Climat: pourquoi un demi-degré change tout

Un nouvel atlas permet de voir ce qui arriverait si la Terre se réchauffait plus ou moins à l’avenir.

Climat: pourquoi un demi-degré change tout
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À un mois de la COP26, le Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) a mis en ligne un nouvel outil frappant pour se rendre compte des conséquences du changement climatique. On y découvre un atlas interactif présentant la planète et avec quatre boutons sur le côté, correspondant à quatre scénarios différents: un réchauffement de 1,5°C, 2°C, 3°C ou 4°C. Entre les deux extrêmes, l’écart est manifeste. Dans le premier cas, le pôle Nord se réchauffe vitesse grand V mais le reste du monde est plus ou moins épargné. Le régime des pluies est déréglé mais seulement dans certaines régions. Avec 4°C, c’est une catastrophe véritablement mondiale qui s’annonce. Mais le plus intriguant, c’est la différence entre 1,5°C, objectif idéal de l’accord de Paris, et 2°C, son objectif maximal. Un petit demi-degré de différence qui pourrait sembler moins inquiétant et pourtant, les conséquences sont manifestes.

Des étés arctiques sans glace dix fois plus fréquents

Premier impact de ce demi-degré d’écart: les canicules. Avec +1,5°C, près de 14% de l’humanité serait exposée aux vagues de chaleur au moins une fois tous les cinq ans. Avec 2°C, cela passe à 37%. Les pics de chaleur seraient 13,9 fois plus probables, contre 8,6 fois avec +1,5% (et 39,2 fois à +4°C). Autrement dit, le réchauffement toucherait à la fois plus de monde et plus intensément. L’atlas le montre très bien. Avec +2°C, rares sont les régions épargnées par la hausse brutale des températures (l’Inde, l’Afrique centrale, l’Asie du Sud-Est et l’Argentine seraient moins touchés) et l’Arctique connaîtrait un été sans glace tous les 10 ans (contre tous les 100 ans avec +1,5°C).

Logiquement, les périodes de sécheresses seraient plus nombreuses aussi: 2 fois plus avec +1,5%, et 2,4 fois avec +2°C (4,1 fois avec +4°C). Avec cette différence d’un demi-degré, le risque de pénurie d’eau peut être multiplié par deux et toucher de 184 à 270 millions de personnes en plus. Il y aurait également plus de disparition de terres pâturables, avec une différence de 7 à 10%. Les récoltes de maïs ne chuteraient pas de 3% mais de 7% aux tropiques.

Presque deux fois plus d’écosystèmes en péril

Quant aux précipitations, avec +2°C, les anomalies ne se cantonneraient plus au Sahara et à quelques autres régions tropicales mais s’étendraient ailleurs, comme dans le bassin méditerranéen. Globalement, les précipitations seraient plus importantes aux tropiques et plus rares dans les zones subtropicales. En limitant le changement climatique à +1,5°C, le risque de précipitations extrêmes augmenterait d’1,5 fois par rapport à l’ère préindustrielle (aujourd’hui, il est déjà 1,3 fois plus élevé). Avec +2°C, ce serait 1,7 fois. Leur intensité augmenterait de 10,5% avec +1,5% et de 14% avec +2°C (30% avec +4°C).

Cette différence d’un demi-degré se ferait aussi sentir avec le niveau de la mer. Son augmentation serait réhaussée de 10 cm avec +2°C pour atteindre 43 cm, ce qui peut se révéler fatal pour des régions peuplées situées au niveau de l’océan (avec 3-4°C, la hausse serait de 84 cm).

Enfin, tout cela aurait un effet indéniable sur la biodiversité. Avec +1,5°C, 7% des écosystèmes seraient modifiés, contre 13% à +2°C. Dans les deux cas, ce sont surtout les insectes et les plantes qui seraient les plus affectés, moins les vertébrés. Dans le scénario catastrophe de +4°C, la moitié de la biodiversité mondiale serait menacée.

Éviter de perdre le contrôle

Interrogé sur cette différence d’un demi-degré par le CNRS, l’écologue Wolfgang Cramer et le paléoclimatologue Joël Guiot se montrent très inquiets. «Entre 1,5 et 2 °C d’augmentation des températures, on assiste à une hausse très significative de la probabilité d’un basculement irréversible de nombreux systèmes, comme la perte des récifs coralliens dans les océans tropicaux ou la banquise arctique», déclare le premier expert. «Par conséquent, une hausse de 2 °C constitue un horizon en termes de changements et d’impacts, mais aussi dans notre capacité à prévoir et donc à anticiper les bouleversements à venir. À l’inverse, une hausse de ‘seulement’ 1,5 °C augmenterait notablement nos chances de nous maintenir en deçà d’une situation climatique hors de contrôle».

Joël Guiot précise qu’avec +1,5°C, cela «permettrait également de sauver 2 millions de kilomètres carrés de pergélisol sur 14, un gain majeur sachant que la fonte de ces sols gelés entraîne la libération de méthane, un gaz à effet de serre plus puissant que le dioxyde de carbone (CO2), dans l’atmosphère». «Sans sous-estimer les dégâts importants d’un réchauffement à 1,5 °C, ce demi-degré, qui joue sur la répartition des espèces et des maladies, sur les rendements agricoles ou la fréquence des pics de chaleur, a des conséquences très significatives sur l’homme et ses activités», ajoute Wolfgang Cramer

Évidemment, si l’accord de Paris tient ses promesses, il serait question d’avoir un réchauffement entre 1,5°C et 2°C. Mais pour le moment, les experts restent assez pessimistes. Comme l’a annoncé l’ONU mi-septembre, si aucun engagement supplémentaire n’est pris, c’est un réchauffement de +2,7°C qui devrait se produire, avec des conséquences bien plus graves que celles imaginées jusqu’ici.

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