L’avion «renifleur», l’arme anti-pollution des gardes-côtes belges

Dispositif unique dans le monde, il s’est révélé être un outil très efficace pour traquer les émissions de gaz toxiques.

L’avion «renifleur», l’arme anti-pollution des gardes-côtes belges
Un avion « renifleur » des gardes-côtes belges en mer du Nord, le 30 septembre 2021 @BelgaImage

Au large d’Ostende, en Belgique, un petit avion bimoteur frôle les navires géants pour renifler leurs panaches de fumée. Les teneurs en soufre et en azote sont mesurées en temps réel pour constater une éventuelle infraction et si possible faire intercepter le pollueur. L’instrument de contrôle de la pollution atmosphérique générée par le trafic maritime a été baptisé le «renifleur». Ce dispositif de captage des fumées mis au point par une université suédoise fait la fierté des gardes-côtes belges.

«Nous sommes le seul pays à utiliser ce système pour le moment», explique à l’AFP Ward Van Roy, un des opérateurs formés pour ces missions aériennes. «C’est très efficace car on peut contrôler jusqu’à 10 ou 15 navires par heure, alors qu’un inspecteur dans un port passera un jour entier sur un seul navire», affirme le jeune ingénieur flamand.

Un effet dissuasif qui a fait ses preuves

Dans l’avion, un Britten-Norman Islander de 1972, Ward Van Roy prend place derrière les deux pilotes –toujours des militaires habitués aux vols en basse altitude–, avec face à lui un ordinateur portable sur l’écran duquel défilent les données mesurées. Le «renifleur» surveille si les émissions d’oxydes d’azote (NOx) et de soufre (SOx) sont conformes aux normes européennes. Pour le NOx l’âge du bateau doit être pris en compte. Quoi qu’il en soit, la sanction contre la compagnie maritime ne pourra tomber qu’au terme d’un second contrôle effectué au sol, dans le port de destination, à partir d’un échantillon de combustible.

Ward Van Roy assure que l’amende en cas d’infraction peut atteindre jusqu’à 300.000 euros, sans compter le coût lié à l’immobilisation du navire. Cet effet dissuasif explique peut-être la diminution des infractions depuis six ans. Encore faut-il que les autorités portuaires coopèrent. «Depuis 2015, sur les 9.000 navires contrôlés, environ 400 étaient en infraction, mais seulement 150 d’entre eux avaient comme destination un port belge» (ce qui facilite l’échange d’informations), poursuit M. Van Roy.

15% de la pollution aux oxydes d’azote et de souffre

Tankers, porte-conteneurs, chalutiers de pêche etc.: depuis ses 65 km de façade maritime, la Belgique voit passer un grand nombre de bateaux, «400 navires par jour», selon ses gardes-côtes. Le trafic maritime dans le détroit entre Mer du Nord et Manche est considéré comme un des plus denses du monde, à cause de la proximité des trois plus grands ports européens de fret, Rotterdam, Anvers et Hambourg. D’où l’importance de ces contrôles, selon Ward Van Roy, qui souligne qu’«environ 15% de toute la pollution due au SOx et au NOx provient de la navigation».

Outre les émissions polluantes, ce travail aérien permet aussi le repérage de tâches d’hydrocarbures ou d’infractions sur les zones de pêche. «Ou tout simplement d’un conteneur ou de cages de moules perdus en mer», relève Benjamin Van Roozendael, de l’Institut royal des sciences naturelles, partenaire de l’initiative.

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