Automne social, hiver socialiste?

Inflation, pression sur les salaires, chômage et gratuité de la SNCB s’invitent à la table des négociations. Et surtout dans l’agenda du plus grand parti francophone, en mal de leadership à gauche.

Automne social, hiver socialiste?
Elio Di Rupo

« Des menteurs, des manipulateurs… des communistes.” La colère glaciale d’Elio Di Rupo à l’encontre du PTB fait office de bulletin de météo sociale le plus clair de cette longue rentrée. Catastrophique. Même si le ministre-président wallon sortait de ses gonds suite aux accusations larvées de collusion entre les assureurs et son administration, la nervosité du Montois traduit l’état réel de la situation socio-économique de notre pays. Une traduction partielle et en ricochet.

Partielle parce que c’est avant tout de la partie francophone du pays dont il s’agit. La Flandre est sous la protection du parapluie de sa bonne et longue santé financière. Par ricochet, parce que le reproche fait par le PTB au gouvernement wallon de payer avec l’argent public, à la place des assurances, une partie des dommages causés par les inondations – une critique politiquement habile mais objectivement injuste – n’a pas directement remué le couteau dans la plaie du social. Mais dans celle de la sérieuse méforme dans les sondages de la formation d’Elio Di Rupo. Le tout dernier baromètre politique montre que le PS chute lourdement à 21,4 % des intentions de vote en Wallonie, talonné par le MR à 20,3 %, le PTB à 18,7 % et Écolo à 16,7 %. Le résultat est un peu moins mauvais à Bruxelles, mais Écolo y reste en tête.

D’où un certain vent de panique au boulevard de l’Empereur vu que la désaffection des sondés répond à deux réalités. Le PS pilote les principales compétences socio-économiques au fédéral: emploi et économie, pensions, relance… Et il dirige un gouvernement wallon fortement impacté par le drame des inondations. Quand le socio-économique va mal pour les Belges francophones, le PS en fait donc les frais. Et cela ne risque pas de s’améliorer. Le Covid a reculé, les eaux sales se sont retirées, l’heure des comptes va donc sonner. Le déficit total 2021 de la maison Belgique est de 21,2 milliards d’euros, soit 4,14 % du produit intérieur brut et la dette cumulée est de 584 milliards.

Pour très grande partie, déficits et dettes sont creusés par le fédéral, Bruxelles et le sud du pays. Asséchant à moyenne échéance les marges de manœuvre des ministres socialistes en fonction. À ceci, ajoutez l’inflation annoncée qui devrait faire baisser rapidement le pouvoir d’achat et l’explosion du prix de l’énergie. L’automne-hiver sera socialement très tendu et la courbe de popularité du PS sous pression. D’où les spectaculaires annonces faites par Paul Magnette ou Thomas Dermine, qui entendent, avec le “chômage pour les démissionnaires” ou la “gratuité de la SNCB”, marquer les esprits avant que les efforts budgétaires imminents ne viennent doucher les espoirs. Et ne provoquent en Wallonie la fin du leadership du PS?

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