Ce mercredi soir, la RTBF dévoile le côté «mafieux» du foot belge

La télévision publique présente une enquête approfondie sur les affaires de corruption et de copinage dans le milieu du football belge. Plusieurs révélations sont attendues.

Ce mercredi soir, la RTBF dévoile le côté «mafieux» du foot belge
Dejan Veljkovic, l’une des personnes au centre du docu de la RTBF @BelgaImage

Ce mercredi soir, #Investigation consacrera son nouveau numéro aux sombres coulisses du football belge. Deux journalistes, Thierry Luthers et Patrick Remacle, y présentent le résultat d’un long travail d’enquête de deux ans et demi qui promet d’être détonnant. «C’était l’omerta», constate le premier qui décrit à la RTBF ce qu’il qualifie de «système mafieux». «On a dû insister et voir beaucoup de monde pour réussir à faire quelques interviews». Résultat: une immersion dans «un monde de l’entre-soi» où règne «la loi du silence, beaucoup de mensonges, beaucoup d’argent, pas mal de corruption».

Matchs truqués, championnat acheté

Au menu de ce docu, on trouve notamment des références au footgate (le scandale qui a fait tremblé le foot belge en 2018) mais ce n’est pas tant le cœur du sujet. «C’est plutôt une radioscopie du football belge actuel, émaillé de quelques révélations. L’un dans l’autre, cela dépeint un milieu qui n’est pas joli», confie Thierry Luthers à TéléSambre. «On s’est heurté à un milieu extrêmement opaque, refermé sur lui-même, vivant en autarcie avec uniquement des gens qui se connaissent. Ils travaillent ensemble, font parfois des choses illicites ensemble».

Parmi les principales découvertes des deux journalistes, on trouve une affaire… de montres. À un moment, ils apprennent l’existence de boîtes vides qui devaient en contenir, ce qui a intrigué les enquêteurs. De fil en aiguille, ils découvrent que les fameuses montres (qui valent jusqu’à 250.000 euros) auraient été proposées en cadeau, notamment à un dirigeant de club belge (qui a refusé l’offre) et aux joueurs de Genk, pour influencer les play-off de 2014. La victoire d’Anderlecht cette année-là ne serait pas étrangère à cette affaire. Le nom du donateur: Mogi Bayat, un des agents de footballeurs les plus influents en Belgique. C’est déjà lui qui a été interpellé en 2018 lors du footgate pour de possibles faits d’organisation criminelle, de blanchiment d’argent et de corruption. Une bonne partie du documentaire concerne d’ailleurs l’emprise des frères Bayat sur le foot belge (Mehdi Bayat, ancien président de l’Union belge de football, a quitté précipitamment son poste en juin dernier).

Autre affaire: la proximité entre l’arbitre Sébastien Delférière et l’agent de joueur Dejan Veljkovic. Un accord a notamment été trouvé entre eux pour que Felice Mazzu, l’ancien coach de Charleroi, parte entraîner le Club de Bruges (même si cela n’a pas abouti). En 2017, ce même Veljkovic convainc l’arbitre de se montrer souple avec Anderlecht lors d’un match crucial contre Bruges. «OK, Anderlecht ne perdra pas», répond même Delférière. Ce dernier aurait également participé à la défaite de Gand contre Charleroi la même année, ce qui s’est révélé crucial pour le tableau final de la compétition.

«Je sors de ce milieu écœuré»

A propos de ce système pas très net, Thierry Luthers affirme à La Libre que «l’agent Dejan Veljkovic incarne cela». «Il a exporté son système dans de nombreux clubs… au point que certains dirigeants nous ont dit ‘tout le monde le fait, donc on le fait aussi’. Je pense que le public sortira du docu avec la nausée», dit-il, alors que son collègue journaliste ajoute qu’en Belgique, «l’agent est roi». «Personnellement, je sors de ce milieu écœuré, c’est pire que ce que je pensais», se désole Thierry Luthers.

«Cela va-t-il changer s’il y a des procès et des amendes ? C’est la grande question. Je crains que les agents continuent à profiter de la naïveté et de la cupidité des dirigeants. Et est-ce que les supporters sont touchés par ces affaires? Je m’interroge». Interrogé par l’émission La Tribune, Thierry Luthers affirme que s’il ne dirait pas que le football belge est entièrement pourri, il estime qu’il y a de la matière pour un deuxième documentaire et que la naïveté règne encore sur la réalité du football belge.

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