Du Covid au paludisme

La malaria pourrait être éradiquée par la technologie ARN messager développée pour lutter contre la ­pandémie de coronavirus. Les premiers essais pourraient débuter dès 2022.

Du Covid au paludisme
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Actuellement, le seul vaccin antipaludique disponible est le RTS S/AS01E, ou Mosquirix, développé par GSK. Utilisé seul, il est efficace à 30 %. Mais il faut souligner que la malaria est un parasite et pas un virus. Et qu’un parasite est bien plus complexe qu’un virus. Il peut se transformer ou se camoufler à différents stades de développement dans l’organisme, notamment dans le foie pendant longtemps. Résultat, l’organisme ne le détecte pas et n’envoie pas d’anticorps. Un virus, lui, est bien plus stable, même si, comme chacun le sait maintenant, il peut muter en différents variants. En fait, la complexité de la lutte contre une maladie parasitaire est multipliée par mille comparée à celle contre une maladie virale…

Jusqu’à ce qu’une bonne nouvelle vienne rendre espoir aux pays les plus touchés. Ou plutôt deux bonnes nouvelles. Une vraie, et une qui l’est un peu moins. “Pour l’Afrique, un tournant historique dans la lutte contre le paludisme”. C’est, en ­quelques mots, le résumé des articles de presse qui ont paru dans toutes les langues, à la suite de la publication d’une étude scientifique dans le New England Journal of Medicine. Celle-ci suggérait qu’une combinaison entre un traitement préventif et le vaccin réduisait les hospitalisations et les décès dus au paludisme de 70 % chez les jeunes enfants. Le paludisme (ou malaria) tue chaque année 400.000 personnes, 94 % sur le continent africain et essentiellement des enfants de moins de 5 ans. La “victoire” rapportée par la publication scientifique comportait toutefois une solide marge de progression. Une protection médicamenteuse inefficace à 30 % basée sur quatre traitements successifs et ensuite quatre injections de vaccin. Soit une bonne performance très relative.

La vraie bonne nouvelle? C’est celle-ci. Le vaccin RTS S/AS01E est produit sur la base de la technologie des adjuvants. La technologie ARN messager, popularisée au sein de la communauté scientifique par les succès des vaccins Pfizer/BioNTech et Moderna contre le SARS-CoV-2, semble, en revanche, bien plus convaincante. BioNTech a annoncé pouvoir, avant la fin 2022, effectuer les essais cli­niques d’un vaccin antipaludique à ARN messager. Et vouloir produire des vaccins dans des ­unités localisées au Sénégal et au Rwanda. L’éradication d’un des plus anciens pro­blèmes sanitaires du monde semble donc imminente grâce à l’ingénierie et aux profits accumulés à la faveur du Covid. Reste que la pandémie a durement perturbé l’accès aux soins et au dépistage du Sida, de la tuberculose et du… paludisme. De l’ordre de 5 % en moins, les cas de malaria non détectés en 2020 déboucheront sur une non-prise en charge médicamenteuse, donc, à terme, sur de graves conséquences. Des séquelles neurologiques graves ou décès dont on pourra attribuer la cause tant à la malaria qu’au Covid…

Les premiers

Les seuls vaccins à ARN messager à être ­commercialisés sont ceux contre le SARS-CoV-2 produits par Moderna et Pfizer/BioNTech. Ces deux vaccins sont, de loin, ceux qui ont été le plus administrés au sein de l’Union européenne. Sur les 540 millions de doses injectées en Europe, 450 millions étaient fabriquées par Moderna ou Pfizer/BioNTech.

Les suivants

Des essais cliniques de vaccins à ARN messager sont actuellement réalisés ou sont en passe de l’être. Ils concernent le paludisme, bien sûr, mais aussi la tuberculose, la grippe, la rage, le cancer, le virus Zika et le VIH. La phase I du vaccin VIH – initié par Moderna – a débuté le 19 août dernier sur 58 patients et rendra ses résultats finaux en 2023.

Point final

Des campagnes de désinformation soutiennent que les vaccins à ARNm pourraient altérer l’ADN du noyau cellulaire. Il n’en est rien. La transcription se fait de l’ADN vers l’ARN. Pas l’inverse. Comme une imprimante fournit une page imprimée, une page de texte ne pourrait pas fournir une imprimante.

L’anecdote

La malaria a parfois fait basculer l’histoire. Elle a, par exemple, contribué à l’effondrement  de l’Empire romain.

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