Tellement de drogue au festival de Glastonbury que la faune des rivières est menacée

Une espèce rare d’anguille pourrait notamment en payer le prix, vu les concentrations astronomiques de drogues retrouvées.

Tellement de drogue au festival de Glastonbury que la faune des rivières est menacée
Le festival de Glastonbury le 30 juin 2019 @BelgaImage

En 2019, près de 200.000 personnes étaient réunies au festival de Glastonbury et elles ont été si nombreuses à se soulager dans la nature que les scientifiques de l’Université de Bangor ont fait une découverte frappante. En comparant des échantillons de la rivière adjacente en amont et en aval du site, ils ont constaté que les festivaliers ont consommé tellement de drogue que cela s’est retrouvé dans leurs urines puis dans le cours d’eau à des taux ahurissants. Il y avait ainsi 104 fois plus de MDMA (ecstasy) en aval et 40 fois plus de cocaïne. Des niveaux dramatiques pour la faune locale.

Danger critique d’extinction

Le problème ici, c’est que certains poissons sont très sensibles à ces substances illicites. Les chercheurs s’inquiètent notamment pour une espèce, l’anguille d’Europe (Anguilla anguilla), présente à cet endroit et qui est classée en danger critique d’extinction, soit la dernière étape avant leur disparition. «Cette étude démontre que les drogues sont libérées à des niveaux suffisamment élevés pour perturber le cycle de vie de l’anguille européenne, faisant potentiellement capoter les efforts en matière de conservation de cette espèce menacée», se désole un des chercheurs, le Dr Christian Dunn.

Pour la vie marine, il n’y a pas de souci à se faire. Glastonbury a beau être à 20 km de la mer, au sud de Bristol, ces drogues se retrouveraient à des niveaux trop faibles lors de leur arrivée à l’embouchure. Il n’empêche, cela peut créer des ravages en amont. Un autre chercheur de Bangor, Dan Aberg, note aussi que ce phénomène est susceptible de se produire lors de tous les grands festivals. Mais ici, il y a un facteur aggravant. «Malheureusement, la proximité du festival de Glastonbury avec une rivière fait que la drogue a peu de temps pour se dégrader dans le sol avant de se jeter dans le fragile écosystème de l’eau douce», constate-t-il.

Le comble, c’est que les organisateurs de l’événement avaient pourtant mené une grande campagne de sensibilisation, dénommée «Ne pisse pas par terre» (Don’t pee on the land), pour éviter que les festivaliers n’urinent partout. Ils insistaient pour qu’ils se rendent aux toilettes installées pour l’occasion mais manifestement, cela n’a pas suffi. Aujourd’hui, ils réaffirment leur volonté de faire davantage pour protéger la biodiversité et sont à l’écoute des recommandations des scientifiques. En 2020 et 2021, la nature a toutefois pu respirer. Le Covid a provoqué l’annulation du festival, remplacé par un concert en ligne. Il devrait revenir en 2022 du 22 au 26 juin.

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