Allemagne: qui gagnera les élections de demain selon les sondages

Il apparaît probable qu’une nouvelle coalition arrive au pouvoir, même si l’hypothèse d’un statut quo n’est pas écartée.

Allemagne: qui gagnera les élections de demain selon les sondages
Des affiches électorales montrant Olaf Scholz (SPD), Armin Laschet (CDU) et Annalena Baerbock (Verts) @BelgaImage

Ce dimanche, les Allemands votent pour tourner la page Merkel, appelée à laisser sa place à un nouveau chancelier après avoir tenu ce poste pendant presque 16 ans. La question, c’est de savoir qui pourrait la remplacer. Les deux grands partis du pays, le SPD (socio-démocrates) et la CDU/CSU (démocrates-chrétiens conservateurs), ont vu leur toute-puissance s’éroder avec la montée d’autres partis. Conséquence: pour la première fois dans l’histoire de l’Allemagne d’après-guerre, il est possible qu’aucune formation ne récolte plus de 30% des voix. Une nouveauté qui ne serait pas sans conséquence sur la coalition à venir, qui pourrait bien être totalement inédite.

La remontada du SPD

Depuis les dernières élections en 2017, le parti qui caracolait en tête des sondages, c’est celui d’Angela Merkel, l’alliance CDU/CSU. Mais en avril-mai dernier, première frayeur pour les chrétiens-démocrates: les Verts, qui avaient pris la deuxième place depuis fin 2018, créent la surprise en passant devant eux. Un intermède qui n’a pas duré puisque depuis, les écologistes ont littéralement plongé. Armin Laschet, meneur de la CDU/CSU, pouvait apparemment souffler mais finalement, son répit n’a pas fait long feu. En août dernier, le SPD a fait une véritable remontada et a dépassé en l’espace de quelques semaines les Verts puis la CDU/CSU.

Aujourd’hui, l’Allemagne en est donc là. Les socio-démocrates, menés par Olaf Scholz, ont pris la tête avec 25-27% dans les sondages. La CDU/CSU, qui touchait du doigt les 40% l’année passée, est retombée à environ 22-23%. Le podium est complété par les Verts qui pourraient récolter 16-17% des voix demain, bien loin des 27-28% qu’ils pouvaient espérer en avril-mai dernier. Le combat semble ensuite serré entre le FDP (libéraux, qui se sont radicalisés à droite ces dernières années) et l’AfD (extrême-droite). Le premier recueillerait 11-12% alors que le deuxième aurait 10-11%. Quant à Linke (gauche, voire extrême-gauche), il traîne la patte avec 6-7% dans les sondages.

Un système électoral inhabituel

Ces sondages donnent une indication sur ce qui se passerait demain mais le système électoral allemand pourrait aussi un peu brouiller les cartes. Il ne s’agit pas ici de voter directement pour désigner le chancelier (le chef du gouvernement) mais pour les 598 députés du Bundestag, la Chambre basse du Parlement, désignés pour quatre ans.

Lorsqu’ils se rendent à l’isoloir, les électeurs ne votent pas une mais deux fois. Dans une première liste, ils désignent le candidat de leurs circonscriptions en scrutin uninominal majoritaire en un tour. Autrement dit, celui qui récolte le plus de voix gagne. 299 députés reçoivent de cette façon un mandat direct.

La deuxième liste est plus subtile puisqu’elle détermine la composition politique globale du Bundestag, mandats directs compris. Ici, les électeurs choisissent un parti politique (sans candidat spécifique) et tous ceux qui récolteront plus de 5% des voix auront des députés, selon une répartition proportionnelle.

C’est là que le calcul devient compliqué. Concrètement, imaginons un parti A qui obtient 200 sièges via cette deuxième liste mais seulement 150 via la première. Vu qu’il a droit à plus de députés qu’il n’a de mandats directs, il peut ajouter 50 députés au Bundestag, pour atteindre ce total de 200. Maintenant, imaginons l’inverse: un parti B acquiert 150 mandats directs mais n’a eu que 100 députés avec la deuxième liste. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, cela ne veut pas dire que le parti B va perdre 50 mandats directs. Au contraire, il les garde et aura donc 150 députés au total. Ce supplément de 50 députés, normalement non permis par le scrutin de deuxième liste, est ce que les Allemands appellent les «mandats excédentaires». C’est ce qui fait que le Bundestag, qui compte en théorie 598 députés selon la deuxième liste, est systématiquement composé d’un plus grand nombre de sièges. En 2009, cela donnait un total de 622 députés, puis de 631 en 2013 et de 709 en 2017. Une fois cette élection terminée, le Bundestag se réunit pour élire le chancelier à la majorité absolue.

Une coalition CDU/CSU-SPD menacée

Avec un tel système électoral, il n’est donc pas simple de savoir à quoi ressemblera exactement le Bundestag après les élections de demain. Pour avoir quand même une petite idée, quelques tentatives de projections ont été faites. Résultat: le SPD pourrait récolter 27,6% des sièges du Bundestag, la CDU/CSU 23,8%, les Verts 17,2%, le FDP 12,6%, l’AfD 11,9% et Linke 6,9%.

Si ces chiffres se vérifient demain, former une coalition bipartite pourrait se révéler être une tâche difficile. Celle qui gouverne aujourd’hui, composée de la CDU/CSU et du SPD, obtiendrait 51% des députés. Théoriquement, elle pourrait donc être reconduite, mais seulement à condition que tous leurs élus approuvent le choix du chancelier par leurs hiérarchies et surtout que les sondages ne se trompent pas. Or la marge est faible. Il semble en tout cas impossible de créer une des deux autres coalitions qui ont existé dans l’histoire de l’Allemagne d’après-guerre (la coalition SPD-Verts, qui n’aurait que 45%, et la coalition CDU/CSU-FDP, qui aurait seulement 37%).

En somme, si la coalition au pouvoir ne parvient pas à obtenir une majorité ou si elle ne trouve pas d’accord post-élections, ce sera une coalition tripartite inédite qui arrivera au pouvoir. Plusieurs options seraient alors sur la table. La formation la plus large possible serait la coalition dite Kenya (CDU/CSU, SPD, Verts), surnommée ainsi car les couleurs des partis participants sont les mêmes que celles du drapeau du pays africain. À eux trois, ils rassembleraient 69% des députés. Il y a aussi la coalition Allemagne (CDU, SPD, FDP), également en référence aux couleurs du drapeau allemand, avec 64% des députés. Troisième possibilité: la coalition « feu de circulation » (SPD, Verts, FDP), qui rassemblerait 57% des élus. Enfin, il y a la coalition Jamaïque (CDU/CSU, Verts, FDP), avec 54%.

Le problème avec ces trois coalitions, c’est que concilier la CDU/CSU avec les Verts, ou le SPD et les Verts avec le FDP, cela s’annonce compliqué, tant leurs idéologies sont différentes. C’est pour cela qu’une dernière coalition pourrait se former, celle de gauche (SDP, Verts, Linke). Le souci ici, c’est qu’à eux trois, ils n’ont que 52% des députés. Un petit faux pas et c’est l’échec.

Si on fait le bilan, il est donc très probable que le SPD reste au pouvoir (seule l’hypothèse de la coalition Jamaïque l’en écarterait). Son leader, le socio-démocrate Olaf Scholz, est d’ailleurs celui qui est plébiscité par les sondages pour devenir le prochain chancelier. Il obtient 47% selon le dernier en date, loin devant Armin Laschet de la CDU/CSU (20%) et Annalena Baerbock, meneuse des Verts (16%).

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