Zemmour-Mélenchon: personne ne sort gagnant d’un tel débat

Durant plus de deux heures, Jean-Luc Mélenchon et Eric Zemmour se sont affrontés lors d'un duel qui n'aura, sans surprise, rien apporté au débat public.

Zemmour-Mélenchon: personne ne sort gagnant d’un tel débat
Jean-Luc Mélenchon contre Eric Zemmour. – Bertrand GUAY / POOL / AFP

On l’annonçait comme un « débat-événement », celui qui lancerait le début de la campagne de la présidentielle française. Jeudi soir, Jean-Luc Mélenchon et Eric Zemmour se sont affrontés sur le plateau de BFMTV. Vendu comme un combat de catch médiatique, avec une bande-annonce en mode blockbuster, le duel a duré plus de deux heures. Deux heures durant lesquelles le candidat de la France Insoumise et le polémiste d’extrême droite – qui n’a pas encore officialisé sa candidature – ont étalé leurs désaccords, à grands coups d’injures et de mépris.

Le leader d’extrême gauche avait pourtant souhaité que ce débat ne tourne pas en « une guerre de coqs ». Mais c’est bien lui qui, quelques secondes plus tard, a déclenché les hostilités. « Vous êtes un danger à mes yeux, vous êtes un danger pour notre pays, vous avez une vision rabougrie de la France, vous êtes un raciste », a-t-il lancé à propos de son adversaire, condamné pour incitation à la discrimination raciale et à la haine envers les musulmans. Et l’ancien chroniqueur de CNews de lui rétorquer: « dans votre camp depuis deux siècles, on ne débat pas, on guillotine. On n’invective pas, on ostracise. »

La suite n’est guère plus détendue. À l’opposé du spectre politique, les deux hommes n’auront dégagé que haine, face à des journalistes prédisposés à l’arbitrage impuissants. « Je suis là pour débattre avec Mélenchon, pas pour répondre à vos questions », a asséné Eric Zemmour aux deux présentateurs qui ont vite baissé les bras. Le polémiste a pu donc dérouler en toute sérénité ses habituelles monstruosités et contre-vérités. Le leader insoumis, lui, a tenté de montrer les limites du personnage, tout en mentionnant ici et là son programme.

Jean-Luc Mélenchon tentait ainsi de relancer sa campagne qui n’intéresse plus autant que la précédente, mais aussi de faire taire les critiques. Avant cette passe d’armes médiatique, de nombreux observateurs et responsables politiques ont contesté la légitimité de ce duel, accusant le patron des Insoumis de servir de marchepied à Zemmour et ses idées, alors même que ce dernier ne s’est pas encore déclaré officiellement dans la course à l’Elysée. Brièvement interrogé sur ses ambitions présidentielles en fin d’émission, il a d’ailleurs maintenu le suspense, de moins en moins intense. « Vous permettez que je choisisse mon moment », a-t-il répondu.

Zemmour, roi de l’audimat

Après ce genre de « débat » télévisuel, la tradition veut que l’on déclare un vainqueur. Mais qui a bien pu sortir gagnant d’une joute qui n’a servi qu’à renforcer les extrêmes, et normaliser l’islamophobie et le sexisme ? Personne, si ce n’est BFMTV. Le duel entre Mélenchon et Zemmour a fait un carton d’audience jeudi soir en France, avec près de quatre millions de téléspectateurs, soit 18,7% du public. Un record pour la chaîne d’info en continu, prête à tout pour attirer les regards. Et le grand perdant de la soirée ? Le journalisme.

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