Qui est Fumio Kishida, le prochain Premier ministre japonais?

Ce modéré, ancien ministre de Shinzō Abe, a fini par s’imposer après un parcours parfois compliqué.

Qui est Fumio Kishida, le prochain Premier ministre japonais?
Fumio Kishida, lors d’un discours après son élection à la tête du PLD, le 29 septembre 2021 @BelgaImage

Ce mercredi, le Parti libéral-démocrate (PLD, droite conservatrice) a tranché. Son nouveau chef sera Fumio Kishida, qui sera donc assuré de devenir le prochain Premier ministre du Japon puisque sa formation politique est au pouvoir. Le Parlement japonais, la Diète nationale, devrait le confirmer lors d’un vote lundi prochain. Ainsi arrive à la tête de l’exécutif l’ancien ministre des Affaires étrangères (de 2012 à 2017) qui a longtemps été pressenti pour ce poste, sans jamais y arriver jusqu’à aujourd’hui.

Une élection compliquée

Le PLD, au pouvoir depuis 1955 (sauf en 1993-1996 et en 2009-2010), est constitué de plusieurs factions qui se querellent pour avoir la main sur le parti, et donc sur le pays. Kishida est à la tête de celle dénommée Kōchikai, une formation connue pour sa modération sur les affaires intérieures et étrangères et moyennement nationaliste. Elle promeut la coopération avec la Corée et la Chine et le libre-échange.

Pas étonnant dès lors que Kishida ait tenté d’apaiser les tensions avec Séoul lorsqu’il était à la tête de la diplomatie, sans succès sous la pression des ultra-nationalistes de Shinzō Abe, rassemblés dans la faction Seiwa Seisaku Kenkyūkai. Cette formation soutenait d’ailleurs cette semaine la candidature d’une grande rivale de Kishida, Sanae Takaichi. Cette dernière, membre très active de l’organisation ultra-nationaliste Nippon Kaigi, avait mené une campagne très clivante, assurant que les crimes de guerre du Japon jusqu’en 1945 étaient exagérés. Elle insistait aussi sur la «menace chinoise» et militait pour que le Japon se dote d’une armée prête à l’attaque, ce qui aurait nécessité une révision de la Constitution. Finalement, elle n’est arrivée que troisième au premier tour de l’élection interne du PLD, avec 188 voix contre 256 pour Kishida.

C’est finalement Taro Kono, un membre du PLD sans faction, connu sous le surnom «Monsieur Vaccination», qui s’est avéré le principal rival de Kishida. Soutenu par les jeunes membres du parti et par les sondages (il recueillait 47% au sein de l’électorat, contre environ 20% pour Kishida), il a obtenu 255 voix lors du premier tour. Le deuxième tour promettait d’être serré, surtout que la puissante faction de l’indéboulonnable Tarō Asō, ministre des Finances depuis 2012, le Shikōkai, était partagée entre les deux candidats. Miser sur Kono semblait être une bonne idée, vue que des élections législatives doivent se tenir le 28 novembre prochain. Finalement, c’est Kishida qui s’est imposé au deuxième tour parmi les parlementaires du parti, seuls habilités à voter et traditionnellement moins jeunes, avec 270 voix contre 170. Selon les barons du PLD, Kono était pas assez «malléable».

Un ton plus progressiste qui doit encore s’imposer

Pour l’emporter, Fumio Kishida, 64 ans, a tiré parti du mécontentement suscité par la gestion contestable de la crise sanitaire et par l’organisation polémique des Jeux olympiques. N’étant plus au gouvernement depuis 2018, il était préservé de l’impopularité du cabinet du Premier ministre actuel, Yoshihide Suga, qui a préféré renoncer à son poste face à la pression populaire.

Et puis, Fumio Kishida, qui a passé sa jeunesse entre New York et Tokyo, est loin d’être un inconnu du grand public. Fils d’une famille de politiques japonais (son cousin est l’ancien ministre de l’Économie Yoichi Miyazawa, lui-même neveu de l’ancien Premier ministre Kiichi Miyazawa), ce diplômé de droit de l’université Waseda est député d’Hiroshima depuis 1993 (comme son père et son grand-père avant lui) et a été en charge de plusieurs ministères en 2007-2008, avant de devenir ministre des Affaires étrangères de Shinzō Abe. Il était alors reconnu pour ses capacités d’écoute, même s’il manquait de charisme selon la presse japonaise. Vu comme potentiel successeur d’Abe, il a dû renoncer à la tête de l’exécutif, n’étant pas soutenu par celui-ci. Il a retenté sa chance lors de l’élection du PLD de 2020 mais Yoshihide Suga l’a littéralement écrasé avec 70% des voix (contre 16% pour Kishida).

Aujourd’hui, il milite pour que le PLD adopte un programme plus progressiste qu’auparavant: lutte contre les inégalités économiques (il estime que le néolibéralisme a creusé les écarts de revenus), défense du traité de non-prolifération nucléaire, etc. Il cherche aussi à avoir un ton plus cordial avec le grand voisin chinois, sans pour autant oublier de renforcer l’alliance avec les USA et Taïwan pour contrebalancer les ambitions de Pékin dans la région. Il reste néanmoins attaché à la reprise des centrales nucléaires dans le pays, toujours paralysées depuis la catastrophe de Fukushima en 2011, et n’est pas véritablement ouvert à la légalisation du mariage homosexuel.

Le Premier ministre en devenir devrait donc être un peu plus tourné vers le centre-droit que ses prédécesseurs. Pourtant, il n’est pas sûr que le parti le suive toujours dans cette direction. L’emprise du Nippon Kaigi (dont il fait partie comme de très nombreux députés PLD) reste forte et son gouvernement devra savamment doser les rapports entre factions. Preuve de cette influence: Kishida a déjà corsé le ton vis-à-vis de la Chine. D’habitude réticent à une révision de la Constitution, l’hypothèse n’est pas non plus totalement écartée. La bataille en coulisses entre les factions de PLD promet encore d’être féroce.

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