Haugen, vient tout juste de rendre public des documents montrant la responsabilité du réseau social dans la diffusion de contenus haineux. Comme elle l’explique elle-même, Facebook cherche à avoir le plus d’interactions possibles pour gagner de l’argent, notamment en changeant plusieurs fois ses algorithmes, et cela mène à des dérapages. Selon elle, l’ampleur des émeutes du Capitole en janvier dernier ont pu être influencée par cette stratégie commerciale. D’où ses accusations contre Facebook qui ne prendrait pas en compte la sécurité des utilisateurs.

«La recherche montre que lorsque le contenu est haineux, il divise, il polarise», explique Frances Haugen, en ajoutant que cela crée par conséquent les interactions que Facebook cherche à susciter. «La version actuelle de Facebook déchire nos sociétés et provoque des violences ethniques dans le monde», se désole-t-elle. «Ce que j’ai vu à plusieurs reprises chez Facebook, c’est qu’il y avait des conflits d’intérêts entre ce qui était bon pour le public et ce qui était bon pour Facebook. Encore et encore, Facebook choisir d’optimiser ses propres intérêts». Ce 3 octobre, Facebook a pour sa part dénoncé des accusations que la société estime «ridicules».

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