France: 330.000 victimes de pédocriminalité dans l’Eglise depuis 1950

Le rapport Sauvé, qui a recueilli les témoignages des victimes, décrit en détail comment les violences sexuelles ont lieu et comment les coupables échappent à toute sanction. Et ce, encore aujourd'hui.

France: 330.000 victimes de pédocriminalité dans l’Eglise depuis 1950
@BelgaImage

Ce mardi matin, la Commission indépendante sur les abus sexuels (Ciase) a publié une enquête accablante sur l’ampleur de la pédocriminalité au sein de l’Église en France. Le rapport Sauvé estime ainsi que 216.000 personnes ont fait l’objet de violences ou d’agressions sexuelles de la part de clercs ou de religieux catholiques dans l’Hexagone entre 1950 et 2020, alors qu’elles étaient encore mineures. Un chiffre qui grimpe à 330.000 (avec une marge statistique d’environ 50.000 personnes) en ajoutant les agresseurs laïcs comme des aumôniers, des enseignants catholiques ou des membres de mouvements de jeunesse. Autrement dit, près de 34 % des abus dans l’Église sont dus à des laïcs. «Ces nombres sont bien plus que préoccupants, ils sont accablants et ne peuvent en aucun cas rester sans suite», s’est indigné le président de la commission, Jean-Marc Sauvé, qui a développé ces chiffres plus en détail.

«Le problème subsiste»

«Les victimes ont pris sur elles de raconter ce qui leur était arrivé. Sans elles, notre société serait encore dans l’ignorance ou le déni de ce qui s’est passé », rappelle Jean-Marc Sauvé avant de donner plus d’indications. Il précise notamment que 80% des victimes sont des garçons, surtout entre 10 et 13 ans. Entre 2.900 et 3.200 ecclésiastiques identifiés ont commis, de manière certaine, des agressions sexuelles, soit un groupe représentant de 2,5% à 2,8% des 115.000 prêtres et religieux qui ont exercé durant la période ici étudiée. 56% de ces violences se sont produites de 1950 à 1969 puis leur fréquence aurait diminué avant de se stabiliser depuis les années 1990. «Il faut se départir de l’idée que les violences sexuelles dans l’Eglise ont été éradiquées. Le problème subsiste», rappelle Jean-Marc Sauvé tout en ajoutant que depuis les années 1970, il n’y a pas eu de réelle prise en charge des prêtres mis en cause ou des victimes par l’Église. La «tolérance zéro» officiellement prônée n’est pas appliquée dans les faits à cause des «liens de fraternité» entre clercs et religieux.

Pour remédier à cette situation, Jean-Marc Sauvé a développé plusieurs propositions: réformer le droit et la gouvernance de l’Église avec des règles de procès équitable et des contrôles internes, mais aussi adapter la formation. Il appelle également à mener une réflexion profonde sur «tout ce qui a pu nourrir ou justifier les abus sexuels, et notamment une hyperbolisation du pouvoir du prêtre, l’identification du prêtre au Christ».

Une «tâche abyssale»

«L’institution dysfonctionne totalement», se désole pour sa part François Devaux, le fondateur de l’association de victimes La Parole libérée. «Le système est déviant. Il manque de garde-fous fiables. Cette réforme est d’une telle ampleur, d’une telle profondeur, qu’un Vatican III ne peut être qu’un point d’étape. On parle de fondements élémentaires de justice, de transparence, de simple humanité. On parle de la sincérité d’un engagement spirituel. La tâche est abyssale. Quelques mesurettes ont été prises. Le pape François est aux abonnés absents, comme inconscient de sa responsabilité. L’ONU ou la Commission européenne elle-même peinent à obtenir des réponses sérieuses».

Le président de la Conférence des évêques de France, Mgr Eric de Moulins-Beaufort, a de son côté pointé un rapport «dur et sévère» tout en exprimant son chagrin. «Nous avons entendu la voix des personnes victimes, nous avons entendu leur nombre, ils dépassent ce que nous pouvions supposer. C’est proprement insupportable. J’exprime ma honte, mon effroi, ma détermination à agir. Vous, les personnes victimes, dont je connais le nom de quelques-uns et quelques-unes, mon désir en ce jour est de vous demander pardon», a-t-il déclaré. Le rapport Sauvé devrait être prochainement examiné par le pape François au Vatican.

Sur le même sujet
Plus d'actualité