Le nouveau James Bond est un gouffre financier

007 a-t-il tué l'industrie du cinéma ? Les financiers de "Mourir peut attendre" ont en tout cas terriblement souffert de ses multiples reports. La MGM ne s'en relèvera pas indemne.

Le nouveau James Bond est un gouffre financier
Belga

Ne vous fiez pas aux apparences des chiffres du box-office, le dernier James Bond est dores et déjà un gouffre financier pour ses producteurs. La pandémie qui les a poussés à reporter trois fois sa sortie a été une véritable catastrophe qui a eu la peau de la MGM, vénérable studio hollywoodien depuis 97 ans, et pourrait sonner le glas de l’industrie du cinéma telle qu’on la connaissait.

Un budget colossal

« No Time To Die », comme tous les James Bond, est une superproduction dont le coût astronomique de 300 millions de dollars (hors coûts marketing) exige plusieurs financiers. Les producteurs du film sont Eon, la maison-mère britannique de tout ce qui touche à 007 et la MGM, qui est attaché à l’histoire cinématographique de l’agent secret de Sa Majesté.

La distribution du joyau a ouvert une véritable compétition depuis le retrait de Sony après le dernier volet « Spectre ». C’est finalement United Artist (pour les Etats-Unis) et Universal pour le reste du monde, qui ont tiré le gros lot.

Afin de défrayer ces coûts de production, les producteurs se sont associés à une armée de sponsors, trop heureux de placer leurs produits dans ce blockbuster que le monde s’empressera d’aller voir. On les connaît, ces produits, la plupart sont présentés par Q, les autres font partie de la mythologie Bond : Aston Martin, Martini, Omega, Jaguar, Land Rover, Heineken ou Nokia qui fait un retour gagnant dans le monde des téléphones dernier cri.

Trois reports, des dizaine de millions de dollars envolés

Tout était paré pour une sortie pétaradante en avril 2020. C’était sans compter sur un virus nommé corona. The Hollywood Reporter estimait à l’époque que les pertes en coûts marketing dues au report s’élevaient à 25-30 millions de dollars. Le journal avait aussi calculé que, si « No Time To Die » était sorti à l’époque, en plein premier confinement, alors que les salles de cinéma fermaient les unes après les autres, le manque à gagner aurait été de 300 millions de dollars pour les financiers du film. Soit le coût de production.

D’où report. Puis un deuxième. Puis, bientôt, un troisième. Tous les six mois, James Bond était attendu comme le loup blanc. Tous les six mois, James Bond, tel le loup blanc, n’apparaissait pas. Est venue alors l’idée de vendre le bébé à une plateforme de streaming. C’était la politique de Disney et la seule qui vaille en ces temps troubles : streaming first. Tout cela n’a jamais été officialisé par Eon et MGM, mais le prix de vente était estimé à 600 millions de dollars. Un joli pactole, un peu trop gros pour Apple, Netflix ou Amazon. Surtout, les sponsors de 007 ne voyaient pas cette vente d’un bon oeil. Le deal, pour eux, était clair : le film doit sortir sur grand écran, sinon, quel intérêt pour la marque ?

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Amazon dans la brèche

De son côté, Amazon, qui mange à tous les râteliers et a profité de la pandémie pour devenir la plus grosse compagnie du monde loin devant ses concurrentes, avait une autre idée. Plutôt que d’acheter un film, pourquoi ne pas s’offrir un studio hollywoodien ? C’est ainsi que la MGM, vénérable producteur du 7e Art depuis 1924, qui nous a donné Rocky, Hannibal Lecter et tant d’autres, a été racheté par Jeff Bezos pour la modique somme de 8,45 milliards de dollars.

Un deal qui transforme un peu plus l’industrie du cinéma. Amazon, qui a déjà son service de streaming, se positionne désormais avec Netflix à la droite des grands studios de cinéma hollywoodien. Avec Disney qui mise de plus en plus sur Disney +, les maîtres du cinéma sont aujourd’hui ceux du petit écran et de la technologie.

La MGM n’a donc pas (ou pas totalement) survécu à la pandémie et à la saga « No Time To Die ». Les centaines de millions de dollars qu’il rapportera au box-office arrivent trop tard pour le studio. Les distributeurs vont seulement voir les deniers arriver, après avoir perdu pas mal en frais marketing pour rien. Eon qui reste la colonne vertébrale de 007, devrait s’en sortir sans trop de casse, même si le temps, c’est de l’argent. Les sponsors associés ont eu très peur au point d’exiger de changer les détails du film où on voit leurs gadgets en vente. Pour eux, l’année perdue a périmé toute une gamme de produits dont ils ne tireront pas les profits espérés. Quant à Jeff Bezos, il regardera le film en se disant, hilare, que son dernier coup avant de tirer sa révérence était digne du meilleur Bond.

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