Sous Trump, les USA auraient envisagé d’assassiner Julian Assange selon une enquête

Son enlèvement aurait été une autre option étudiée par l’État américain, notamment à l'initiative de Mike Pompeo, le patron de la CIA.

Sous Trump, les USA auraient envisagé d’assassiner Julian Assange selon une enquête
Julian Assange au balcon de l’ambassade d’Équateur à Londres, le 19 mai 2017 @BelgaImage

En 2017, des hauts-responsables de la CIA et des membres de l’administration Trump ont esquissé un plan explosif: enlever voire assassiner le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange. C’est ce qu’affirme ce dimanche une enquête menée par les journalistes de Yahoo News. Un travail qui s’appuie sur le témoignage de plus de 30 anciens responsables américains. «Il ne semblait pas y avoir de frontières» à leurs projets, déclare l’un d’entre eux à ce sujet.

Une vengeance aux limites de la légalité

À l’époque, cela fait cinq ans que Julian Assange s’est réfugié à l’ambassade d’Équateur de Londres. Juste après l’investiture de Trump, WikiLeaks rend public le dossier «Vault 7», un ensemble de milliers de documents détaillant les méthodes de cybersurveillance et de piratage de la CIA. Une révélation qui a eu le don d’énerver Mike Pompeo, fraîchement nommé par Trump à la tête de l’agence de renseignement. Pour le républicain, c’en était trop. «WikiLeaks était une obsession totale de Pompeo. Après Vault 7, Pompeo et Haspel [la directrice adjointe de la CIA, ndlr] voulaient se venger d’Assange», fait savoir un responsable de la sécurité nationale de l’administration Trump à Yahoo News.

Une riposte s’imposait donc pour la CIA. La question, c’était: comment la mener? Il fallait d’abord trouver un moyen de mener une opération secrète contre Assange qui ne nécessiterait pas l’accord (normalement indispensable) du président et des dirigeants des deux chambres du Congrès. L’astuce a vite été trouvée: désigner l’opération comme une activité de «contre-espionnage offensif» à l’encontre d’un autre service d’espionnage, c’est-à-dire en l’occurrence WikiLeaks. «Je ne pense pas que les gens se rendent compte de tout ce que [la] CIA peut faire dans le cadre d’un [contre-espionnage] offensif et à quel point il y a une surveillance minimale de celle-ci», a déclaré un ancien responsable. À l’époque, le patron de la CIA déclarait d’ailleurs publiquement à propos de WikiLeaks qu’il s’agissait d’un «service de renseignement hostile non-étatique». Une phrase qui prend rétrospectivement tout son sens.

Un enlèvement ou un assassinat intrinsèquement polémique

Une fois ce problème légal réglé, la CIA a pu redoubler d’efforts pour surveiller WikiLeaks. Mike Pompeo aurait alors commencé à défendre l’idée d’un enlèvement d’Assange à Londres pour le ramener aux USA via un pays tiers, selon quatre anciens responsables américains interrogés par Yahoo News. Autre option: l’enlever et le confier aux autorités londoniennes. Mais les conséquences diplomatiques auraient pu être désastreuses, surtout qu’a priori les Britanniques se seraient opposés à un tel plan.

Puis est arrivée une solution encore plus extrême: assassiner Julian Assange, comme l’attestent trois responsables américains. Selon l’un de ces derniers, c’est même Donald Trump en personne qui aurait suggéré cette possibilité à la CIA. On est alors au printemps 2017. «C’était considéré comme déséquilibré et ridicule», assure un ancien haut-responsable de la CIA. «C’était juste Trump qui était Trump». Il n’empêche cette idée a été suffisamment prise au sérieux pour que des «esquisses» de plans soient mis au point pour tuer Assange. Il y a eu des discussions «sur la possibilité de tuer Assange et si c’était légal» mais Yahoo News avoue être dans l’incapacité de confirmer si ces propositions sont parvenues à la Maison Blanche. Interrogé, Donald Trump nie en bloc cette histoire.

Quand la Russie s’en mêle

Quoi qu’il en soit, au même moment, la CIA croit savoir que la Russie prévoit d’exfiltrer Julian Assange pour l’emmener à Moscou, en coopération avec les autorités équatoriennes. La priorité alors, c’est d’empêcher que cela arrive et une véritable course contre la montre commence. Autour de l’ambassade d’Équateur, «c’est arrivé au point où chaque être humain dans un rayon de trois pâtés de maisons travaillait pour un service de renseignement – ​​qu’il s’agisse de balayeurs de rue, de policiers ou de gardes de sécurité», se souvient un ancien haut-fonctionnaire. «C’était plus que comique».

Tous les scénarios sont envisagés: des combats entre agents secrets en plein Londres jusqu’au crash d’une voiture contre le véhicule transportant le fondateur de WikiLeaks, voire le sabotage des pneus de l’avion devant l’emmener en Russie. «Ça allait être comme un film d’évasion», commente l’un des interlocuteurs de Yahoo News. Selon le Guardian, un empoisonnement de Julian Assange aurait également été sur la table de discussion. Le président Trump a été prévenu de l’affaire et ce de manière très claire. «Nous lui avons dit, ça va devenir moche», a déclaré un ancien responsable.

Des projets tués dans l’œuf

Mais finalement, les plans d’assassinat n’auraient abouti à rien. Puis, certains ministères américains commençaient à s’inquiéter du bellicisme de la CIA, dont celui de la Justice pourtant dirigé par un grand détracteur d’Assange, Jeff Sessions. Au bout du compte, c’est l’administration américaine qui a gagné son bras de fer avec les services de renseignement et rien n’a été fait.

Le 11 avril 2019, l’Équateur a mis fin au droit d’asile du fondateur de WikiLeaks qui a pu être arrêté par la police londonienne au sein même de l’ambassade. Il a été condamné à 50 semaines de prison et les USA ont ensuite demandé son extradition, sans succès face au refus de la justice britannique. Aujourd’hui encore, le gouvernement américain tente de faire appel de cette décision. Julian Assange est quant à lui toujours dans la prison de haute sécurité de Belmarsh, dans la banlieue est de Londres.

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