De nombreuses substances toxiques détectées dans le sang et les urines des Wallons

Exposition à des insecticides interdits, aux métaux lourds, aux pesticides… la première campagne de biosurveillance en Wallonie dévoile des résultats qui interpellent.

De nombreuses substances toxiques détectées dans le sang et les urines des Wallons
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Pour la première fois au sud du pays, un peu plus de 800 Wallons et Wallonnes ont participé à un programme de « biomonitoring  » de la population. Le but ? Estimer le degré d’exposition à différentes substances chimiques susceptibles d’affecter la santé. 261 adultes de 20 à 39 ans, 283 adolescents de 12 à 19 ans et 284 nouveau-nés ont participé aux tests menés par l’Issep (institut scientifique de service public), en collaboration avec les universités de Liège et de Louvain. Plomb, cadmium, insecticides, herbicides, bisphénol, phtalates… une cinquantaine de substances chimiques ont été traquées dans les urines et le sang des volontaires. Certains de ces polluants-des perturbateurs endocriniens- peuvent avoir des effets à des seuils très bas.

L’analyse des 828 échantillons, communiquée lundi par la ministre wallonne de l’Environnement, Céline Tellier, montre une présence de métaux lourds et de pesticides parfois interdits depuis quarante ans. Si cette exposition est « globalement semblable aux valeurs observées ailleurs en Europe », comme le note l’Issep, certains résultats sont tout sauf rassurants.

 Le glyphosate toujours présent

Comme celui-ci : 90% des échantillons d’urine présentaient au moins un métabolite (composé organique intermédiaire issue de la dégradation d’une molécule) d’insecticides actuellement sur le marché. Une fois sur quatre, il s’agissait du glyphosate (dont l’usage privé est pourtant interdit en Belgique depuis 2017). Pour la grande majorité des pesticides actuels, les concentrations mesurées chez les adolescents étaient même significativement supérieures à celles observées chez les adultes.

« C’est très interpellant, on doit pouvoir aider les agriculteurs à ce niveau-là », a commenté Céline Tellier au micro de la RTBF. « Ce qui m’a frappé, c’est de voir à quel point le lobby des pesticides est présent chez nos agriculteurs, a poursuivi la ministre. Chaque semaine, dans chaque ferme en Wallonie, il y a un représentant des pesticides qui vient à la fois conseiller et vendre ce type de produits à l’agriculteur. Il y a donc conflit d’intérêts ». Sans vouloir « se positionner sur le sujet », Céline Tellier a également rappelé la présence de lobbys dans certains cabinets du gouvernement fédéral : « ça montre aussi la force des lobbys chez nous. Je me bats clairement contre ce genre de situation ».

Le Wallon a trop de plomb dans le sang

Autre résultat de l’étude de l’Issep, des pesticides dits anciens (parce qu’interdits parfois depuis des décennies), des polluants organiques persistants (POPs) et des métaux lourds ont aussi été détectés. Des métaux toxiques comme le mercure, le cadmium et l’arsenic sont présents dans la grande majorité des échantillons et proviennent vraisemblablement de l’utilisation de plombages dentaires, de la consommation récente de poisson ou de tabac. Mauvaise nouvelle : les valeurs d’exposition au plomb pour les nouveau-nés et les adultes en Wallonie se révèlent supérieures aux seuils de risque sanitaire établis par l’EFSA(Autorité Européenne de Sécurité des Aliments) et aux valeurs de vigilance françaises.

Le point le plus encourageant de ce premier biomonitoring concerne les bisphénols. Encore très présent dans de nombreux objets du quotidien (canettes, bouteilles en plastique, emballages, etc.), le bisphénol A (BPA) a été mesuré dans des concentrations nettement inférieures à celles rapportées dans les études réalisées entre 2007 et 2017.

Des analyses complémentaires suivront, prenant en compte d’autres variables (type d’environnement des participants, habitudes de vie, etc.). L’Issep prévoit de mener une phase 2 du biomonitoring, pour mesurer le degré d’exposition de la population wallonne à de nouvelles substances, comme les polyfluoroalkylées (PFAS).

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